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Alain Delon, à la recherche de l'homonyme qui le hante dans la France occupée, en 1942, dans "Monsieur Klein", de Joseph Losey, sorti en 1976

M. Klein ou l’Enfer de la curiosité

29 min
À retrouver dans l'émission

Lors de la rafle du Vél d'Hiv du 16 juillet 1942, Robert Klein part pour la mort à la place d'un autre Klein... Qui est Robert Klein, mu par sa curiosité et "pris au piège de son nom" ? Pour en parler, Charles Dantzig reçoit Samuel Blumenfeld, critique de cinéma au journal "Le Monde".

Alain Delon, à la recherche de l'homonyme qui le hante dans la France occupée, en 1942, dans "Monsieur Klein", de Joseph Losey, sorti en 1976
Alain Delon, à la recherche de l'homonyme qui le hante dans la France occupée, en 1942, dans "Monsieur Klein", de Joseph Losey, sorti en 1976 Crédits : Lira Films, Adel Productions, Nova Films

Rediffusion du 25 novembre 2018 

Auteur : Joseph Losey. Cinéaste. 1909-1984. Américain. Communiste. Hétérosexuel.

Œuvre : M. Klein, film, 1976, sur un scénario de Franco Solinas, romancier, scénariste, italien, 1927-1982.

Personnage : Robert Klein.

"Monsieur Klein ?"

- "Non !"

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Samuel Blumenfeld rappelle dans le passionnant article qu'il a consacré à Monsieur Klein, dans Le Monde, le contexte de sortie du film de Joseph Losey au milieu des années 1970, alors que le cinéma français revient sur la douloureuse période de la collaboration de la France sous Vichy :

Lorsque "Monsieur Klein" est annoncé, le film arrive en fin de comète sur la période de l’Occupation. Dans la foulée du "Chagrin et la Pitié" (documentaire de Marcel Ophuls en 1969) sortent sur les écrans "Lacombe Lucien" (1974), de Louis Malle, d’après un scénario de Patrick Modiano ; "Les Guichets du Louvre "(1974), de Michel Mitrani, sur la rafle de juillet 1942 déjà ; "Section spéciale" (1975), de Costa-Gavras. Mais, loin d’arriver en retard, "Monsieur Klein" surplombe cet ensemble et le domine".

La publication en 1972, aux Etats-Unis, de l’ouvrage fondateur de l’Américain Robert O. Paxton, "La France de Vichy, 1940-1944", traduit en France l’année suivante, qui met en avant le rôle central du gouvernement de ­Pétain dans la déportation des juifs, signifie qu’un passé douloureux remonte à la surface. Costa-Gavras et Solinas travaillent d’ailleurs en partie à partir de cet ouvrage. Le tandem cherche un angle lui permettant de raconter le passé vichyste de la France. Un témoignage du "Chagrin et la Pitié" frappe Gavras. Un commerçant du nom de Marius Klein fait publier, dans les années 1940, une annonce dans un journal local afin de faire savoir que son nom n’est pas juif. A partir de cette simple histoire, Gavras et ­Solinas trouvent le fil rouge de leur scénario autour de la question de l’identité. Qui est juif ? Qui ne l’est pas ? Qui est susceptible d’être déporté ou pas ? Que faire si un nom ne permet pas de trancher avec certitude ? Klein peut être le nom d’un juif ou d’un ­chrétien.

Samuel Blumenfeld s'amuse à citer Alain Delon en 1994, dans la revue ­Cinématographe, quand Monsieur Klein est ressorti : 

« Jouer Klein, un rôle de Monsieur ­Dupont, avec son chapeau feutre et sa gueule de con… Vous connaissez ­quelqu’un d’autre pour faire ça ? »

"Oui, il peut y avoir d’autres acteurs. Mais ce qui est sûr, souligne Samuel Blumenfeld, c’est que ce profil d’un marchand d’art sous l’Occupation achetant à vil prix les tableaux de Français juifs aux abois – l’anti-héros par excellence – colle parfaitement à ce comédien atypique et ­imprévisible". 

Au micro de Charles Dantzig, le critique de cinéma enfonce le clou :

Pour incarner ce personnage Losey choisi le physique le plus flamboyant, le plus singulier du cinéma français de l'après-guerre, le seul physique qui soit impossible à oublier. (...) C'est Alain Delon qui interprète Monsieur Klein, Delon était le seul comédien français à posséder les propriétés pour incarner ce personnage... 

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Pour Charles Dantzig :

Ce qui me frappe en ayant revu le film, c'est la coiffure de Delon, on lui a fait une mèche de petit garçon, de premier communiant avec une raie sur le côté. Ça accentue le fait que Robert Klein est curieux comme un enfant. Il est un enfant. Il cherche à savoir les choses, non pas pour une question d'identité ou une question de danger, mais vraiment par curiosité. 

Alain Delon, dans le rôle de "Monsieur Klein", film de Joseph Losey (1976)
Alain Delon, dans le rôle de "Monsieur Klein", film de Joseph Losey (1976) Crédits : Lira Films, Adel Productions, Nova Films

Bibliographie

Joseph Losey, M. Klein, DVD

Samuel Blumenfeld, L'homme qui voulait être prince. Les Vies imaginaires de Michal Waszinski, Grasset et l'article, "Monsieur Klein, un double ambigu", Le Monde, 27 juillet 2018

Michel Ciment, Le Livre de Losey, Ramsay Poche Cinéma

Yves Pourcher, Pierre Laval vu par sa fille, Le Cherche-Midi

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Instagram : cdantzig

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