LE DIRECT
Spartacus par Denis Foyatier (1830), détail, Musée du Louvre

Spartacus ou la Pureté éternelle du perdant

28 min
À retrouver dans l'émission

Gladiateur à la tête de la révolte des esclaves contre Rome, entre 73 et 71 av. J.-C., Spartacus est une personne qui, à force de captations par l’imagination, d’interprétations par des œuvres d’art, est devenu un symbole plus encore qu’un personnage.

Spartacus par Denis Foyatier (1830), détail, Musée du Louvre
Spartacus par Denis Foyatier (1830), détail, Musée du Louvre Crédits : Photo by: BSIP/Universal Images Group via Getty Images - Getty

Plutarque a-t-il contribué à idéalisé Spartacus ? Il le décrit ainsi :

"beaucoup de courage et de force, une intelligence et une douceur supérieures à son sort, et [il] était ainsi plus grec que son origine ne l’indiquait" (vIII, 3)

Spartacus est le meneur de la troisième Guerre servile. Avec sa troupe de 40.000, voire 70.000 hommes, les bergers, les agriculteurs ayant rejoint les esclaves révoltés, ses victoires face à Rome et sa fin tragique le font entrer dans l'histoire.  Spartacus se distingue des révoltes d'esclaves qui ont précédé son mouvement par son idée de remonter vers le nord pour que chacun des esclaves puisse revenir chez lui. Charles Dantzig note que Spartacus "a été transformé en personnage et en symbole, celui de la révolte des minorités soumises".

Qui est Spartacus ? Pour en parler Charles Dantzig reçoit Christophe Ono-dit-Biot, écrivain, directeur adjoint de la rédaction du journal Le Point. Depuis 2014, il produit et présente l'émission "Le Temps des écrivains" sur France Culture. Il a récemment publié La minute antique : quand les Grecs et les Romains nous racontent notre époque (Editions de l'Observatoire, 2019).

Auteur : la vie même. Spartacus est une personne qui, à force de captations par l’imagination, d’interprétations par des œuvres d’art, est devenu un symbole plus encore qu’un personnage.    

Personnage ou symbole : Spartacus.

L'historien Claude Aziza rappelle dans son article intitulé "Spartacus ou la gloire dérobée" (26.10.2018) :

"Dans l’Antiquité, on considère ce rebelle comme le meneur d’une guerre d’esclaves, sans but politique défini. On est à mille lieues de l’adversaire de Rome, du libérateur d’un monde qu’elle a asservi, du prophète d’une nouvelle société plus humaine et plus juste – valeurs que Spartacus incarne, en revanche, dès 1760. C’est le 20 février de cette année, en effet, que se monte à Paris une tragédie:   Spartacus de Bernard-Joseph Saurin, dans lequel le héros aime Émilie, la fille de Crassus, et est payé de retour. (...) Une situation mélodramatique à souhait, qui fera les délices de maintes fictions ultérieures. (...) Le Spartacus d'Howard Fast (1952) a inspiré le film de Stanley Kubrick (1960), où l’on trouve quelques allusions à la révolution américaine (les «bons» sont joués par des acteurs américains et les «méchants» par des Anglais). Le film, couronné par quatre oscars, délivre, outre la bluette amoureuse, un message libertaire, dû au producteur/acteur Kirk Douglas et, surtout, au scénariste Dalton Trumbo, lui-même victime des purges du maccarthysme". 

Au micro de Charles Dantzig Christophe Ono-dit-Biot explique qu'on ne sait pas grand chose de ce personnage historique :

"Plutarque dit que il était d'une grande beauté, d'une grande force, d'une grande douceur. Il est précisé que sa douceur était bien supérieure à sa fortune et plus digne d'un Grec que d'un barbare. Spartacus montait à cheval. Il y a d'ailleurs cet épisode fameux où, avant la bataille finale, il offre son cheval en sacrifice au grand dieu thrace qu'on appelait "le dieu cavalier". Donc, c'était peut être aussi un aristocrate."

Christophe Ono-dit-Biot cite Marx dans une lettre à Engels en 1861 : 

"pour me détendre, j'ai lu les guerres civiles de Rome d'Appien, Spartacus est le plus splendide des hommes de l'Antiquité, Grand général (pas un Garibaldi), un noble personnage vraiment représentatif du prolétariat de l'Antiquité."

Ce mot annonce le célèbre discours de Rosa Luxembourg, la fondatrice de la Ligue spartakiste, en décembre 1918 à Berlin, alors qu'elle qu'elle présente le programme du PC allemand, le KPD :

Spartacus veut cela, parce qu'il est celui qui exhorte les révolutionnaires et les pousse à agir, parce qu'il est la conscience socialiste de la révolution, il est haï, calomnié, persécuté par tous les ennemis secrets ou avérés de la révolution et du prolétariat.

Clouez Spartacus sur la croix ! crient les capitalistes tremblant pour leurs coffres-forts. (...)

Clouez-le sur la croix ! répètent encore, comme un écho, des couches de la classe ouvrière qu'on trompe et qu'on abuse, des soldats qui ne savent pas qu'ils s'en prennent à leur propre chair et à leur propre sang quand ils s'en prennent à la Ligue spartakiste.

Adaptations : au moins sept films, une série télévisée, deux ballets, quantité de tableaux, de romans, de bandes dessinées, dans ce qu’on pourrait appeler l’espace d’imagination occidental.

Bibliographie

Christophe Ono-dit-Biot, La minute antique : quand les Grecs et les Romains nous racontent notre époque (Editions de l'Observatoire, 2019)

Guglielmo Ferrero, La ruine de la civilisation antique, Les Belles Lettres

Jean-Guillaume Lanuque, Les 1001 visages de Spartacus 

Jean-Guillaume Lanuque rappelle le peu de ce que l'on sait des faits historiques avant l'émergence du Spartacus moderne, devenu au XXe siècle, un "révolutionnaire christique" :

"Dans une Italie du sud qui avait particulièrement profité de la massification de l’esclavage, un ancien auxiliaire thrace, déserteur repris par l’armée romaine et vendu à Rome comme esclave au laniste Lentulus Batiatus, s’enfuit de son ludus (ie l’école de gladiateurs), l’été 73 avant Jésus. Il est accompagné de sa compagne, une thrace prêtresse de Dionysos, et d’environ 70 compagnons, gladiateurs armés d’instruments de cuisine, qui, au sortir de Capoue, profitent de la confiscation d’une charrette rempli d’armes pour s’équiper de meilleure façon. Spartacus et ses compagnons se réfugient alors sur le Vésuve, effectuant des raids sur la région pour survivre. Rejoint par des esclaves travaillant comme bergers, mais également par des ouvriers et petits paysans libres, exclus de la prospérité, Spartacus se retrouve rapidement à la tête de plusieurs milliers d’hommes. Ne parvenant pas toujours à canaliser ou juguler la violence des dominés qui s’exprime dans la prise des villes ou des propriétés, il se distingue toutefois par le souci d’un partage égalitaire du butin, aux antipodes de ce qui se pratique alors au sein des légions romaines."

Plutarque, Vie de Crassus, Vies parallèles, CUF, Les Belles Lettres

Salluste, CUF, Les Belles Lettres

Paul Veyne, La société romaine, Seuil

Paul Veyne, L’Empire gréco-romain, Seuil  

Steven DeKnight, Spartacus, série, DVD

Sanley Kubrick, Spartacus, DVD

Jacques Martin, “Le fils de Spartacus », Les Aventures d’Alix, Casterman

En référence

Suite à la récente disparition de Kirk Douglas, Thomas Sotinel revient sur les choix engagés de l'acteur-producteur, dans l'article intitulé, "Avec Spartacus Kirk Douglas libère Hollywood du joug de la liste noire" (Le Monde, 6 février 2020) :

"Début 1958, Kirk Douglas, star hollywoodienne depuis plus d’une décennie, récemment devenu producteur, décide d’acquérir les droits du roman Spartacus, écrit et publié à compte d’auteur en 1948 par Howard Fast (1914-2003). Fast, militant communiste, a été victime des purges maccarthystes, et son roman, inspiré par le soulèvement des esclaves romains, se situe dans la veine militante de gauche qui suscite, aux Etats-Unis, les violentes réactions que l’on sait." 

"En pleine chasse aux sorcières, l’acteur, également producteur du film de Stanley Kubrick, impose au générique le scénariste Dalton Trumbo, accusé d’être membre du Parti communiste."

Charles Dantzig et Personnages en personne sur Facebook : https://www.facebook.com/charles.dantzig

Instagram : cdantzig

Intervenants
  • Ecrivain, Directeur adjoint de la rédaction du journal "Le Point". Depuis 2014, il produit et présente l'émission "Le Temps des écrivains" sur France Culture
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......