LE DIRECT
Arnaud  Montebourg après le 1er tour des primaires de la gauche

Arnaud Montebourg face à Nietzsche : l’art de la défaite

5 min

Il n’en reste que deux candidats pour cette primaire de la gauche : Manuel Valls et Benoît Hamon. Mais qui dit finaliste dit perdant, alors voici un conseil aujourd’hui pour celui qui a déjà fait les frais du premier tour, Arnaud Montebourg

Arnaud  Montebourg après le 1er tour des primaires de la gauche
Arnaud Montebourg après le 1er tour des primaires de la gauche Crédits : PHILIPPE LOPEZ - AFP

Il n’en reste que deux… deux candidats, en tout cas, pour cette primaire de la gauche : Manuel Valls et Benoît Hamon. Mais qui dit finaliste dit perdant, alors avant de savoir lequel des deux sera le grand gagnant, ou grand perdant ce dimanche, un conseil aujourd’hui pour celui qui a déjà fait les frais du 1er tour, Arnaud Montebourg.

Cécile Duflot, François Hollande, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy… à voir ces têtes que l’on pensait forcément en haut de l’affiche fin avril, tomber les unes après les autres, cette campagne électorale prend des allures de campagne militaire. On pourrait d'ailleurs faire une typologie des vaincus : les lucides qui affrontent la défaite et font amende honorable, les négateurs qui font comme si l'événement n'avait pas eu lieu, ou encore les individus de mauvaise foi qui attribuent tout aux circonstances. Et puis il y a ceux, comme Arnaud Montebourg, qui se présenteraient presque comme le vainqueur.

3ème homme surprise à la primaire citoyenne de 2011, Arnaud Montebourg était attendu... Espoir déçu, il n'a pourtant pas fait mieux cette fois-ci... Alors certes, ce résultat n'a rien d'humiliant, au contraire. Mais est-il juste de dire que les électeurs ont choisi de le mettre à cette 3ème place, c’est-à-dire à cette place qui d’abord et surtout le met hors-jeu ? Si la défaite fait partie de toute compétition, faudrait-il aller jusqu'à en faire une chose choisie, désirable et même voulue ?

Dans Le 4ème livre du Gai savoir, au §338, Nietzsche évoque justement cette « volonté de souffrir ». Au « brave compatissant » qui veut aider et entretient sa « religion de la pitié », Nietzsche préfère le malheur, et va même jusqu’à dire, je cite : « qu'il y a une nécessité personnelle du malheur, que la terreur, les privations, les appauvrissements, les minuits, les aventures, les entreprises audacieuses, les échecs nous sont aussi nécessaires que leur contraire ». Et d'ajouter cette belle phrase qu'Arnaud Montebourg semble avoir fait sienne : « le chemin qui mène à notre propre ciel passe toujours par la volupté de notre propre enfer » :

Déjà, à la fin du dernier débat de la primaire, Arnaud Montebourg semblait avoir envisagé cette possible défaite, mais il avait aussi rappelé qu'il ne baisserait jamais les bras. Déjà, il se faisait donc très nietzschéen, loin non seulement de la religion de la pitié, mais aussi de la « religion du confort » dont les disciples, pour Nietzsche, ne voit le malheur que comme ce qui est « mauvais, haïssable, méritant d'être anéanti ».

Mais une chose est d’accepter, comme le dit Nietzsche, que « bonheur et malheur sont deux frères jumeaux », c’est-à-dire de vivre pleinement ce malheur, une autre en est de vivre au grand jour ce malheur... quand Arnaud Montebourg dit ainsi qu'il ne se cachera pas comme les oiseaux se cachent pour mourir, il semble alors s’écarter de la morale que propose Nietzsche à la fin de son texte : « Vis caché afin de vivre pour toi »

Certes, Arnaud Montebourg ne vit pas ici pour lui-même, c'est un homme politique qui vit de fait une défaite au grand jour, il se doit ainsi d'être pudique en public et désintéressé de son sort personnel. Et c'est bien naturellement qu'il préfère voir les germes bénéfiques qui ont été semé pour la gauche, qu'il préfère passer à autre chose : il est déjà dans « le monde qui vient », « du côté des inventeurs du futur ». Mais est-ce bien cela vivre son malheur et même s'en réjouir, pour fortifier au présent son propre chemin, comme l'encourage Nietzsche ? Faire d'une défaite une nécessité, est-ce pour autant d'emblée lui donner, comme le fait Arnaud Montebourg, une utilité collective et en faire uniquement le tremplin vers un prochain succès ?

CONSEIL

Qu’Arnaud Montebourg lise la fin de ce fameux paragraphe, je le rappelle : le paragraphe 338 du 4ème livre du Gai savoir : pour comprendre que vivre pour soi sa défaite, ce n'est pas s'exclure des autres, de la politique, mais c'est partager avec ses amis, ses électeurs, son parti, une manière d'être « plus courageux, plus simples et plus gais ».

L'équipe
Production
Avec la collaboration de

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......