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Benoît Hamon/ Emmanuel Macron

Emmanuel Macron / Benoît Hamon face à Plutarque : l’art d’être bien entouré

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Emmanuel Macron ou Benoît Hamon ? C’est bien la question que se posent un certain nombre d’élus socialistes qui hésitent à rallier le mouvement En marche ! ou à rester dans leur camp. Mais jusqu’où ces deux candidats veulent-ils, pour leur part, être soutenus par ces indécis ?

Benoît Hamon/ Emmanuel Macron
Benoît Hamon/ Emmanuel Macron Crédits : DSK/EPA/Newscom - Maxppp

Pour parler de cet art d’être bien entouré, on ne tranchera pas quant à nous, ce sera donc un conseil pour Emmanuel Macron ET pour Benoît Hamon !

Depuis les résultats de la primaire de la gauche fin janvier, entre le refus de soutenir le candidat choisi, façon Bertrand Delanoé, le refus de prendre parti, façon Manuel Valls, ou surtout les hésitations de beaucoup, les partis que l’on croyait si solides donnent un spectacle bien inédit : celui d’une mécanique des fluides entre Benoît Hamon, Emmanuel Macron… et leurs soutiens. Mais loin d’être un va-et-vient, ce qui profite à l’un semble perdre à l’autre. Et quand l’un doit chercher à rassembler, l’autre affiche bien complet.

« Un homme, un projet, un peuple », clame Emmanuel Macron, et après, on verra pour les soutiens politiques ! Mais comment comprendre un tel refus d’être soutenu ? La question est double, tout comme le soutien qui est à la fois ce sur quoi on se repose, soi, et ce qui nous protège, des autres. Alors que tous les candidats cherchent ainsi à être épaulés, fortifiés et légitimés par le nombre, pourquoi Emmanuel Macron préfère-t-il, quant à lui, ne pas multiplier les appuis et faire le difficile ?

Difficile ou plutôt prudent pourrait-on dire, car si les soutiens sont nécessaires en campagne, ils ne se distinguent pas forcément de leurs homologues : les opportunistes. Pour sa part, Plutarque parlait plutôt de « flatteurs », ces « caméléons, je cite, capables de prendre toutes les couleurs », d’« aimer ou de haïr, de se réjouir ou de s'attrister, non d'après leurs propres sentiments, mais, comme un miroir ».

Et là est bien le problème du soutien : il nous soutient tout autant qu’on a aussi à le soutenir, c’est-à-dire à l’accepter, à l’assumer. Or, comment soutenir à son tour des appuis qui n’en sont pas, des appuis si fluides, si variés et variables qu’ils fragilisent plus qu’ils ne fortifient, autrement dit : comment soutenir des soutiens aussi insoutenables ? Et si la vraie question en campagne, ce n’était donc pas : comment rassembler, mais qui vouloir rassembler ?

Benoît Hamon, on le sait, souffre, au contraire, du départ de certains de ses propres alliés socialistes, au profit, on le sait aussi, d’Emmanuel Macron. Cette question des soutiens lui est donc essentielle, d’autant plus même, mais malgré cela, cette question reste la même pour ces deux candidats : elle se pose exactement dans les mêmes termes : non pas comment rassembler ?, mais qui rassembler ? c’est-à-dire sur qui s’appuyer ET qui supporter ?

Mais autre chose réunit encore Emmanuel Macron et Benoît Hamon : ce même constat, ce même appel : le meilleur soutien, selon eux, c’est encore le peuple. « Un homme, un projet, un peuple » dit Emmanuel Macron, « Rassembler les personnes que je croise, dans les meetings, dans la rue », dit de son côté, Benoît Hamon.

Mais quel est-il le peuple ? Est-il plus stable que les caméléons dont parle Plutarque et qui agissent en leur intérêt, car là est bien l’enjeu d’une démocratie : agir dans l’intérêt du peuple ? Et puis, le peuple, n’est-il pas aussi, je cite encore Plutarque, un « composé de toutes sortes de formes, qui, comme un fluide qu'on transvase, prend successivement la figure et le mouvement de tous les obstacles qu'il parcourt » ?

En répondant par cet appel au peuple, Emmanuel Macron et Benoît Hamon ne règlent pas ce problème des soutiens, ils le déplacent, et puis surtout, ils le renversent… là est le problème : revient-il vraiment au peuple d’être le soutien, l’appui, la force d’un quelconque candidat ? N’est-ce pas plutôt au candidat de se faire le soutien du peuple ? Et si là, la vraie question était : non pas qui veut-on rassembler, mais qui est-on capable de rassembler ?

CONSEIL

Plutarque fait du flatteur un miroir dans lequel le flatté peut se contempler : or, qu’est-ce que peuvent voir ces deux candidats dans ce miroir ? Des opportunistes dans le cas d’Emmanuel Macron, et dans le cas de Benoît Hamon, pas grand monde et donc pas grand-chose… Mon conseil, un peu abrupt : c’est de se regarder dans une glace, pour savoir qui on a envie d’y voir.

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