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Emmanuel Macron lors d'un meeting à Arras

Emmanuel Macron face à Max Weber : passion pouvoir

5 min

Après un suspense de plusieurs mois, les résultats du 1er tour sont tombés dimanche dernier : les Français ont choisi Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Avant de donner un conseil, la semaine prochaine, à la candidate du Front National, un conseil pour le candidat En Marche !

Emmanuel Macron lors d'un meeting à Arras
Emmanuel Macron lors d'un meeting à Arras Crédits : CITIZENSIDE / ILAN DEUTSCH / CITIZENSIDE - AFP

Dimanche dernier, plus de 35 millions de Français se sont exprimés en faveur d’un des 11 candidats à l'élection présidentielle. Et depuis, la question fleurit partout : au final, qui a voté pour qui ? Qui s’est mobilisé pour qui ?, « quel est donc le profil de l’électeur de tel candidat ? ».

Comme si l’enjeu d’une élection était de déterminer, après coup, et presque malgré nous, seulement en fonction de nos milieux, l’électeur-type que nous sommes par candidat…

Mais n’est-ce pas inverser les choses ? Ne devrait-on pas plutôt se demander : quel est avant tout le profil du candidat qui peut mobiliser les électeurs dimanche 7 mai ?

De la passion ! Voilà ce qui pourrait donner envie aux électeurs de se mobiliser pour Emmanuel Macron, voilà ce qui pourrait définir une des qualités essentielles d'un candidat. Max Weber, dans sa fameuse conférence de 1919, « La vocation et la profession de politique » faisait même de l'attachement passionné à une cause la 1ère des qualités du pouvoir. Mais la passion, quand elle prend la forme d’une telle excitation au service seulement de son propre projet, ne tourne-t-elle pas à vide et ne devient-elle pas vaine ?

Pour que la passion ne soit pas stérile, il faut lui ajouter ce que Max Weber appelle le « coup d'œil », cette 2ème qualité essentielle de l'homme politique, cette capacité, je cite « de laisser agir sur soi les réalités, dans la tranquillité », c’est-à-dire « la distance à l'égard des choses et des hommes ». Et c'est exactement cette idée de faire un bilan, tranquillement, au coin du feu...

Mais voilà, ici encore, Emmanuel Macron propose de finir avec « ce qui est important pour lui ». Et c'est là le problème : que la passion et la distance, ces deux qualités de l'homme politique, ne soient chez Emmanuel Macron que des qualités, qu'elles soient vaines… et qu’entre l’excitation stérile et l'intérêt pour soi, il ne reste donc que… la vanité. Et c’est d’ailleurs le soupçon qui plane sur lui depuis le début de cette campagne et depuis dimanche dernier... Mais la vanité est-elle forcément le signe d’un candidat complètement vain ?

Eh oui, depuis dimanche dernier, jour du 1er tour, depuis son discours et son dîner parisien aux allures de victoire, c’est bien la vanité, « ennemie mortelle de tout dévouement à une cause et de toute distance à l’égard de soi-même », « ennemie tout à fait trivial et trop humain » que l’homme politique doit surmonter en lui-même, que doit surmonter en particulier Emmanuel Macron.

Mais comment faire ? Car il y a un paradoxe : la vanité, ce « besoin d'occuper le devant de la scène de la manière la plus visible », ne peut se combattre aux yeux de tous qu’en jouant encore sur des qualités visibles, des postures, des élans et des phrases choc. Comment dès lors ne pas être sans cesse soupçonné de « fonctionner à vide » ? Et comment l’homme politique en campagne, en pleine démonstration, peut-il montrer autre chose de lui que ce qui peut se voir ? Et si Emmanuel Macron était en fait le plus transparent des candidats, le seul à nous montrer ce besoin de se montrer ?

Mais voilà, est-ce, pour nous, tout autant consistant et satisfaisant que pour lui ?

CONSEIL

Entre nous électeurs, réduits à des profils, et lui candidat, réduit aussi à son profil, c’est le même enjeu : nous sommes condamnés à nous fier et même à nous mobiliser seulement en fonction de ce que l’on perçoit chez un candidat. Mais pour que la vanité ne soit pas vaine, je conseille d’aller lire les 1ères pages de cette conférence, « La profession et la vocation de politique », où Weber fait la distinction entre vivre de la politique et vivre pour la politique où la vanité n’a rien de vain quand elle est celle d'une vie dédiée à la politique.

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