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Emmanuel Kant

Ferrand, Mélenchon et de Sarnez face à Kant : peut-on être moral en politique ?

5 min

A chaque époque, son expression : transparence, exemplarité, ou aujourd'hui, depuis l'affaire Fillon, « moralisation ». Mais pourquoi les hommes politiques devraient-ils donc être irréprochables ?

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Cette semaine, je vais certes donner un conseil à trois candidats aux législatives : Marielle de Sarnez, Richard Ferrand et Jean-Luc Mélenchon, mais pour interroger sur ce qui peut intéresser tout autre candidat ou élu, et qui va même faire l'objet d'un projet de loi : la moralisation de la vie publique. Ou l'occasion de poser cette question qui a tout d'un sujet de bac philo : peut-on être moral en politique ?

A chaque époque, son expression : transparence, exemplarité, ou aujourd'hui, depuis l'affaire Fillon, « moralisation »... les mots ne manquent pas pour désigner ce souhait des électeurs, et des élus d'ailleurs aussi qui ne cessent de le clamer, de voir enfin et définitivement la politique lavée de tout soupçon. Mais pourquoi les hommes politiques devraient-ils donc être irréprochables ?

Etre irréprochable, c'est être moral, mais être moral, c'est quoi ? Dès qu'une affaire vous tombe dessus en politique, la question se pose cruellement, et c'est le cas de Marielle de Sarnez, visée pour des soupçons d'emploi fictif au Parlement européen.

Pour y répondre et aider notre nouvelle Ministre des Affaires européennes, on peut faire confiance au philosophe par excellence de la morale, Kant, évidemment. Kant qui, dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, et pour fonder justement toute sa morale, part de la « bonne volonté » : la bonne volonté, ou, je cite, ce qui est tenu pour bon sans restriction, qui ne se juge pas pour ses œuvres ou ses succès, mais pour elle-même.

C'est ça : la bonne volonté est bonne en soi, précise Kant, sans justification. De quoi rassurer donc Marielle de Sarnez : être bon, moral, honnête, exemplaire, irréprochable, n'a pas besoin d'être clamé, au contraire. Mais comment l'être sans le dire, sans le montrer, sans le prouver, quand on est un politique et que l'on est accusé ? C'est bien le paradoxe de la moralité en politique : prouver sa moralité alors-même qu'elle ne peut pas se prouver.

C'est bien aussi le problème de Richard Ferrand, notre nouveau Ministre de la cohésion des territoires et candidat dans le Finistère. Il ne cesse lui aussi de se justifier, il a même tout donné ! Et certes, il ajoute qu'il est honnête, il a compris Kant, il a bien compris, je cite, que « ce qui fait que la bonne volonté est telle, ce ne sont pas ses œuvres, c'est seulement le vouloir ».

Mais lui aussi ne fait que le dire... et on retombe donc sur le même problème : comment donc prouver sur la scène publique sa bonne volonté qui elle-même ne se démontre pas ? Même Kant concède que la tâche est difficile, qu'un soupçon peut toujours s'éveiller, que rien ne garantit que l'on soit purement bon, sans aucune intention intéressée à l'être.

Mais alors pourquoi encore vouloir le prouver ? A quoi bon s'en défendre ou le prévenir avec une loi de moralisation, au risque d'être soupçonné de le faire par intérêt ? Et si, en retournant le problème, on se demandait, non plus comment prouver que l'on est bon ou moral, mais comment l'être en politique sans avoir à le prouver ?

Comment être bon sans avoir à le clamer, à le brandir, à en crâner, et pire à se satisfaire de cette seule apparence, c'est bien l'enjeu de la morale kantienne, mais aussi de toute politique. Et on peut dire que Jean-Luc Mélenchon, lui aussi candidat aux législatives et lui aussi visé par une plainte déposée par Bernard Cazeneuve, ne tombe pas dans cet écueil de cultiver seulement pour cultiver des qualités morales.

On peut dire qu'il est ici loin de qualités comme la tempérance par exemple, ou la maîtrise, ou encore le calme, qui, sans bonne volonté, peuvent même cacher la pire immoralité. Mais si être moral ne se montre pas, faut-il pour autant en montrer le contraire et contrarier les règles d'usage et de civilité ?

CONSEIL

Je conseille bien sûr la lecture de ces Fondements de la métaphysique des mœurs dont la suite expose le célèbre impératif catégorique de la morale kantienne. Ou alors, dans un tout autre style, je conseille la lecture de L'homme de cour de Baltasar Gracian ou l'inverse de Kant, c’est-à-dire comment avoir l'air moral sans l'être du tout.

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