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François Fillon, François Asselineau et Jacques Cheminade

Fillon, Asselineau, Cheminade face à Spinoza : machinations, complots et autres superstitions

5 min

Un conseil pour trois candidats, puisque la politique n’y échappe pas : François Fillon, François Asselineau et Jacques Cheminade, eux aussi, succombent à cette fameuse théorie du complot. Mais s'agit-il d'un argument fiable quand on est en campagne ?

François Fillon, François Asselineau et Jacques Cheminade
François Fillon, François Asselineau et Jacques Cheminade Crédits : JOEL SAGET, ERIC FEFERBERG - AFP

La théorie du complot fait couler beaucoup d’encre. Le mieux est alors de revenir à la définition la plus simple du complot, celle donnée par le dictionnaire, où il y est défini, je cite, comme un « dessein concerté secrètement entre plusieurs personnes et dirigé contre un individu, une institution, un gouvernement, un régime ». Ce qu'on a parfaitement entendu le jeudi 23 mars sur France 2.

C’est une révélation grave qu'a faite alors François Fillon : les accusations dont il est la cible depuis « l'affaire Penelope », ne seraient, nous dit-il, qu'une machination secrète ourdie contre lui par le chef de l’Etat. Mais nous a-t-il en fait révélé un secret ? De tels desseins en politique sont certes cachés, ils ne sont jamais dits à voix haute, mais échappent-ils pour autant à notre intuition ?

C'est bien le problème : on se doute bien qu'il existe de tels complots et autres conspirations en politique, mais on ne saurait les identifier pour autant... de là, toute la place laissée à notre imagination, comme à celle d'hommes politiques, tel François Fillon.

Et c'est bien ce qu'a perçu Spinoza dans son Traité Théologico-Politique : ce penchant naturel des hommes, notamment quand ils sont en mauvaise posture, à « la plus extrême crédulité », à la « superstition ». Comment comprendre alors que François Fillon fasse d'une telle banalité de la machination politique, mais surtout de sa superstition un argument valable pour se défendre ?

« Quels sont donc les tenants et aboutissants ? », « qu'est-ce qui se passe ? », ce sont bien les enjeux qui sous-tendent une autre candidature, celle de François Asselineau. Plus qu'un argument de défense, la question de ce qui se trame en secret et de qui tire les ficelles, est ici au cœur d'un programme. La question se repose alors d'autant plus : comment fonder une politique sur l'imagination et la croyance ?

Dans la préface encore à son Traité Théologico-Politique, Spinoza le dit « les hommes les plus attachés à la superstition » pensent que la raison est « aveugle », que la sagesse est « chose inutile », que seules, je cite, « les délires de l'imagination, les songes et toutes sortes d'ineptie et de puérilités sont à leurs yeux des réponses ». Et d'ajouter, car « la véritable cause de la superstition, ce qui la conserve et l'entretient, c'est la crainte ».

Et on le sait, la crainte est un puissant ressort en politique : l'affect le plus contagieux, le plus à même de toucher et d'être entendu. Mais si contenir le peuple par la peur a ses avantages selon certains, que dire du candidat qui cède à cette pulsion et dont la politique est elle-même touchée par de telles agitations et incertitudes ?

Comme François Asselineau, on retrouve avec Jacques Cheminade cette idée que quelque chose nous a échappé, mais il va lui encore plus loin : car il ne suffit pas d'ouvrir le débat, il s'agit, nous dit-il de reprendre ce qui nous a été pris, à savoir le pouvoir ! Mais si le pouvoir n'est plus aux hommes, à qui est-il alors ?

Spinoza nous a montré jusqu'ici deux choses : ce penchant naturel à la superstition et la crainte qui en est la cause. Mais il faut rappeler qu'il parlait alors des hommes incertains qui s'en remettent à Dieu, à ses signes, à ses miracles. Si la superstition et la crainte ne sont donc pas fiables en politique, que penser en plus d'une politique qui déifie ainsi le pouvoir, qui en fait une instance invisible et manipulatrice ?

CONSEIL

Le mieux est encore de lire la fin de cette fameuse préface du Traité théologico-politique de Spinoza, pour distinguer ce qui relève de sa croyance privée des arguments politiques de l'espace public. De quoi enfin reprendre le pouvoir au moins sur son esprit et ne plus se faire les victimes de ses propres machinations.

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