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François Fillon lors d'un meeting à Compiègne le 15 février 2017

François Fillon face à Michel Foucault : « le courage de la vérité » 2

5 min

Il est sur toutes les bouches, chacun scrute sa chute dans les sondages, les revirements de son affaire, se demande s'il va tenir sa candidature, il s’agit bien sûr de François Fillon, le candidat républicain aux élections présidentielles en pleine tempête pour cause de « Penelopegate »

François Fillon lors d'un meeting à Compiègne le 15 février 2017
François Fillon lors d'un meeting à Compiègne le 15 février 2017 Crédits : FRANCOIS NASCIMBENI - AFP

Tout début décembre, alors qu'il venait d'être élu à la primaire de la droite et du centre, j'avais déjà suggéré un conseil à François Fillon, en partant de son slogan de campagne : « le courage de la vérité », slogan qui n'était pas sans rappeler alors les Cours au Collège de France donnés, sous le même titre, par Michel Foucault dans les années 80.

Mais ce slogan, aujourd'hui, loin de rappeler le sérieux de Foucault, a surtout de quoi faire sourire quand on voit certaines « omissions », dirons-nous, du candidat républicain quant à l'emploi de son épouse... Et l'on peut se demander à juste titre ce qu'il entendait alors par « courage » mais surtout par « vérité » quand il prônait un tel slogan... Mais pourquoi ne pas plutôt se demander si cette tourmente n'est pas en fait l'occasion rêvée pour François Fillon d'appliquer son slogan et d'avoir enfin le courage d'affronter la vérité ?

Que tout candidat à une élection présidentielle s'arme de courage ET défende sa vérité semble aller de soi, mais que tout candidat fasse preuve de courage en accordant vraiment ses actes sur ses idées l'est en revanche beaucoup moins. François Fillon a pour sa part un boulevard pour tenter de le faire. Mais un boulevard semé d'embûches, et par lui-même... Car c'est bien le double problème qui se pose ici : comment non seulement mettre soi-même en œuvre ce que l'on défend comme vrai, problème qui peut se poser à tout candidat, mais comment en plus le mettre soi-même en œuvre quand ce que l'on croit vrai a été menti, falsifié par... soi-même, comme c'est le cas de François Fillon ?

Pour éclairer cette double question, c'est bien à Michel Foucault et à ses Cours au Collège de France qu'il faut revenir : lorsque celui-ci évoque « le courage de la vérité », il n'évoque pas, en fait, le fait d'être capable de dire la vérité sur un sujet, ce que chaque candidat peut tenter de faire, il évoque surtout, je cite, « le discours de vérité que le sujet est capable de dire sur lui-même ». Quand François Fillon évoque les attaques dont il est la victime, il se montre certes capable de parler de cette affaire... mais très rapidement et pour mieux réaffirmer son projet et ses idées... or, est-ce vraiment cela faire preuve de courage en disant vrai sur soi-même ?

Ordre, autorité, François Fillon veut mettre des mots sur des actes... il veut accorder la vérité à la réalité, les idées aux actions. Mais là encore, il ne pratique pas un discours vrai sur lui-même, mais sur autre chose que lui-même. Et là encore, sa bataille est celle des projets et des idées, mais pas d'une pratique de vérité par et sur lui-même, dès maintenant, au jour le jour, pratique qui nécessite le courage, comme le dit Foucault, de « risquer de défaire la relation à l'autre », relation avec ses électeurs ici, en se dévoilant tel que l'on est, avec ses petits et gros mensonges.

Sans courage et sans vérité, que reste-t-il alors de l'esprit de campagne de François Fillon ? S'il est capable de faire entendre, comme il le prétend, ses 4 vérités à la France en nous rappelant ce qu'est un délinquant et un criminel selon lui, comment le rendre capable, à son tour, de dire mais aussi d'écouter toute la vérité sur lui-même ?

CONSEIL

Au moins un conseil peut-être, puisqu'à entendre François Fillon s'entêter, apparemment avec courage, à l'entendre rester debout, on en vient à se demander si, par un paradoxe fou, il ne ferait pas seulement de la vérité un slogan vide et qui masque le fond, mais même le mensonge par excellence, la vérité qu'on brandit, dont on se pare et derrière laquelle on se cache. Je lui conseillerai alors de ne pas lire Foucault qui évoque le dire-vrai, mais de lire l'œuvre de Baltasar Gracian qui, lui, préconise l'agir-faux.

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