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Marine Le Pen

Hobbes et le problème Marine Le Pen

4 min

Dernier conseil avant l’élection présidentielle, et pas des moindres, puisqu’il s’adresse à Marine Le Pen, la candidate du FN. Mais à 2 jours du vote, au vu de ses résultats au 1er tour, de sa critique des médias, et de sa hargne, dirons-nous, en débat, a-t-elle en fait besoin d'un tel conseil?

Marine Le Pen
Marine Le Pen Crédits : STRINGER - AFP

Quel conseil donner à Marine Le Pen ? Depuis le début de la campagne, c'est bien cette question qui s'est posée pour chaque candidat avec ce Précis, chacun soulevant en fait assez naturellement une problématique à lui tout seul : Jean-Luc Mélenchon et l’art de la performance, François Fillon et la vérité, et même un non-candidat comme François Hollande sur l'autorité.

Mais avec Marine Le Pen, se pose en fait un tout autre problème : celui justement de déterminer quel est son problème, celui en tout cas par lequel la prendre. Au point que l’on pourrait même parler du problème Marine Le Pen, celui qui, par définition, est un obstacle à la raison, qui ne trouve pas d’angle d’attaque ou de résolution : ni quand on l’approche en en faisant un problème à part, ni quand on le traite comme un autre.

C’est que Marine Le Pen, à entendre cette reprise mot à mot d’un discours de François Fillon, ce lundi 1er mai, lors de son meeting à Villepinte, ne se laisse pas facilement approcher, identifier, résoudre à partir d’un seul problème : Marine Le Pen, c’est à la fois l’extrême droite et la volonté de rassembler ceux qu’elle a critiqués, Les Républicains ou les Insoumis. Mais c’est aussi et toujours à la fois le discours anti-système et l’appartenance au système, le rejet des « affaires » et la fuite face à la justice, et c’est surtout « La France apaisée » mais fondée sur la division des Français.

Marine Le Pen, c’est donc l’essence du problème : c’est la contradiction faite candidate. Et c’est ce qu’on retrouve dans ce personnage de contradicteur imaginé par Hobbes lui-même dans le Léviathan. Ce personnage, c’est « le fou », celui qui raisonne mais seulement pour affronter l’ordre établi. Séduisant certes, mais insaisissable et intenable, car comment faire face et maintenir la contradiction qui se dérobe sans cesse, sautant d’une position (et opposition) à l’autre, contredisant l’un puis l’autre, et se contredisant surtout elle-même ?

Pour définir une candidate sans cesse dans la contradiction, le mieux est peut-être encore de l’écouter. Et Marine Le Pen nous le dit, et tout en adverbes : elle est française, et même plus, elle est la France. Mais pas n’importe quelle France : la France insultée, violentée, en souffrance. Autant de manière de se définir, non plus seulement dans la contradiction, mais aussi par le manque, par la négation, et que l’on refuse.

Qui d’ailleurs ne refuserait pas un tel état ? Le fou de Hobbes le demande lui-même : au nom de quoi devrait-il souffrir et se soumettre à un ordre où il a l’impression de se sacrifier pour les autres ? Or, que lui répondre à ce fou qui use de sa raison qui, selon lui, « dicte à chaque homme son propre bien » ? Hobbes a beau lui répondre qu’il raisonne mal, qu’il joue cavalier seul, que répondre à Marine Le Pen qui, elle aussi, nous dit trouver une raison, non pas seulement dans chaque homme, mais dans la France tout entière qui souffre pour les autres ?

Eh bien peut-être lui répondre : qu’il lui faut bien se trouver des raisons, une raison d’être, celle, au moins, d’incarner la contradiction et l’opposition, et de mettre à l’épreuve cette république à laquelle on tient. Mais de là à trouver cela raisonnable, de là à s’en faire une raison, nous tous, toute la France, n’est-ce pas insensé ?

CONSEIL

Nous sommes vendredi 5 mai, il est 11h, la fin officielle de la campagne approche. Marine Le Pen ne peut plus rien faire, sauf peut-être lire Hobbes et son Léviathan. En revanche, tous ceux qui peuvent voter détiennent entre leurs mains le sort des prochaines années. Je leur conseillerai de lire l’ouvrage de Céline Spector sur les Eloges de l’injustice, où l’on retrouve le fou de Hobbes, ou comment la philosophie parvient à répondre à la déraison, ou pas, et comment le geste politique reste alors la meilleure réponse.

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