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Jean Luc Mélenchon, candidat du parti de Gauche et du Parti communiste pour les élections présidentielles de 2017 anime un meeting à Aubervilliers grâce à un hologramme de lui-même en direct depuis Lyon.

Jean-Luc Mélenchon face à Simone Weil : l'art de capter l'attention

5 min

Contre toute attente, ce n'est pas un conseil à François Fillon cette semaine, qui occupe pourtant toute l'attention... c'est un conseil à Jean-Luc Mélenchon qui a réussi, quant à lui, à capter toute l'attention dimanche dernier …

Jean Luc Mélenchon, candidat du parti de Gauche et du Parti communiste pour les élections présidentielles de 2017 anime un meeting à Aubervilliers grâce à un hologramme de lui-même en direct depuis Lyon.
Jean Luc Mélenchon, candidat du parti de Gauche et du Parti communiste pour les élections présidentielles de 2017 anime un meeting à Aubervilliers grâce à un hologramme de lui-même en direct depuis Lyon. Crédits : PIERRE GAUTHERON / HANS LUCAS - AFP

Comment être au centre de l'attention des électeurs sans que celle-ci ne soit détournée ? C'est bien l'un des enjeux stratégiques qui se pose à tout candidat en campagne pour les élections présidentielles. Mais quand certains « occupent » l'attention, au-delà de leur volonté, de leur programme et de leurs idées au point même de préférer détourner l’attention, comme c'est le cas du républicain François Fillon ces derniers temps…, d'autres maîtrisent bien mieux l'art d'attirer cette attention : ils ne l'occupent pas, comme on occupe le temps, pour patienter, par curiosité… non, ils la « captent », ils la gagnent à toute heure et partout : depuis les réseaux sociaux, mais grâce aussi à des prouesses technologiques, comme c'est le cas du candidat Jean-Luc Mélenchon.

Dimanche dernier, le 5 février, si vous étiez à Lyon, vous avez pu assister au meeting de Jean-Luc Mélenchon. Mais si vous étiez à Paris, vous avez aussi pu voir le même Jean-Luc Mélenchon… le même, en tout cas son hologramme. « Stupéfiant », « bluffant » : durant une heure et demie, l’attention de chaque spectateur était toute concentrée, toute mobilisée vers l’image simultanée du candidat du Parti de Gauche.

Mais est-on vraiment attentif quand on regarde un spectacle ? Est-ce vraiment de l’attention que l’on a réussi à capter ? Ou n’est-ce pas plutôt, là encore, de l’attention que l’on a occupé avec un divertissement ? Autrement dit, quand on regarde l’hologramme de Jean-Luc Mélenchon, est-ce une attention attentive, ou est-ce un paradoxe d’attention, c’est-à-dire une attention divertie, distraite par un spectacle ?

Dans La pesanteur et la grâce, la philosophe Simone Weil consacre justement un très beau chapitre à cette question de l’attention. Celle-ci, nous dit-elle, est, je cite, une « méthode d’exercer l'intelligence, qui consiste à regarder », de quoi aller ici dans le sens du meeting de Jean-Luc Mélenchon où les regards étaient tous tournés vers son hologramme. Mais Simone Weil ajoute ceci : l’attention permet en fait de « discriminer le réel et l’illusoire ».

Voici donc la question : en captant l’attention des électeurs avec son hologramme, Jean-Luc Mélenchon ne les aurait-il pas plutôt captivés, c’est-à-dire rendus captifs d’une illusion au lieu de les éveiller au réel ?

Mais plus qu’une question, il y en a en fait deux : non seulement, comme je l’ai dit, celle de savoir si l’on n’a pas été trompé par des images, des illusions, mais aussi celle de savoir si l’on n’a pas été plus fascinés par l’image d’un homme que par ses idées…

Face à cette angoisse, Simone Weil nous rassure : « La condition, dit-elle, est que l'attention soit un regard et non un attachement. » Et Jean-Luc Mélenchon ne manque pas, lui aussi, de nous rassurer en allant dans ce même sens : « Je passerai mais pas les idées que je porte pour vous »… autrement dit, nous ne sommes pas attachés à lui, à son image, mais à ses idées, et ça… c’est bien immatériel et éternel.

Mais ce que dit en plus Simone Weil, et que ne dit pas Jean-Luc Mélenchon, c’est que l’attention, justement parce qu’elle est sans objet, sans attachement, ne cherche pas à trouver : elle ne s’acharne pas, elle ne veut pas de récompense extérieur, elle veut seulement voir le réel contre les illusions… Or, peut-on dire la même chose d’un candidat qui cherche à attirer notre attention, même pour ses idées ? Et peut-on dire la même chose de nous, qui cherchons aussi, avec effort parfois, mais toujours en tout cas, en espérant voir notre candidat gagner ?

CONSEIL

Reste donc cette même question : comment être au centre de l’attention sans la détourner, c’est-à-dire sans qu’elle ne soit distraite par autre chose, une autre actualité, mais surtout sans qu’elle ne soit distraite par une autre raison que celle de ses idées ? Comment être regardé pour ses idées sans éveiller le soupçon de l’intérêt ? Je conseillerai donc à Jean-Luc Mélenchon d’aller lire ou relire le fameux mythe de la Caverne de Platon, dans la République : non pas pour abandonner les images, mais au moins pour voir comment elles peuvent malgré lui le desservir.

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