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Alain Juppé en campagne pour les primaire de LR

Juppé face à Aristote : l'art d'être heureux

5 min

Un conseil aujourd'hui pour Alain Juppé. Car après Jean-Luc Mélenchon et son concept d’intérêt général humain, on reste sur le concept : l’identité heureuse d’Alain Juppé.

Alain Juppé en campagne pour les primaire de LR
Alain Juppé en campagne pour les primaire de LR Crédits : Elyxandro CEGARRA/ NURPHOTO - AFP

Mardi 13 septembre, Alain Juppé donnait le coup d'envoi à Strasbourg de sa campagne pour les primaires des républicains, et plus largement de sa campagne pour l'élection présidentielle d'avril et mai prochains. Mardi 13 septembre, surtout, il persévérait dans une voie qu'il avait déjà ouverte il y a deux ans : Alain Juppé persévère donc dans la voie de l'identité heureuse, celle qui a déjà tant fait couler d'encre, suscité tant de commentaires, et de sarcasmes. Et pourtant, force est de lui reconnaître que rares sont les candidats, et même tous les politiques, à miser avec tant de ferveur sur le bonheur.

Et l'anaphore de Nicolas Sarkozy de continuer encore plusieurs secondes sur le malheur français. Mais finalement, la question se pose : pourquoi le malheur est-il le grand gagnant des programmes ? Pourquoi les politiques, et même les intellectuels – c'est à Alain Finkielkraut, je le rappelle, que l'on doit l'idée d'identité malheureuse - parient sur l'inquiétude et le désenchantement ? Pourquoi quand Alain Juppé affirme l'identité heureuse, d'autres lui répliquent ceci : Naïveté, monde des bisounours, candeur... : le bonheur a mauvaise presse aujourd'hui. Il faut bien souligner : le bonheur et aujourd'hui, parce que ce n'est pas l'identité ici qui est critiquée, mais bien l'idée que l'on pourrait être optimiste alors que le pays est à ce jour en pleine crise. Inversons donc la question : non pas : pourquoi le malheur est-il gagnant, mais pourquoi le bonheur est-il si repoussant aujourd’hui ? Pourquoi le bonheur est-il à contretemps ? Et à défaut d’être dans l’air du temps, pourquoi n’est-il plus, au moins, un idéal à atteindre, une promesse politique pour l’avenir, tel qu’il l’était dans les pensées antiques ? Pourquoi n’y a-t-il donc plus de « bonne heure » ?

Dans Les Politiques, Aristote faisait du bonheur la finalité de « toutes les communautés politiques », « le bien le plus éminent entre tous », et il ajoutait que : « ce n’est pas seulement en vue de vivre, mais plutôt en vue d’une vie heureuse qu’on s’assemble en une cité ». Alain Juppé voudrait-il donc relever le défi de renouer avec la vision antique de la politique dans notre époque moderne où le bonheur est une affaire privée ? Alain Juppé a donc choisi : toujours et encore le bonheur, à tous les temps et partout. Mais il y a pourtant un paradoxe, avant même d’y voir un défi, à envisager l’avenir sur un mode foncièrement passéiste. Non pas seulement parce qu'Alain Juppé convoque la fidélité à la tradition, à l’histoire, à l’héritage, mais justement parce qu’il met en jeu une conception profondément antimoderne de la politique. Or, comment se tourner vers l'avenir ainsi ? Et puis, surtout : est-il possible de miser sur le bonheur, valeur individuelle et désormais désuète en politique, sans être ringard ? Mais faudrait-il alors abandonner l’idée de bonheur en politique ?

Mon conseil à Alain Juppé serait, pour ne pas abandonner l’identité heureuse, de lire le chapitre 2 du livre VII des Politiques d’Aristote : là où le bonheur n’a rien d’une cosmétique politique, d’une couleur de campagne, mais où l’on explique que pour viser le bonheur de tous, encore faut-il se demander quel est le bonheur de chacun, autre manière d’articuler collectivité des anciens et individualité moderne.

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