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Portrait de Jean-Jacques Rousseau

Kosciusko-Morizet, Le Maire, Fenech face à Rousseau : le sens de la famille

5 min

Premier tour des élections législatives dimanche 11 juin. Voici un conseil pour ces 3 candidats, qui nous font-nous poser cette question: en politique, jusqu’où doit-on avoir le sens de la famille ?

Portrait de Jean-Jacques Rousseau
Portrait de Jean-Jacques Rousseau Crédits : Maurice Quentin de La Tour

Le premier tour des élections législatives aura lieu ce dimanche 11 juin. C'est donc un conseil pour trois candidats, non pas Frédéric Lefebvre qui vient de quitter les Républicains, mais Nathalie Kosciusko-Morizet, Bruno Le Maire et Georges Fenech, qui, eux, restent bien embarrassés par cette famille politique. Mais en politique, jusqu’où doit-on avoir le sens de la famille ?

Depuis l'élection d'Emmanuel Macron, on ne cesse d’entendre que tout se décompose et tout se recompose : la gauche, la droite, le centre, les extrêmes... Et c'est vrai que la plupart des partis ressemblent aujourd'hui à ces familles dont les parents se déchirent et les enfants restent ou quittent le nid.

Avec Les Républicains, on tient sûrement l'illustration parfaite d'une famille ni tout à fait explosée mais pas encore recomposée. François Fillon pourrait en être le père, ou a pu l’être, au moins jusqu'à sa défaite, et Bruno Le Maire aurait alors tout du fils cadet qui a voulu s'en émanciper. Pour preuve, cette déclaration que l'on vient d'entendre au lendemain du 1er tour, et aujourd'hui, son désormais statut de Ministre de l'économie d'Emmanuel Macron.

Mais s'émanciper de sa famille, est-ce vraiment la quitter ? Et inversement, quitter sa famille, est-ce forcément la mettre en péril ? Dans le Contrat social, Rousseau fait de la famille, je cite : « la plus ancienne de toutes les sociétés et la seule naturelle », mais aussi « le 1er modèle des sociétés politiques » qui reste lié, au-delà des besoins et du sang, par la volonté.

Mais, si dans la vie, la famille peut persister, en politique et sans les liens du sang, par quoi peuvent être encore liés des membres divisés ? Autrement dit, comment penser encore la famille politique sans des liens qui l’unifient ?

Dans la famille Les Républicains, on demande cette fois-ci le fils aîné : Georges Fenech qui, pour sa part, ne pardonne pas à Bruno Le Maire d’avoir quitté leur famille. C’est que la famille a pour lui un sens, celui, comme on l’a entendu, de nous souder face aux autres et celui de nous assurer une identité, politique, idéologique, par rapport aux autres aussi.

C’est un des sens que développe Rousseau là encore, et toujours dans le Contrat social : une fois les enfants et les parents exempts des devoirs d’obéissance et de soins, tous, nous dit-il, « rentrent également dans l’indépendance », et « s’ils continuent, je cite, de rester unis ce n'est plus naturellement, mais c'est volontairement, et la famille elle-même ne se maintient que par convention ». Et d’ajouter cette phrase cruciale : « cette liberté commune est une conséquence de la nature de l'homme ».

Mais comment faire quand la famille se retourne contre elle-même, comme on l’entend à travers les déchirements des uns et des autres ? Comment faire quand la famille nous enchaîne plus qu’elle ne nous soutient, quand la famille nous aliène plus qu’elle ne nous donne une identité, faut-il encore vouloir y rester ? Et si la famille en politique n’avait de tel que le nom, l’usage ou l’habitude ?

La question de la famille en politique va donc plus loin, car il ne s’agit pas tant de savoir comment la préserver, malgré des liens fragilisés et des membres divisés, mais à quoi bon la préserver ?

A quoi bon préserver la famille en politique… la question se pose vraiment à entendre Nathalie Kosciusko-Morizet en rébellion, et à juste titre, comme la vieille droite paternaliste de son parti.

Alors, certes, comme le dit Rousseau, la famille est le « 1er modèle des sociétés politiques », et certes un père a tout du chef de l’Etat. Mais une famille politique, comme celle des Républicains, doit-elle nécessairement fonctionner comme une famille et comme un Etat ? C’est le problème de cette sorte de famille qu’est un parti : entre la famille de sang et l’Etat de droit, entre les affinités affectives et électives et l’intérêt général, entre utile aliénation et liberté commune.

Et si, au final, l’enjeu n’était plus alors de savoir comment maintenir à tout prix sa famille politique sans des liens qui l’unifient, mais à l’inverse, comment maintenir des liens libres et communs sans forcément appartenir à une famille ?

CONSEIL

Lire le court texte de Simone Weil, Note sur la suppression générale des partis, paru il y a peu à la fois aux éditions Climats et Allia, de quoi aider les candidats à s’émanciper de leur famille politique, ou à l’inverse, à bien affûter leurs arguments pour la préserver.

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