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Fête de la victoire d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle, sur l'esplanade du Louvre. 7 mai 2017

Emmanuel Macron face à Kierkegaard : renouvellement ou répétition ?

5 min

Ce Petit Précis se prolonge au-delà de l’élection présidentielle pour donner un conseil aujourd’hui à celui qui est désormais notre nouveau président de la République : Emmanuel Macron. Mais jusqu’où la nouveauté est-elle nouvelle ?

Fête de la victoire d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle, sur l'esplanade du Louvre. 7 mai 2017
Fête de la victoire d'Emmanuel Macron à l'élection présidentielle, sur l'esplanade du Louvre. 7 mai 2017 Crédits : SIMON GUILLEMIN / HANS LUCAS - AFP

Sans partis, sans attaches et surtout sans des années de politique derrière lui qui pourraient le plomber... Oui, c'est bien Emmanuel Macron !, qui n'est pas seulement notre nouveau président, mais aussi le visage du renouveau politique.

A gauche comme à droite, pour Ségolène Royale comme pour Luc Chatel, depuis le début de sa campagne et même après son élection, c'est bien parce qu'il incarne le renouveau politique qu'Emmanuel Macron a été autant porté que critiqué. Mais voilà : peut-on vraiment juger, non plus un candidat mais désormais un Président, sur ce seul critère de la nouveauté ? Jusqu'où la nouveauté peut-elle donc durer et suffire à fonder toute une politique ?

Face à ces questions, seul un philosophe amoureux de la répétition peut nous aider, et ce philosophe, c'est Kierkegaard. Dans son essai, intitulé La répétition justement, il reproche à la nouveauté d'être, je cite, comme « une charmante jeune fille qui vous glisse entre les mains ». C'est que la nouveauté ne dure que jusqu'à ce qu'elle se dévoile et qu'elle ne soit donc plus nouvelle... et c'est bien son problème : comment donc la cultiver sans rompre son charme ? Comment la dévoiler sans l'éventer ?

Mais c'est bien surtout aujourd'hui le problème d'Emmanuel Macron : comment peut-il donc entretenir ce qui fait son charme, cette nouveauté, alors qu'il ne peut plus désormais nous glisser entre les mains, alors qu'il a à se dévoiler comme Président ?

Alors qu'il ne cite pas Kierkegaard, mais le philosophe Alain et son texte « Penser printemps », Emmanuel Macron met peut-être le doigt sur quelque chose qui nous avait échappé : le fait que le printemps est certainement le signe du nouveau, mais plus précisément du renouveau, de ce qui recommence et renaît, comme chaque année.

Et c'est bien à son image : il est moins le visage de la nouveauté, d'autant qu'on le connaissait déjà, que le re-nouvellement de la politique. Contre toute attente, Emmanuel Macron n'aurait-il alors de nouveau, comme le printemps, que le fait de mettre au jour ce qui était en fait déjà là ? Ne ferait-il que répéter les mêmes jeux et enjeux politiques que l'on connaît déjà et qui se préparent tous les 5 ans ? Aurait-il alors tout de la répétition tant chérie par Kierkegaard ?

Eh bien, cela reste à voir car, pour Kierkegaard, si la nouveauté glisse en les mains comme une jeune fille, il y a une mauvaise répétition, celle qui se rappelle à nous comme une « vieille femme », qui, quoiqu'on fasse, sera là. Et c'est sûrement cela en fait le problème d'Emmanuel Macron : non pas tant comment continuer à être nouveau tout se dévoilant lui-même, mais comment se répéter, comment continuer à être lui-même, tout en nous étonnant ?

Etre le même et nous étonner, Emmanuel Macron a bien saisi l'enjeu de sa présidence. Il en même fait le défi de la France dès le soir de son élection, dimanche dernier, devant la foule. Il semble alors suivre à la perfection Kierkegaard et sa bonne répétition : celle qui a tout de l'épouse d'autant plus aimée qu'on la connaît et reconnaît au jour le jour.

A ceci près qu'Emmanuel Macron semble ici vouloir que la France soit la même, il veut paradoxalement créer ce qui se répète. Or, la répétition peut-elle vraiment se choisir comme on choisit de faire du neuf ? Et si Emmanuel Macron, pour être le plus étonnant, pour être le neuf possible, éliminait justement tout ce qui est nouveau ? Et s'il se décidait à être un Président comme les autres ?

CONSEIL

Etre un Président comme les autres n'est pas être un Président normal, répéter ce que d'autres présidents ont déjà faits, mais c'est reprendre le rôle de Président, le ressaisir, l'être intensément, s'identifier jour après jour à ce rôle de Président.

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