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Les candidats à la primaire du parti socialiste

Les candidats socialistes Vs. Arendt : la bonne année !

5 min

Conseil aux candidats socialistes: envisager la promesse comme ce qui fait naître une nouvelle action commune, comme le dit Arendt : « un miracle qui sauve le monde ».

Les candidats à la primaire du parti socialiste
Les candidats à la primaire du parti socialiste Crédits : JOEL SAGET - AFP

Samedi dernier, ça n’a échappé à personne, c’était le 31 décembre : l’occasion pour les candidats socialistes qui ont très peu de temps pour la campagne de la primaire, de souhaiter la bonne année à tous, mais est-ce alors la promesse d’une bonne année politique ou celle d'espoirs encore déçus ?

Encore ce matin, vous avez pu entendre lancé ici ou ailleurs un « bonne année » de rigueur, et ça sera encore le cas pendant quelques jours… certains sont malgré tout plus rapides à ce jeu-là, enjeux de campagne obligent : dès le réveillon, les candidats à la primaire de la gauche, qui aura lieu les 22 et 29 janvier prochain, étaient ainsi sur le pont, vidéos à l’appui : Vincent Peillon, Manuel Valls et Arnaud Montebourg, entre autres, mais c’est avec Benoît Hamon que l’on commence, attention aux bruits, c’a été enregistré sur le terrain, devant les urgences de l’hôpital Cochin.

Souhaiter une bonne année, c'est se projeter dès à présent dans l'avenir. Telle est aussi la manière dont fonctionne la promesse selon Hannah Arendt : dans sa Condition de l'homme moderne, chapitre V sur l'action, elle dit ainsi que promettre, c'est « disposer de l'avenir comme s'il s'agissait du présent ». Quand Benoît Hamon exhorte dès lors à « regarder l'avenir avec confiance », il adopte lui aussi le tour futuriste de la promesse. Mais là est le problème : comment regarder l'avenir avec confiance au vu du bilan qu'il dresse lui-même de l'année 2016 ? Comment promettre, c’est-à-dire se projeter et s'engager, si l'on n'est pas d'abord réconcilié avec son passé ?

Autre candidat, autre style : Vincent Peillon cette fois-ci fait ses vœux devant une bibliothèque, au chaud... Pourtant, reste le même constat sur l'année passée : exacerbation des haines, boucs émissaires... « Ça suffit », nous dit Vincent Peillon ! Et si le problème n'était pas tant le passé avec lequel on doit en finir, que ce qui s'est passé entre les individus ? Et si la promesse ne supposait pas tant de se réconcilier avec le passé qu'avec ses concitoyens ?

Arendt, là encore, fait de la promesse non seulement la capacité supérieure à disposer de l'avenir dès maintenant, mais ce qui maintient les hommes ensemble : quand on promet quelque chose à quelqu’un, on s'engage, malgré notre propre faiblesse et celle de notre partenaire, malgré notre impossibilité à prédire l'avenir. Mais la promesse ne devrait-elle pas alors être une affaire d'égalité ? Comment croire le vœu, l'espoir, la promesse d'être ensemble de Vincent Peillon quand il travaille à être le souverain, à avoir le pouvoir ?

Le problème n'est pas différent avec Manuel Valls : lui aussi insiste sur la solidarité, sur les services publics – il parle, je le signale, dans une caserne et avec à ses côtés, un groupe de pompiers-, lui aussi mise sur le groupe, le collectif, l'Etat, lui aussi promet une bonne année tous ensemble, à tous ses compatriotes. Mais, comme pour Vincent Peillon ou Benoît Hamon, jusqu'où croire une telle promesse qui est formulée dans le cadre d'une présidentielle, où la relation n'est forcément pas réciproque, mais fondée sur « la domination de soi et le gouvernement d'autrui » ?

Comme le souligne Arendt, encore dans la Condition de l'homme moderne : les systèmes politiques, le gouvernement d'autrui, la souveraineté de tous, par un seul, s'appuient sur des contrats, mais la promesse, elle, se fait entre égaux, entre « hommes qui se rassemblent et agissent de concert ». D'où le reproche qui sera sans cesse renouvelé aux gouvernants de ne pas tenir leurs promesses... d’où aussi le fait que les hommes politiques devraient peut-être arrêter de souhaiter une bonne année... ou pas d'ailleurs, j'ai gardé le meilleur pour la fin : Arnaud Montebourg

CONSEIL

Mon conseil à tous ces candidats socialistes que l'on a entendus n'est évidemment pas d'arrêter de souhaiter une bonne année : ça ne coûte rien et ça fait plaisir, c'est même de la politesse. Mais un tel souhait pose le problème du statut du candidat : est-il à égalité avec les électeurs ? Est-il déjà souverain ? Je leur conseillerai donc d'envisager la promesse comme ce qui fait naître une nouvelle action commune, comme le dit Arendt : « un miracle qui sauve le monde ».

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