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Cicéron démasque Catilina

Les écolos face à Cicéron : l’art d’être éloquent

5 min

Après quelques visionnages de débats et d'interviews, un conseil sur l’art oratoire s’impose, c’est un conseil qui peut s’adresser à tous les candidats, mais aujourd’hui plus précisément il sera destiné aux candidats à la primaire Europe-Ecologie-Les Verts.

Cicéron démasque Catilina
Cicéron démasque Catilina Crédits : Cesare Maccari

Personne n’a pu échapper cette semaine au 1er débat pour les élections américaines qui a opposé la démocrate Hillary Clinton au républicain Donald Trump. En revanche, peut-être n’avez-vous pas suivi le débat qui a lieu mardi soir entre les quatre candidats à la primaire écologiste sur La Chaîne Parlementaire.

Et pourtant, entre le débat américain et le débat français, il y a bien des similitudes : car dans les deux cas, l’enjeu de tels échanges est moins celui d’enfoncer le clou de ses idées que d’apparaître et de s’affirmer, à coups de pics et de réparties bien senties, comme le président en puissance

Cécile Duflot, Karima Delli, Michèle Rivasi et Yannick Jadot : tous les quatre doivent persuader leurs propres partisans tout en s'opposant à leurs alliés... Nous avons déjà évoqué ce paradoxe des primaires avec les Républicains. Mais, cette fois-ci, le problème peut être pris sous un angle différent : il ne s’agit pas tant ici de battre des semblables, d’être seul contre tous, de les surplomber, que de faire la différence quand on reconnaît que l’on partage la même conception politique.

Telle est donc la question : comment se distinguer quand les idées sont les mêmes, quand la cause pour laquelle on se bat et en laquelle on croit n’identifie pas quelqu’un et ne produit aucune singularité ?

Légalisation du cannabis, emploi, sécurité, conception des institutions… Au lendemain de ce débat, les journaux ont tous anglé, à juste titre, leurs papiers ainsi : qu’est-ce qui peut donc bien différencier un candidat écolo d’un autre ? Et bien, peu de choses en fait... Alors, dans un tel cas de figure, que faire ? Et bien, justement : apparaître et s’affirmer. Mieux : affirmer ses convictions pour s'affirmer soi-même. Et c’est chez le célèbre orateur de la République romaine, Cicéron bien sûr, que l’on apprend le mieux à se singulariser avec des paroles, des pointes et des beaux discours. Oubliez donc l’opposition fond / forme, action / discours : en campagne présidentielle, tout va de pair !

Dans sa Rhétorique ou De l’art oratoire, Cicéron dégage quatre moyens de capter l’attention de son auditoire : parler de ses adversaires – ce qui est exclu au vu de la bienveillance de ces candidats-, ou parler de la cause, OU ALORS : parler de soi. Mais il ne suffit pas de dire « moi » ou « je » comme Yannick Jadot, ni de dramatiser sa cause, comme Karima Delli et Michèle Rivasi, ou de faire les deux ensemble, comme Cécile Duflot. Il faut en fait se dramatiser soi-même. Plus précisément, et je cite Cicéron, il faut : « rappeler sa conduite et ses services, repousser les soupçons sur son compte, et retracer les malheurs qu’on a éprouvés ». Si affirmer des idées, c'est s'affirmer soi, se défendre, c'est aussi défendre des idées.

J'ai dit que Cicéron dégageait quatre moyens de toucher le public : parler de ses adversaires, de sa cause, de soi-même, mais il y a aussi : parler de ses juges, de son auditoire justement. Or, si l'on ne peut conseiller aux écologistes de se battre entre eux, comme les Républicains, on peut en revanche leur dire, en citant encore Cicéron, qu'il faut louer, sans complaisance, son auditoire, car pour être identifié, encore faut-il avoir envie de s'identifier à la personne qui parle.

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