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Mode d'emploi des primaires à droite et au centre

Les électeurs de gauche VS. Platon : l’art de voter à droite

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C’est un conseil un peu de côté aujourd’hui, puisqu’il ne s’adresse pas directement aux candidats, mais d’abord aux électeurs : plus précisément aux électeurs de gauche, qui envisagent d’aller voter à droite, à l’occasion du 1er tour de la primaire de la droite et du centre le 20 novembre prochain.

Mode d'emploi des primaires à droite et au centre
Mode d'emploi des primaires à droite et au centre Crédits : LAURENCE SAUBADU PAUL DEFOSSEUX - AFP

Cela n’a échappé à personne, comme en témoigne le nombre d’articles, d’enquêtes, de débats et autres sur le sujet… : la primaire de la droite et du centre est devenue une primaire qui déborde largement le clivage gauche / droite.

Le Monde du 1er octobre titrait ainsi « Ces électeurs de gauche qui veulent voter à la primaire de droite », quand Libération a pu donner des conseils pour « voter à la primaire de droite sans se faire repérer », sous-entendu : quand on est de gauche... Mettant ainsi l’accent sur la distinction qu'il y a entre le fait d’être de gauche, et le fait de voter à droite, entre l’essence et l’acte. Mais, à droite, qu’en pensent justement les principaux intéressés ?

Déloyauté, mensonge, parjure, telle est la position sans concession du candidat républicain Nicolas Sarkozy sur le sujet. Mais déloyauté, parjure, mensonge à l’égard de quoi et de qui ?, pourrait-on lui demander. Par rapport à quel engagement, quel serment ? Par rapport à quelle vérité ? Ou même par rapport à quelle norme ?

De la même manière, à gauche, la Ministre de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche trouve ça carrément « malsain ». A entendre Nicolas Sarkozy et Najat Vallaud-Belkacem, qui sont au moins d’accord sur ce point, il y aurait donc là une infidélité, et même une anormalité, et tant qu’on y est une perversité – car c’est bien la définition du « malsain ».

Mais c’est que tous les deux se placent d’un point de vue moral et éthique, pointant le machiavélisme d’une telle stratégie à interférer à droite quand on se dit de gauche. Mais c’est que tous les deux, aussi, utilisant de tels arguments, transforment ce qui est au départ une opinion en une vérité immuable : de quoi nous définir à jamais à partir d'un parti, de quoi figer dans le marbre de l'essence ce qui ne relève au départ que de la conviction qui peut être fluctuante.

Conviction ou croyance, pourrait-on dire, si l'on s'appuie sur l'extrait fameux du livre VI de la République de Platon : Socrate en dialogue avec Glaucon, veut lui figurer la connaissance à partir d'une ligne coupée en deux : d'un côté, la croyance qui relève de l'opinion et du devenir ; et de l'autre, bien distincte, la science qui relève de la raison et de l'essence.

Voilà quelqu'un qui semble bien avoir compris la symbolique de la ligne platonicienne et pour qui la politique est une affaire d’opinion et de devenir, et non d’être : Alain Juppé, qui insiste sur l'idée de « primaire ouverte », s'adressant à tous, à tous les déçus, à tous les nouveaux, à tous ceux qui veulent changer. Mais voilà aussi : un potentiel Président qui après avoir souligné le devenir des opinions, ne renonce pas lui non plus à l'idée de signer un papier et de s'engager. La politique passerait-elle avec nos candidats, et contre toute attente, du côté de l’essence, c’est-à-dire de la raison et de la science ?

Mon conseil vient de la République de Platon encore : on peut y lire que pour parvenir à saisir l'être, encore faut-il acquérir la science du dialogue : avant donc de faire de la politique le lieu d'une vérité intemporelle, encore faudrait-il instaurer de quoi échanger véritablement entre candidats et électeurs, à gauche comme à droite.

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