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Manuel Valls en meeting à Audincourt le 7 décembre 2016

Manuel Valls face à Alain : l’union fait-elle la force ?

4 min

Un conseil à Manuel Valls, puisqu’après ces derniers jours chargés – un renoncement, une démission, une nouvelle candidature, un conseil ne sera pas de trop pour celui qui veut, et même doit, désormais réunir sa famille socialiste autour de lui s’il veut gagner.

Manuel Valls en meeting à Audincourt le 7 décembre 2016
Manuel Valls en meeting à Audincourt le 7 décembre 2016 Crédits : SEBASTIEN BOZON - AFP

« Un seul être vous manque et rien n’est dépeuplé », tel pourrait être la version remaniée du vers de Lamartine suite au renoncement de François Hollande jeudi dernier. Car depuis ce jour où le Président a laissé sa place de candidat vacante, loin d'avoir laissé du vide, c’est plutôt à la multiplication des voix de gauche qu'il a fait place, voix dispersées, mais toutes clamant à l’unisson une même chose : le rassemblement !

Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, même François Hollande sur le départ, et puis bien sûr celui à qui il a laissé sa place, Manuel Valls !

Manuel Valls et les candidats socialistes… tous ont bien en tête l’enjeu des prochaines élections pour leur camp : ne pas le diviser sous peine d’être évincés, et dès le 1er tour… Mais comment s’unir quand les convictions et les personnalités ont tant divergé jusqu'ici ? Comment convaincre de sa capacité à rassembler quand certains sont devenus frondeurs et d’autres sont accusés de traîtrise, ou au moins, de déloyauté ?

Le grand paradoxe des primaires, comme on l’a vu avec celle de la droite, c’est bien de gagner dans sa famille mais aussi contre sa propre fratrie, en affichant certes des valeurs communes mais aussi des convictions distinctes, marquées, franches : c’est se diviser pour mieux régner en somme…

Mais dans le cas de la gauche, le problème paraît donc être l’inverse : il s'agit désormais de s’unir pour mieux régner. Mais comment, pour avoir une chance de gagner à nouveau, rassembler, réconcilier, ce qui a été dispersé et volontairement divisé depuis bientôt 5 ans ?

Depuis son discours de février dernier, Manuel Valls a sensiblement bougé : il n’y a plus désormais « des gauches » irréconciliables, nous dit-il aujourd'hui, mais « une seule » gauche qui débat avec elle-même, comme si l'on touchait alors un peu du doigt l'union tant espérée pour s'imposer dans les élections de 2017. Mais une telle union est-elle en fait suffisante ? Et l'union, d'ailleurs, de manière générale, tant revendiquée sans jamais être questionnée, est-elle en fait un principe suffisant ? Autrement dit, et pour reprendre le dicton : l'union fait-elle vraiment la force ?

Dans un court texte de 1927, sur « Le libre jugement », que l’on trouve dans ses Propos sur les pouvoirs, le philosophe Alain posait lui aussi la question, mais de manière quelque peu différente : « l'union fait la force, mais de qui ? », demande-t-il, et d'y répondre : « L'union est un être puissant, mais qui se veut lui-même et qui ne veut rien d'autre »

Plus qu'une stratégie, l'union, pour Manuel Valls, c'est une exigence, une envie, une révolte aussi... On pourrait même dire une obstination tant il semble correspondre au portrait du chef que fait encore Alain dans ce texte : un chef bizarrement esclave de cette « folle entreprise » qu'est l'union, tout occupé à la conquérir et à l'étendre.

Le grand problème de l'union dont on fait tant l'éloge et dont on souhaite tant les miracles, c'est qu'elle ne se célèbre en fait que pour elle-même, c'est qu'elle ne produit rien d'autre qu'elle-même, pas même un miracle, et donc, qu'elle ne permet pas de penser à autre chose qu'à elle-même. Or, pourquoi tant vouloir l'union si elle est au final improductive, si au final on n'en fera rien ?

CONSEIL

Le problème face auquel se trouve Manuel Valls et les socialistes d'ailleurs, et même tous les candidats de gauche, c'est comment trancher entre la division qui implique de perdre et l'union qui implique de se perdre en elle-même. En lisant Alain, je trancherais pour la division, non pas pour régner, mais au moins, pour penser, pour avoir l'esprit libre en tout cas de penser à d'autres propositions que celle uniquement de se rassembler.

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