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Mélenchon / Hamon face à Aristote : l'art d'avoir un bon copain

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Benoît Hamon Jean-Luc Mélenchon, une alliance est-elle possible ?

C'est un conseil pour plusieurs personnes aujourd’hui : non pas Emmanuel Macron et François Bayrou, mais deux candidats de la gauche : Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon dont les déclarations interposées sur leur alliance ont, quant à elles, tout de la querelle d'amis. Et si, malgré tout, une alliance était possible ? Et si, malgré tout, on pouvait croire en l'amitié, au moins politique, de ces deux candidats ?

Suite à l'élection de Benoît Hamon à la primaire de la gauche, une question a tout de suite jailli : une alliance des candidats de toute la gauche est-elle envisageable ? Un mois après le résultat de la primaire, la réponse se fait attendre, ou même, semble pencher vers la négative : si rien n'est perdu entre Yannick Jadot et Benoît Hamon, rien n'est gagné entre ce dernier et Jean-Luc Mélenchon. On s'était pourtant plu à imaginer une telle alliance, on y avait pourtant cru, et on les voyait déjà en bons amis quand Jean-Luc Mélenchon a proposé ceci à Benoît Hamon, le 24 janvier : « Un bon café », mais aussi une bonne conversation bien sérieuse, car l'affaire est grave.

Alors certes, on ne partage pas un café entre candidats comme on en boit un avec ses amis... mais pourquoi pas d'ailleurs ? Pourquoi l'alliance en politique s'entendrait-elle d'abord comme un terme stratégique, militaire ou guerrier, ou pire, comme une relation de copinage et de faveurs, et jamais comme une relation amicale, égale et vertueuse ? Pourquoi la politique, toute faite de relations entre hommes politiques et citoyens, mais aussi toute faite d'opinions, de goûts, d'actions et de mœurs communes, avant d'être une guerre d'ego et d'idées, ne serait-elle pas le lieu possible d'une amitié bien comprise ?

Et pourtant, ce n'est pas faute d'avoir déjà été dit : Aristote, dans l'Ethique à Nicomaque, rappelait bien l'importance politique de l'amitié : « même les cités, dit-il au livre VIII, doivent leur cohésion à l'amitié, et les législateurs s'en préoccupent plus sérieusement que de la justice », et de conclure : « la concorde est en effet quelque chose qui ressemble, selon toute apparence, à l'amitié : entre amis, pas besoin de justice, car des gens justes éprouvent un besoin d'amitié et la justice à son plus haut degré de perfection ».

S'il y a donc une telle identité entre la justice et l'amitié, pourquoi ne jamais envisager cette dernière comme le meilleur argument pour bien gouverner, mais d'abord aussi pour s'allier en politique ? Pourquoi penser que le pouvoir rend forcément les candidats injustes, et donc toute amitié impossible ? Et si seuls des candidats, d'abord injustes, c’est-à-dire égoïstes et isolés, faisaient de la politique un lieu d'ennemis ?

Si Benoît Hamon ne « court après personne », Jean-Luc Mélenchon, lui, n'est ni « le gars qui se précipite » ni « un amoureux éconduit », c'est donc bien « dommage » ces rendez-vous manqués... Mais, comme le rappelle Aristote, l'amitié de circonstances, « accidentelle », qui se « fonde sur l'intérêt », n’est pas vertueuse, elle ne relève jamais d'un amour pour l'autre, mais pour soi.

En se refusant l'un à l'autre, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ne jouent donc pas la comédie, ni de l'amitié réelle, ni de la politique cordiale. Mais si la thèse d'Aristote est bien que : sans amitié, il n'y a pas de justice, du moins pas « à son plus haut degré de perfection », ne font-ils pas alors de la politique la chose la plus injuste qui soit ?

CONSEIL

L'alliance entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon nous met au final face à cette question : comment s'allier par pure amitié, non pour soi, mais pour l'autre, qu'il s'agisse d'un autre candidat, ou mieux des électeurs ? Et bien la réponse se trouve dès les 1ères lignes du livre VIII de l'Ethique à Nicomaque, à contre-courant de tout ce que l’on peut croire sur le pouvoir : l'amitié est, je cite : « la chose la plus nécessaire à l'existence : sans amis en effet nul ne choisirait de vivre, aurait-il tous les biens qui restent, car c'est lorsqu'ils sont en possession des formes du pouvoir que les gens éprouvent surtout le besoin d'amis ».

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