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Philippe Poutou (16/01/2017)

Philippe Poutou face à Tocqueville : une question de taille

4 min

Un conseil aujourd'hui à Philippe Poutou, candidat du NPA, un des 6 candidats qui demandent la parole. Oui, Philippe Poutou fait partie de ces candidats que l’on désigne sous l’expression, de « petits candidats ». Mais pourquoi l’élection présidentielle serait-elle une question de taille?

Philippe Poutou (16/01/2017)
Philippe Poutou (16/01/2017) Crédits : GEOFFROY VAN DER HASSELT - AFP

Samedi dernier, en vertu du pluralisme en période électorale adopté par le CSA, qui veut qu’à chaque candidat soit donné un temps de parole dans les médias en fonction de son implication dans la campagne et en fonction de sa « représentativité », c’est-à-dire de ses résultats aux précédentes élections, samedi dernier, donc : Philippe Poutou a participé à l’émission sur France 2, « On n’est pas couché ». La séquence, visible sur Internet, dure une trentaine de minutes, mais il faut prendre en compte deux minutes de fou rire.

« Arrogance » ou simple fou rire, l'enjeu est aussi que cette scène a fait perdre du temps de parole à un candidat qui en avait demandé quelques jours auparavant : le 23 février, avec 5 autres « petits » candidats, toujours entre guillemets, il avait dénoncé, je cite, « le verrou antidémocratique des grands partis », ces grands partis qui prennent toute la place médiatique.

Là est bien l'équation : à grands partis et « grands candidats », grande présence médiatique. Certes, il faut bien trouver un critère d'évaluation et un principe d'équité pour donner une parole juste à chacun. Mais jusqu'où la voix d'un candidat et la diffusion de ses idées doivent-elle être évaluées par rapport à la taille du parti qu'il représente ?

Le cas de Philippe Poutou est intéressant, et même doublement : car, d'un côté, il déplore cette absence médiatique, et d'un autre, il s'est comme résigné à être candidat, à être le porte-parole de son parti, le NPA. C'est qu'il renverse la question : non pas : pourquoi réduire l'écho d'un candidat et de ses idées à la taille de son parti, mais : pourquoi réduire l'écho des idées d'un parti à la taille de son seul candidat ? Voici le problème : comment prendre la parole et diffuser ses idées sans avoir à les personnifier à travers une seule voix, avec un seul nom qui s'imposerait ?

Tocqueville, dans le 1er volume de De la démocratie en Amérique, avait décelé ce problème des élections, celui, je cite « d'offrir un appât si grand aux ambitions particulières et de les enflammer », au point de parler d'une « crise de l'élection » : « les partis, dit-il alors, sentent le besoin de se grouper autour d'un homme, afin d'arriver plus aisément jusqu'à l'intelligence de la foule. Ils se servent du nom du candidat à la présidence comme d'un symbole, ils personnifient en lui leurs théories ».

Si, lui, Philippe Poutou veut avoir du débat démocratique, on voit bien en revanche que les élections nous détournent de ce grand débat pour ne s'intéresser qu'au choix d'un seul homme, ou mieux, comme le dit Tocqueville, qu'elles font triompher un seul candidat « pour montrer ensuite que ses doctrines ont acquis la majorité », alors qu'il s'agirait d'abord de « faire triompher des doctrines » à l'aide d'un candidat. Reste qu'il faut bien un candidat, même petit, pour faire entendre ces doctrines...

CONSEIL

Avant un conseil, une dernière question : comment allier démocratie et élections, c’est-à-dire les idées d'un tout à la personne d'un seul ? C'est une question de taille, dans tous les sens du terme. Et la réponse se trouve chez Tocqueville : réajuster la figure du président, pas trop puissant mais assez pour conduire un peuple.

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