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Vincent Peillon présentant son programme en vue de la primaire de la gauche (3/01/2017)

Vincent Peillon Vs. Machiavel : une question de volonté

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Un conseil pour Vincent Peillon, car cela n’a échappé à personne, d’autant que l’on a pu suivre un premier débat hier soir : les 22 et 29 janvier aura lieu la primaire de la gauche ! C’est donc l’occasion jusque-là de se pencher sur ses candidats, et en 1er donc, sur Vincent Peillon !

Vincent Peillon présentant son programme en vue de la primaire de la gauche (3/01/2017)
Vincent Peillon présentant son programme en vue de la primaire de la gauche (3/01/2017) Crédits : Quentin Veuillet / Citizenside - AFP

Un conseil pour Vincent Peillon, car cela n’a échappé à personne, d’autant que l’on a pu suivre un 1er débat hier soir : les 22 et 29 janvier aura lieu la primaire de la gauche ! C’est donc l’occasion jusque-là de se pencher sur ses candidats, et en 1er donc, sur Vincent Peillon !

Le 11 décembre dernier, surprise ! Un ultime candidat socialiste s’est déclaré dans la course à la présidentielle : l’ancien Ministre de l’Education, Vincent Peillon. « Surprise », c’est bien le mot pour ce candidat qui, dans sa déclaration de candidature, justement, commence par ces mots, je cite : « Je suis candidat à la Présidence de la République. Je suis candidat pour gagner. La droite n’est pas une fatalité ».

Alors, certes, la surprise ne réside pas dans cette idée d'être candidat pour gagner : on ne s’engage pas dans une telle bataille sans vouloir la victoire, que ce soit la sienne ou celle de son camp. Non, la surprise, c'est à la fois celle créée par une déclaration inattendue, mais c'est surtout celle qu'il y a dans cette déclaration de vouloir coûte que coûte s'ériger contre le destin, de vouloir faire rupture dans ce qui nous mènerait nécessairement et fatalement à la droite. La surprise, c'est en fait une telle volonté.

A écouter Vincent Peillon, ce qui est vraiment surprenant, c'est donc plutôt cet attachement féroce au sursaut de la gauche, cette volonté de fer pour créer une telle surprise. Mais en fait jusqu'où peut-on vouloir ce qui ne se prévoit pas, ce qui nous surprend ? Et même, et plus largement : en politique, contexte par excellence de l'imprévisible, jusqu'où peut-on seulement vouloir ?

Là est le problème : il ne s'agit pas tant de savoir comment muscler sa volonté, mais de savoir : jusqu'où la volonté est-elle capable de provoquer un événement et de maintenir son effet, face à d'autres forces et d'autres événements qu'on ne peut pas, quant à eux, contrôler ?

Dans le texte le plus connu du plus connu des stratèges politiques, c'est bien sûr Le prince de Machiavel, tout est justement une question de calcul face au destin, tout est bien une question de volonté face à la fortune et à ce qui nous échappe. Dans le vocabulaire machiavélien, ce sont les deux forces antagonistes que sont la « virtu » et la « fortuna », la 1ère étant le principe actif, volontaire qui rassemble l'énergie humaine, quand la 2nde est constituée par les limites externes et intrinsèques qui s'opposent à cette action.

En politique comme en stratégie, au gouvernement ou en campagne, pour Machiavel, il ne s'agit pas d'opposer la volonté et la fortune, et encore moins d'asservir la fortune à sa volonté, mais bien de les accorder, ou du moins de faire moitié-moitié, comme on le trouve dit ainsi dans Le Prince : « il peut être vrai que la fortune est maîtresse de la moitié de nos œuvres, mais elle nous en laisse gouverner à peu près l'autre moitié ».

Cette autre moitié, c'est donc bien là qu'agit la volonté, cette volonté qui doit tout aussi bien résister au destin que savoir s'en accommoder parfois... Et de la même manière, Vincent Peillon dans sa candidature comme dans sa conception de la France et de la gauche dans l'Europe, veut mais ne s'impose pas, il exerce sa « virtu » tout étant attentif aux forces externes, à la fortune. Telle serait sa nuance machiavélienne.

Mais une autre question surgit alors : si la volonté ne saurait être toute-puissante, si elle n'est jamais suffisante, ferme, absolue, si elle n'est pas toujours capable de surprendre le cours des événements, peut-on encore vouloir de la volonté dans la bouche des politiques ?

CONSEIL

En lisant Vincent Peillon et en découvrant, encore et encore, autant de « je veux » dans ses propos, je lui conseillerai d'imaginer un autre terme, une autre expression : ni le « je veux » autoritaire du roi, ni le « je veux » d'une volonté en fait impuissante, mais pourquoi pas un « je ferai », c’est-à-dire le futur d'un souhait qui se réalise déjà ?

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