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Michel Romanov en 1613

21 février 1613, l’élection de Michel Romanov

4 min

Une nouvelle histoire de vote ce matin avec l'historienne Marie-Pierre Rey

Michel Romanov en 1613
Michel Romanov en 1613

On a peu coutume d’associer l’histoire de la Russie à l’idée d’élection du fait de la nature absolutiste du régime autocratique. Et pourtant, c’est bien une élection qui vit naitre et s’installer la dynastie des Romanov en 1613. Pourquoi et comment ? Au début de l’année 1613, la Russie traverse depuis près de 15 ans une crise profonde. La crise est d’abord dynastique : en 1598, le tsar Fiodor Ier, fils d’Ivan le Terrible, est mort sans descendant. Boris Godounov, son beau-frère, déjà régent et premier ministre, a alors pris le pouvoir mais il est contesté. Sa mort brutale, survenue en 1605, suscite un déchainement de rivalités et des luttes entre prétendants au trône, qui finissent d’installer le pays dans ce que l’on a appelé « le temps des troubles ». Alors que la peste, de mauvaises récoltes et la famine frappent durement le pays, la crise devient diplomatique et militaire ; en 1610, des armées polono-lituaniennes sont entrées dans Moscou et depuis lors elles occupent le Kremlin avec le soutien d’un certain nombre de boyards. Un prince polonais catholique a même été élu tsar, menaçant ainsi l’indépendance du pays et son identité . Face au danger, un sursaut national prend forme au printemps 1612. En août, des troupes russes réunies par le prince Pojarski assiègent Moscou et en octobre, avec le soutien de milices populaires, le Kremlin est libéré de la garnison polonaise, massacrée sur place. A cette date, le danger polono-lituanien est donc écarté mais le trône russe est toujours vacant, ce qui ne peut que susciter de nouvelles convoitises. Il faut donc en finir et sortir de l’impasse. D’où la décision de recourir au « zemskij sobor », l’assemblée de la terre, un équivalent de nos Etats Généraux, réunissant les membres de la vieille noblesse, -les boyards-, le haut clergé ainsi que des représentations des négociants, citadins et paysans libres, pour élire un nouveau souverain. En janvier 1613, 7 à 800 délégués confluèrent vers un Kremlin délabré par les combats. Ils improvisent des campements de fortune dans des salles glaciales et pour siéger, s’installent dans la cathédrale de la Dormition. D’entrée de jeu, tous les prétendants étrangers sont écartés et moins d’une dizaine de noms sont retenus dont celui de Pojarski. Mais le libérateur de Moscou est de petite noblesse ce qui ne convient pas. D’autres noms circulent sans s’imposer davantage et le 7 février, sur proposition de l’ataman des cosaques du Don, émerge le nom de Michel Romanov. Il est le fils de Philarète, le métropolite de Moscou, qui a donné des gages de patriotisme : adversaire des Polonais, il a en effet été fait prisonnier par ces derniers et se trouve toujours en captivité. En outre, Michel Romanov est le petit-neveu de la première épouse d’Ivan le Terrible ce qui assure ainsi un lien symbolique et une forme de continuité avec la dynastie précédente. Enfin il est jeune (il a 16 ans) et n’a trempé dans aucune des luttes qui ont déchiré le pays depuis 15 ans. Toutefois, cette proposition ne fait pas encore l’unanimité. (Or, le vote doit être unanime) car Michel Romanov est inexpérimenté, chétif, et qu’il sait à peine lire et écrire. L’idée va pourtant faire peu à peu son chemin et le 21 février, après avoir jeuné deux jours pour obtenir le soutien de Dieu dans leur choix, les membres du Zemskij Sobor vont à l’unanimité voter pour le jeune homme, proclamé tsar.

Toutefois, à cette date, le processus n’est pas encore achevé car l’intéressé, qui n’a pas été consulté et dont personne ne sait exactement où il se trouve, n’a pas donné son accord ! Partie sur sa trace, la délégation du Zemskij Sobor le retrouve un mois plus tard au monastère Ipatiev près de Kostroma où l’adolescent s’est réfugié avec sa mère pour échapper aux Polonais. Ni l’un ni l’autre n’accueillent la nouvelle avec joie et enthousiasme, c’est le moins que l’on puisse dire. Craintif, Michel n’a aucun goût pour le pouvoir ; quant à sa mère, elle est bien consciente des dangers qui entourent cette élection, une élection toujours contestée par les Polonais, dans un pays ravagé et appauvri. Mais ils finissent par se ranger aux arguments et aux supplications des délégués qui en outre s’engagent à tout faire pour hâter la libération de Philarète. Le 2 mai, Michel et sa mère font leur entrée dans Moscou, toutes les cloches de la ville carillonnant sur leur passage. Ils s’installent dans un Kremlin restauré en grande hâte pour les accueillir. Et le 22 juillet, à la veille de son 17ème anniversaire, Michel est couronné tsar dans la cathédrale de l’Assomption : né d’une élection profane, le pouvoir du premier des Romanov est désormais sacré.

Intervenants
  • Professeure d'histoire de la Russie et de l'Union soviétique à l'université Paris 1 - Panthéon Sorbonne, et directrice du Centre de recherches en histoire des Slaves
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