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Hou Hsiao Hsien au New York Film Festival, 2015

Hou Hsiao-Hsien & Emmanuel Burdeau - Portrait d’Hou Hsiao Hsien en chevalier

49 min
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Ce soir, dans Ping Pong, "Portrait de Hou Hsiao-Hsien en chevalier", pour la sortie en salle le 9 mars prochain de "The Assassin", Prix de la mise en scène lors du Festival de Cannes 2015, avec Hou Hsiao-Hsien et Emmanuel Burdeau, critique de cinéma.

Hou Hsiao Hsien au New York Film Festival, 2015
Hou Hsiao Hsien au New York Film Festival, 2015 Crédits : ROB KIM - AFP

Ce soir, des dagues jaillissant de manteaux de soie, de la vapeur d'eau qui monte des torrents de montagne, des princes, des paysans, et une femme assassin par la grâce du nouveau film du maître du cinéma de Taïwan.

La Joconde dans Ping Pong, ou presque, The Assassin, un chef-d'oeuvre pictural récompensé du Prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes ; et son auteur, un Léonard de Vinci taïwanais, réinventant magistralement le wu xia pian, le film de sabre. Oui, le maître de la Nouvelle Vague de Taipei, Hou-Hsiao Hsien, nous fait l'honneur de sa présence, accompagné du critique Emmanuel Burdeau qui salue chez lui le cinéma de l'indirect et du détour. 

Hou Hsiao-Hsien, maître de la Nouvelle Vague taïwanaise 

Lui dit filmer sur la pointe des pieds, sur le côté, en diagonale, à l'instant et toujours en une prise. Il préserve ce lieu imaginaire où peut flotter le cerveau commun du metteur en scène et de ses acteurs. Toujours en plan-séquence, car le cadre de la caméra, c'est un peu "l’œil de Dieu" dit-il, celui qui nous fait prendre de la hauteur et fait apparaître nos limites.

En 1984, il invente avec Edward Yang la Nouvelle Vague taïwanaise, ce cinéma en rupture historique avec la tradition des studios. Devenu un modèle pour les cinéastes chinois, marqués par ses œuvres majeures : Les Garçons de Fengkuei (1983), Millennium Mambo (2001), Les Fleurs de Shanghai (1998) ou encore Un temps pour vivre, un temps pour mourir (1985).

Et dans son nouveau film, The Assassin, il ressuscite le film de cape et d'épée chinois et la dynastie Tang, ce temps lointain - le IXe siècle - où, comme en Europe à la même époque, régnait ce que Fustel de Coulanges appelait "la monarchie absolue tempérée par l'assassinat". The Assassin accroche en effet ses pas à ceux de Nie Yinniang, la justicière - entendez la tueuse - silencieuse, incarnée par la fatale Shu Qi. Parmi les chevaliers, les princes et les magiciens, elle doit affronter un dilemme cornélien : occire ou reconquérir le cœur de la province de Weibo, le beau et ombrageux Tian Ji’an, joué par Chang Chen.

The Assassin fut sacré Prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes. Manque la Palme pour ce cinéaste internationalement reconnu, récompensé du Prix du Jury en 1993 pour Le Maître des marionnettes, et Lion d'or à Venise en 1989 pour son chef-d'oeuvre La Cité des douleurs, film historique et politique qui brise les tabous et fait entrer son cinéma dans l'air post-martiale.

Et, à ses côtés, Emmanuel Burdeau, tapis dans l'ombre et près à dégainer non pas un dao - un sabre chinois - mais son cœur palpitant de critique enamouré et néanmoins éclairé. Lui, l'ancien rédacteur en chef des Cahiers du cinéma, critique pour Mediapart, et directeur de collections aux Prairies ordinaires. Il nous entraînera dans le jiang hu, les rivières et les lacs, et le wulin, les vertes forêts de ce cinéaste à la fois sauvage et sophistiqué, à travers la figure de l'actrice Shu Qi.

The Assassin, un wu xiao pian moderne

"The Assassin" de Hou Hsiao-Hsien : l'actrice Shu Qi dans le rôle de Nie Yinniang
"The Assassin" de Hou Hsiao-Hsien : l'actrice Shu Qi dans le rôle de Nie Yinniang Crédits : Allociné / Delphi Filmverleih

Nous sommes donc en Chine au IXe siècle, la puissance vacillante de l'Empire Tang, remise en question par les gouverneurs des provinces comme celui de la province de Weibo, qui veut se soustraire à l'autorité impériale. Son assassinat par Nie Yinniang, chevaleresse, donc, est commandité par une nonne, à l'époque où l'on pense qu'il vaut mieux assassiner un autocrate plutôt que de voir mourir des milliers d'innocents. Seulement voilà : elle ne veut pas accomplir sa mission, car elle est amoureuse dudit gouverneur - qui est aussi son cousin - à qui elle avait été promise. 

Le film de Hou Hsiao-Hsien est très riche en détails, le cinéaste est allé creuser la réalité, le vraisemblable de cette Chine de la dynastie Tang du IXe siècle. Toute cette histoire s'incarne dans les deux personnages principaux : la chevaleresse Nie Yinniang et le gouverneur Tian Ji’an.

L'interprète de la guerrière, Shu Qi, a débuté avec des photos de charme, des films érotiques, avant de devenir une star du cinéma d'action. Elle est également devenue majeure pour Hou Hsiao-Hsien, pour lequel elle a déjà joué dans Millennium Mambo (2001) et Three Times (2005). Emmanuel Burdeau évoque son rôle dans le cinéma du maître taïwanais : 

Hou Hsiao-Hsien a souvent raconté la difficulté qu'il avait à laisser de côté le film historique pour enfin parler du Taïwan d'aujourd'hui. Shu Qi, qui est une jeune femme très contemporaine, a sans doute précipité cela.                  
Pour lui, il y avait deux difficultés : d'une part, faire enfin des films contemporains ; d'autre part, pour The Assassin, il y avait l'envie de faire un film d'action. Ce qu'elle introduit dans ce cinéma-là, c'est le contemporain d'un côté, l'action de l'autre.                  
Emmanuel Burdeau

Dans ce film d'action qui ne veut pas passer à l'action, Hou Hsiao-Hsien explique comment il a travaillé autour de la sensation plutôt que l'événement : 

La plupart des films d'action, des films chinois d'arts martiaux vont tous mettre l'accent sur le moment du crime, l'acte, l'action proprement dite, et s'attardent très rarement à analyser, à essayer de voir ce qu'il se passe au niveau des sentiments entre les êtres. Par exemple, est-ce qu'une personne qui a été formée pour ça est vraiment capable de tuer ? C'est une question qui vaut le coup de se poser.                
Hou Hsiao-Hsien

Et aussi...

  • Événement : du 2 au 31 mars 2016, la Cinémathèque française consacre une rétrospective à Hou Hsiao-Hsien

The Assassin, Prix de la mise en scène lors du festival de Cannes 2015, marque le grand retour de Hou Hsiao-hsien après huit ans d'absence. Figure emblématique de la Nouvelle Vague taïwanaise dès les années 1980, il est devenu un modèle pour les jeunes cinéastes chinois marqués par ses œuvres majeures : Les Garçons de Fengkuei, Millenium Mambo, Les Fleurs de Shanghai, Un Temps pour vivre, un temps pour mourir. - La Cinémathèque française -

Le 17 mars 2016, Emmanuel Burdeau y donnera une conférence : "La Trilogie de Shu Qi"

  • Les disques du mois (février) :

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Le Journal de la culture : Vendredi 4 mars 2016

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