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Accompagner les enfants en danger

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Depuis 1990, il existe en France un numéro d'appel d'urgence, gratuit et joignable à n'importe quel moment du jour et de la nuit, toute l'année : c'est le 119. Un numéro de plus en plus composé par des enfants en danger, ou des voisins, des parents inquiets. 115.000 appels ont été pris en 1990. Plus de 600.000 en 2012. Un chiffre qui sera officiellement présenté à la fin du mois, lors de la remise du rapport annuel du Service National d'Accueil Téléphonique 119. Mais est-ce synonyme d'une augmentation de la maltraitance ou plutôt d'une meilleure visibilité du numéro d'urgence ?
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Pixel Maltraitance Crédits : Abdelhak El Idrissi

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Le téléphone sonne. Les deux téléphones du pré-accueil sonnent en continu. Dans cette pièce où deux bureaux se font face, les opératrices sont chargées de filtrer les appels, car n'appellent pas au 119 que des enfants en danger ou des adultes témoins de pareils cas.

La majorité des appels ne sont pas basculés et ne durent que quelques secondes. Et pour cause, il s'agit souvent de canulars et de blagues de la part de jeunes depuis des cabines téléphoniques. Parfois des pervers insultent les opératrices.

Mais dans le doute, chaque appel est considéré comme potentiellement sérieux, et avant de raccrocher l'opératrice laisse la porte ouverte à un éventuel dialogue.

Les appels importants sont noyés dans cette masse. Il ne faut pas en rater un.

Qui sait ce qui se passe vraiment quand la personne au bout du fil ne parle pas.

Lorsqu'une personne appelle pour un vrai signalement, elle est basculée sur la plateforme derrière la vitre. Une dizaine de bureaux éparpillés dans cette grande pièce.

Pixel Maltraitance - Seng
Pixel Maltraitance - Seng Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Ce jour-là, les écoutants sont exclusivement des écoutantes. Psychologue, juriste, travailleur social.

Parmi elles, il y a Seng. Elle est psychologue de formation et travaille à mi-temps avec des enfants étrangers. L'autre moitié de son temps elle le passe donc sur la plateforme du 119.

Au bout du fil, un appel un peu particulier. Une femme appelle pour signaler des violences commises sur une jeune femme de 21 ans. Ce n'est plus une enfant, mais le 119 s'occupe des jeunes jusqu'à 21 ans.

La personne qui a alerté le 119 est infirmière dans une maison de retraite. La jeune fille y est en stage. Ce jour-là, elle est arrivée, une nouvelle fois, avec les bras chargés d'hématomes.

Après plusieurs incidents elle s'est enfin confiée et a expliqué à un collègue qu'elle était victime de violences physiques de la part de ses parents.

Voici un extrait de la conversation, enregistrée du côté de l'écoutante:

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Pendant la conversation, l'écoutant rempli une fiche très précise pour décrire l'origine de l'appel, le type de violence (physique, psychologique, sexuelle). Soit l'appel se termine par une aide immédiate : il a suffit de conseils, d'un renseignement ou d'une orientation.

Soit, l'opératrice saisit une "information préoccupante". Il s'agit d'une fiche détaillée avec l'identité des personnes concernées (victimes présumées et auteurs présumés) qui sera transmise à la CRIP (Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes) du département concerné. Si la situation est très urgente, les services de secours (police, gendarmerie) sont appelés.

Dans le cas de l'infirmière stagiaire, comme elle est stagiaire, Seng conseille à l'appelante de convaincre la jeune fille de s'éloigner du domicile familial, voire de déposer plainte.

L'aiguillage se fait très rapidement par les écoutants. Il faut être en mesure de rapidement accompagner les appels, d'où la nécessaire capacité à mesurer l'urgence et la véracité des appels. En 2011, 80% des informations préoccupantes saisies et envoyées par le 119 faisaient l'objet d'une évaluation par les services sociaux :

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En tout, les écoutants du 119 sont une cinquantaine à se relayer tous les jours de l'année, 24 heures sur 24.

Car l'activité ne s'arrête jamais, au contraire. En 2012, le nombre d'appels traités a augmenté (33 339) dont un tiers s'est terminé en informations préoccupantes.

Pixel Maltraitance - Frédérique Botella
Pixel Maltraitance - Frédérique Botella Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Cette augmentation s'explique par une meilleure "notoriété" du 119, et depuis 2007 par un élargissement du domaine de compétence du Service National d'Accueil Téléphonique pour les Enfants en Danger. La Loi de 2007 sur la protection de l'enfance a introduit la notion de risque autour de l'enfant, en plus de la maltraitance. Concrètement, il s'agit désormais de prendre en compte la prévention des maltraitances.

D'où une évolution d'une partie des missions du SNATED dont Frédérique Botella est la directrice :

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Selon le bulletin annuel du SNATED pour l'année 2011, la majorité des appels concernent des violences psychologiques (36%), des violences physiques (25% ), des négligences lourdes (16,5%), des cas d'éducation défaillante (13,7%). Puis viennent les violences sexuelles (5%) et le comportement dangereux de l'enfant (4%).

Dans la quasi totalité des cas (95%), les auteurs présumés des dangers sont des membres de la famille .

Et les enfants les plus en danger sont les 7-12 ans , qui représentent plus d'un tiers des enfants en danger ou en risque de l'être.

Et si les enfants sont les victimes de maltraitances, ils ne sont pas encore assez nombreux à appeler. Sur dix cas signalés au 119, un seul l'est par l'enfant concerné.

Il y a la peur, la peur des conséquences, car malgré les violences, les enfants n'ont pas envie d'être séparés. Et le fait d'appeler pour dénoncer des violences ou une situation dangereuse a souvent d'importantes conséquences, et pour plusieurs années. Il arrive même que les enfants ne retournent jamais chez leurs parents.

Car dans le processus du signalement de maltraitance, lorsqu'il passe par le 119, les services sociaux au niveau des départements viennent en aide aux enfants en difficulté. Cela peut être l'intervention occasionnelle d'un travailleur social au sein de la famille, ou d'une mesure administrative de placement. Dans tous les cas, les parents doivent donner leur accord.

Pixel Maltraitance - Xavier Charlet
Pixel Maltraitance - Xavier Charlet Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Si aucune solution n'est trouvée, un juge des enfants est saisi pour décider des suites à donner. Le juge peut estimer ne pas avoir assez d'informations et prendre des mesures d'investigation éducative. S'il estime avoir assez d'informations sur la famille et les risques encourus, il peut décider la clôture du dossier, ou le recours à une action éducative en milieu ouvert, c'est à dire que l'enfant (ou les enfants) reste dans la famille et est aidé par un travailleur social. Enfin, si les risques sont trop élevés, il peut choisir le placement des enfants. Mais d'autres possibilités sont envisageables depuis la loi de mars 2007 sur la protection de l'enfance.

Xavier Charlet est magistrat, détaché auprès de l'Observatoire National de l'Enfance en Danger (ONED). Il a été juge des enfants de 2004 à 2011 à Boulogne-sur-Mer :

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Devant les conséquences d'un placement les enfants regrettent parfois d'avoir alerté (lire plus bas, le témoignage d'un internaute sur Twitter). Un aspect sur lequel il faut travailler quand les enfants sont placés.

Les explications de Marc Chabant, directeur de la communication de la Fondation MVE : Villages d'enfants :

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L'un des enjeux du signalement des maltraitances et des enfants en risque, est de mieux baliser la remontée de l'information.

Pixel Maltraitance - Gilles Séraphin
Pixel Maltraitance - Gilles Séraphin Crédits : Radio France

Car le 119 n'est pas le seul canal par lequel passent les signalements aux services sociaux, et le cas échéant à la justice.

L'éducation nationale est la première institution en terme de signalement, et il y a également, mais de manière moins importante, le corps médical.

L'un des objectifs de l'ONED est de coordonner et mieux articuler les procédures de signalement.

Un gros travail a été fait au niveau de l'éducation national. Le corps médical est encore très en retard, mais petit à petit, via la mise en place de protocoles, les institutions sont mieux sensibilisées à cette problématique :

Gilles Séraphin est directeur de l'ONED :

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Il reste donc encore de nombreux chantiers au niveau de l'ONED pour faire appliquer les protocoles et pour essayer d'harmoniser les politiques au niveau de chaque département, compétent en matière de protection de l'enfance.

Car d'un département à l'autre, et parfois au cœur d'un même département, les disparités sont encore trop importantes, ne serait-ce que pour faire remonter au niveau national des statistiques sur l'enfance en danger. Encore faut-il que les organismes de protection de l'enfance appliquent les mêmes règles.

Voici vos réactions et témoignages sur le sujet :

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