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Armée : ils se sont engagés

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Avec la professionnalisation de l’armée, l’expérience militaire et le profil des personnels de la Défense ont beaucoup changé ces dernières décennies. Aujourd’hui, les raisons de l’engagement ne sont plus les mêmes que par le passé. Découvrez les témoignages recueillis par Abdelhak El Idrissi.
[> Cent ans après le déclenchement de la Grande guerre, France Culture, en partenariat avec la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale, propose deux séries de programmes exceptionnels ](http://www.franceculture.fr/dossier-sarajevo-1914-2014-memoires-des-guerres)
C’est un témoignage sincère et rare dans l’armée – l’auteur de ces lignes a été confronté à la réalité de la Grande muette. Le témoignage d’un militaire, sans langue de bois, sur son quotidien, ses attentes vis à vis de l’armée, ses déceptions. Pour Thierry (nous de donnerons pas d’autres éléments d’identité), être pilote de chasse était un rêve d’enfant. Mais un rêve inaccessible à cause d’une vue pas assez performante. Alors, à défaut de piloter les avions, il s’est « orienté vers le métier qui se rapprochait le plus des avions » : mécanicien dans l’armée de l’air depuis près de dix ans.

A ce poste, il a la garantie de découvrir chaque jour de nouvelles choses, et « dans le cas où on s’ennuierait à un poste, on peut demander à changer » explique Thierry, actuellement en mission en Afrique, et joint par téléphone :

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Satisfait par son métier, Thierry est néanmoins déçu par l’armée, à tel point que dans cinq ans, il se voit « en dehors de l’armée, dans le civil » . Pourquoi une telle déception ? « Au niveau humain, on a pris une grosse claque depuis quelques années déjà » selon le militaire, en référence aux coupes budgétaires dans l’armée. Des restrictions aux effets pervers : « humainement on ne se sent ni récompensé, ni reconnu » regrette Thierry. Et de rajouter :

*** On ne sait plus où l’armée nous mène, car elle-même ne sait pas où elle va*

Pourtant, la décision de quitter l’armée n’est pas facile pour Thierry qui n’a connu que le monde militaire. De son engagement lors de ses 19 ans à aujourd’hui, il n’a connu que l’univers militaire, d’où cette « peur de l’inconnu » .

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Pixel Armée - Commandant Giron
Pixel Armée - Commandant Giron Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

L’armée regorge également de belles histoires d’engagement, comme celle du commandant Stéphane Giron, membre du bureau organisation de l'état major de l'armée de terre depuis « bientôt 20 ans » . A l’époque, le service militaire était encore obligatoire, mais restreint à 10 mois. Mais une expérience prolongée par Stéphane Giron, alors diplômé de l’université qui dresse aujourd’hui un bilan très positif : « Je suis militaire et très très heureux de l'être. On m'a donné des marges de manouvre et de l'autonomie, et je suis resté. Ca fait bientôt 20 ans que je suis militaire et je suis très heureux de l'être (…) Franchement, je n'ai aucune déception. Je pars ravi, j'ai eu une carrière magnifique. J'ai servi dans ma spécialité. J'ai eu des postes à responsabilités, on m'a fait confiance » .

Aujourd'hui, il prépare sa reconversion profesionnelle :

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Pixel Armée - Brigitte Brima
Pixel Armée - Brigitte Brima

Dans le même esprit, Brigitte Grima a eu une longue et belle carrière au sein de l’armée, alors qu’elle ne comptait pas forcément passer plus de 35 ans sous les drapeaux. En 1975, la jeune Brigitte Grima cherche un petit travail pouvant lui offrir une indépendance financière, le temps de passer les concours d’assistante sociale.

Mais cette petite expérience, va devenir l’histoire d’une vie : elle devient assistante administrative et trouve

l'opportunité de devenir une jeune femme qui a pu s'épanouir

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Pixel Armée - Florence Arlettaz
Pixel Armée - Florence Arlettaz

Aujourd’hui, il est rare qu’un jeune qui s’engage fasse toute sa carrière dans l’armée. Il y a souvent une vie après. Florence Arlettaz s’est engagée dans l’armée en 2002, à l’âge de 22 ans. « Faire l’armée, partir, visiter des pays, voyager » pensait-elle alors, mais son expérience militaire va se résumer pendant neuf ans à servir au restaurant de la base aérienne de Bricy, dans le Loiret.

Florence Arlettaz découvre alors ce qu’est une armée de métier : « vous exercez ce pour quoi vous avez des diplômes » . Ayant suivi des études de restauration et de cuisine, elle se retrouve donc affectée à la restauration de ses camarades.

Quand son contrat arrive à terme au bout de neuf ans, elle décide d’arrêter pour monter sa fromagerie, avec un peu d’appréhension : « A l'armée, vous êtes quand même chouchouté : le matin vous êtes sûr de ne pas perdre votre emploi dans la journée. (…) Ça fout aussi la trouille de se dire qu'on va se barrer, voler de ses propres ailes. On est socialement entourés et chouchoutés ».

Mais cette prise de risque apparaît nécessaire pour la jeune femme : « psychologiquement, pour mon travail je ne pouvais pas, j'avais besoin de faire un truc qui m'intéressait tous les matins (…) J'avais besoin de quelque chose qui me faisait vibrer quand j'allais au boulot le matin» . Aujourd'hui, Florence Arlettaz est fromagère à Orléans :

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Il arrive également que l’expérience militaire tourne au cauchemar, au delà des désillusions et déceptions racontées par Thierry ou Florence Arlettaz. Patrick Pisani n’est pas militaire, et pourtant c’est lui qui raconte l’histoire de son fils Benjamin.

Très jeune, il veut intégrer l’armée pour « servir » , précisemment dans l’armée de l’air, sur les avions. Il passe même le baccalauréat STI, conseillé à l’époque par l’armée. Le diplôme en poche, Benjamin Pisani passe les tests et suit une formation. Son résultat lui permet de choisir son affectation. Ce sera la base aérienne d’Istres. Mais lors de son arrivée en octobre 2009, son quotidien va devenir un cauchemar. Benjamin subit un bizutage, qui va mal tourner car le jeune homme refuse de se laisser faire. La suite c’est son père, Patrick Pisani qui la raconte, car son fils est « dégouté, et ne veut plus entendre parler de l’armée » . C'est donc son père qui raconte :

« Il arriva à Istres, le premier jour de son arrivée, il subira un bizutage, même trois bizutages. Mais au moins un est établi avec des témoignages et des photographies. Le gamin se retrouve piégé dans une histoire de pot de départ. Ils viennent d'arriver, le jour même, il vient d'être leader. Ils sont deux à être violentés : mon fils et un camarade. Et chacun adopte une stratégie de défense : il n'y en a qu'un qui a accepté, qui ne dit rien. Ce n'est pas très agréable pour lui, mais ça va. Et mon fils, il dit non. Et comme il dit non, il reçoit des coups. Mais comme il continue à dire non, on le bâillonne. Mais comme il dit non encore, on l’attache. Et puis comme il dit non, on le menace avec un manche à balai. Alors le manche à balai, il y a deux solutions. C'est : on te casse la tête dessus ou on te l'enfonce dans le cul (sic). Et c'est ça, la vérité. Alors c’est cru, ça ne plaît pas, mais c'est ça. Nous la famille, on est au courant de rien. On le voit revenir 15 jours plus tard, dépité. Moi je mets ça sur le compte de l'adaptation. Bon, je ne prête pas trop attention. Toujours est-il qu'il va faire un an, et là on s'aperçoit vraiment que le gamin sombre dans une dépression. Il est déconnecté, ça ne l'intéresse plus. Je l'amène chez le médecin, qui met ça sur le compte d'un coup de blues. Et à Noël, il craque. On voit qu'il a fait fausse route. Donc à l'époque, comme un père de famille normale je dis au gamin : écoute, tu as le droit à 24 ou 25 ans de t'être trompé. Ce n'est pas ta voie. Il vaudrait mieux que tu démissionnes, et que tu changes d'orientation. Il me dit : non je n'ai pas le droit, j'ai signé un contrat de cinq ans, donc je ne peux pas. »

Mais à force d’insister Patrick Pisani réussit à convaincre son fils de démissionner. Une démission qui ne sera pas acceptée par l’armée. Et l’absence de Benjamin de la base d’Istres sera considérée comme une désertion. Une situation incompréhensible selon Patrick Pisani :

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La question de l’engagement militaire a fait l’objet de plusieurs études. Le sociologue Elyamine Settoul a consacrée sa thèse sur la question. Pendant cinq ans, il s’est intéressé à l’origine et aux motivations des jeunes engagés. Il en a sorti une sorte de modèle dans lequel il fait ressortir trois grands types d’engagés :

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Pixel Armée - Elyamine Settoul
Pixel Armée - Elyamine Settoul Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Et du profil de chaque militaire, dépend ensuite une forme précise d’engagement, qui varie entre le militaire qui a baigné dans un milieu militaire, et le jeune sans diplôme qui cherche juste un travail, et une situation professionnelle relativement stable. Même si l’armée « uniformise ces jeunes, physiquement, et dans le discours. Des jeunes ne me parlaient pas de valeurs patriotiques au début de leur engagement, et au bout de deux ou trois ans me disaient : "le drapeau français c'est important; les valeurs de patriotisme sont importantes"

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Pixel Armée - Les effectifs de la Défense

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