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De quoi je me mail ?

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La question des données privées sur internet ressurgit suite aux révélations sur les pratiques de la NSA aux Etats-Unis. En France, la CNIL reproche à Google de collecter trop massivement les données personnelles de ses clients. Un grief également adressé aux réseaux sociaux tels que Facebook ou Twitter…

Les données : nerf de la pub
Google est l'entreprise citée en exemple pour illustrer les mauvaises pratiques des entreprises sur internet. La firme américaine est opposée à la CNIL, et une trentaine d'autorités européennes de protection des données, suite à un changement dans ses conditions d'utilisation.

En mars 2012, Google a en effet décidé de fusionner en un seul texte, les conditions d'utilisation d'une soixantaine de services pour "intégrer plus étroitement [ses] différents produits afin d’offrir aux utilisateurs une expérience plus simple et intuitive" .

Par exemple, il est désormais possible pour un client d'être "informé des conditions de circulation en se rendant à un rendez-vous inscrit dans l'agenda Google.

L'entreprise se targue de simplifier le quotidien des internautes en compilant les données personnelles récupérées sur ses différents services.

Mais la collecte de toutes ces informations sert également à proposer des publicités susceptibles d'intéresser l'internaute et de le faire acheter.

D'ailleurs, pour être sûr de cerner au mieux ses clients, Google va jusqu'à scanner le contenu des mails reçus et envoyés.

Pixel Mails - Capture d'écran google
Pixel Mails - Capture d'écran google

Google est en dehors de la loi

CNIL

CNIL - Isabelle Falque-Pierrotin
CNIL - Isabelle Falque-Pierrotin Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Les autorités européennes de protection des données voient dans ces deux pratiques un grave manquement à la réglementation européenne sur la protection des données, et un "problème pour les clients" de Google comme l'explique Isabelle Falque-Pierrotin, la présidente de la CNIL :

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La CNIL a laissé une dernière chance à Google de changer ses pratiques. L'ultimatum expire à la fin du mois de septembre et débouchera sur des sanctions, notamment financières, si rien ne change. Au moins cinq autres pays européens sont également engagés dans des actions répressives contre Google.

Mais la firme de Mountain View ne semble pas pressée de collaborer. Il faut dire que les sanctions prévues dans la loi française ne sont pas des plus dissuasives : au maximum une amende de 150 000 euros.

Pour la présidente de la CNIL, c'est un domaine à améliorer : "une augmentation de la dimension des sanctions pourrait être utile (…) et ce serait de nature à nous crédibiliser parce que notre échelle de sanctions est insuffisante par rapport aux problèmes posés."

En parallèle du litige avec les autorités de protection des données, Google est aussi la cible des critiques de certains de ses concurrents.

Depuis les changements des règles d'utilisation et de vie privée, Microsoft, concurrent de Google sur le marché de la messagerie électronique, mène une campagne de communication très offensive. En juillet 2011, Microsoft diffusait à l'occasion d'un événement interne une vidéo humoristique mettant en scène le "Gmail Man", personnage distribuant les mails et qui se permet de lire tous les courriers.

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L'entreprise propose également le site www.maviepriveesurlenet.fr qui détermine grâce à un formulaire le type d'internaute que l'on est et propose de nous montrer "comment mieux protéger sa vie privée sur internet".

Ces campagnes ont été réalisées afin de montrer la différence de philosophies entre Microsoft et le leader du marché.

Nous ne scannons pas le contenu des mails des internautes pour leur servir de la publicité

Pixel Mails - Marc Mossé
Pixel Mails - Marc Mossé Crédits : Abdelhak El idrissi - Radio France

Marc Mossé, le directeur des affaires juridiques et publiques chez Microsoft France. Et d'ajouter que "la philosophie de Microsoft sur l'accès aux services internet, notamment à la messagerie, est fondée sur le respect de la vie privée. C'est l'idée que l'on peut offrir d'excellents services gratuits aux internautes tout en respectant leur vie privé."

Un choix stratégique qui aurait été décidé il y a une décennie par le patron de l'époque, Bill Gates :

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Marc Mossé est malgré tout conscient que Microsoft n'a pas toujours eu le rôle du chevalier blanc : "Dire qu'on est parfait serait de la vantardise. Je ne dis pas qu'on est parfait, c'est un sujet extrêmement compliqué, en constante évolution et sur lequel il y a sans doute parfois des tâtonnements, des choses à améliorer, mais on se doit d'être ferme sur deux principes : la transparence vis-à-vis des internautes, et le dialogue avec les régulateurs comme la CNIL pour améliorer les choses."

Car Google n'est pas la seule entreprise internet à passer en revue toutes les informations qui passent par ses services. En mai dernier, Yahoo! changeait également ses conditions d'utilisation et sa politique "vie privée". Là encore, il est précisé que tout le contenu est scanné à des fins publicitaires.

Pixel Mails - Capture d'écran Yahoo!
Pixel Mails - Capture d'écran Yahoo!

Les internautes possédant une adresse mail @yahoo.com ont été obligés d'accepter ces nouvelles règles pour accéder à leur courrier électronique.

C'est une pratique courante parmi les entreprises offrant des services en ligne gratuit . Une méthode qui porte le nom de "walled garden" (littéralement "jardin emmuré")

Il s'agit d'attirer le maximum de clients, avant de durcir les conditions d'utilisation pour les recentrer vers des pratiques publicitaires plus agressives. Il reste alors aux utilisateurs la possibilité d'accepter ou de quitter la messagerie, réseau social, etc…

Les explications de Benjamin Sonntag, l'un des fondateurs de la Quadrature du Net :

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Pour ce reportage, une demande d'interview a été faite auprès des responsables de Google France. L'entreprise nous a fait savoir qu'il n'y aurait "malheureusement pas d'intervenant disponible" . La position officielle de l'entrepise étant : “Notre politique de confidentialité respecte la loi européenne et nous permet d'offrir des services plus simples et plus efficaces. Nous nous sommes pleinement impliqués tout au long des échanges avec les autorités de protection des données, et nous continuerons à le faire."
La réaction des internautes
Isabelle Falque-Pierrotin, la présidente de la CNIL appelle les internautes à plus de prudence en attendant, dans le cas de Google, une mise en conformité de ses pratiques.

Mais certains internautes vont plus loin et cherchent des alternatives aux messageries électroniques d'entreprises commerciales.

Pixel Mails - laurent Chemla
Pixel Mails - laurent Chemla Crédits : Abdelhak El idrissi - Radio France

Depuis la fin du mois d'août, des internautes (techniciens, développeurs, spécialistes) échangent par mail, et de manière ouverte sur ce que doit être le meilleur service de messagerie électronique du point de vue des internautes.

Cette discussion est animée par Laurent Chemla, l'un des pionniers de l'internet en France. Son projet s'appelle Caliop, et il n'est pas récent. Il devait sortir il y a 10 ans, mais a été "tué" juste avant par un autre service de messagerie : Gmail, dont la force de frappe à l'époque était sans commune mesure.

""Cette fois, Caliop se pense publiquement, en demandant aux utilisateurs et aux techniciens, quelles étaient leurs idées leurs besoins" précise Laurent Chemla :

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Laurent Chemla espère pouvoir synthétiser les contributions des participants et disposer de "quelques chose de fonctionnel" (pas encore commercialisable") avant la fin de l'année.

Pixel Mails - Sylvain Vallerot
Pixel Mails - Sylvain Vallerot Crédits : Abdelhak El idrissi - Radio France

Sylvain Vallerot est l'un des participants aux discussions autour du projet Caliop. Cet informaticien et entrepreneur dans le domaine numérique est plutôt partisan d'une solution techniquement à la pointe, qui utiliserait de la cryptographie pour protéger les mails :

"En se basant sur la technologie de transfert de mails utilisée actuellement c'est assez difficile de monter quelques chose de sécurisé, et de faire du neuf avec ce vieux. Par contre le projet, et l'ambition sont pertinents et cela vaut le coup d'y réfléchir même si on ne trouve pas de solutions faciles dans l'immédiat. Car cela va poser beaucoup de problèmes de faire adopter par le grand public un système un peu compliqué basé sur de la cryptographie. Et si ce n'est pas assez simple, le risque est de sortir du cadre des services qui marchent facilement et qui sont grand public."

En attendant une solution satisfaisante il pousse chaque internaute à améliorer soi même la protection de ses données personnelles sur internet, avec des gestes très simples :

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Le projet Caliop, ou tout autre projet similaire, ont de fortes chances de recevoir un bon accueil du public, alors que l'actualité de ces dernières semaines a apporté quotidiennement son lot de révélations, de pratiques abusives et de violations des données des internautes.

Pixel Mails - Alban Crommer
Pixel Mails - Alban Crommer Crédits : Abdelhak El idrissi - Radio France

Alban Crommer, informaticien et hacker est persuadé qu'il "n'est pas trop tard" pour sortir les internautes d''une certaine torpeur vis-à-vis de la question de la vigilance sur leurs données. Un avis partagé par Benjamin Sonntag de la Quadratue du Net :

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La problématique est ici de se protéger des pratiques abusives d'entreprises commerciales, mais des internautes réfléchissent en même temps à un autre "niveau d'intrusion" possible, celui des Etats.

Au début du mois de septembre le Canard enchainé révélait que la DGSE pratiquait également depuis la France une surveillance d'internet, comme la NSA aux Etats-Unis.

Si c'était avéré, on serait en présence d'une zone grise. Isabelle Falque-Pierrotin de la CNIL reste vigilante sur une telle possibilité : "sur l'éventualité d'un programme de ce type en France, s'il existe et qu'il consiste en une collecte systématique, automatique, massive de données, la loi française ne le prévoit pas, et il parait important que les fichiers des services de renseignements fassent l'objet d'un contrôle, qui pourrait être assuré par la CNIL"

Voici vos participations postées sur le compte Twitter @FcPixel et la page Facebook

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