LE DIRECT

Empreintes en ligne : nouvelles pistes pour la police

4 min

Depuis quelques années, les policiers ont de plus en plus recours aux compétences techniques de cyber-enquêteurs pour lutter contre la délinquance "ordinaire".

Grâce à l'utilisation généralisée des nouvelles technologies au sein de la population, les enquêteurs disposent de nouveaux moyens pour résoudre les affaires, en examinant les smartphones, GPS, réseaux sociaux, etc...

A la Sûreté départementale des Yvelines, une unité technique composée de deux investigateurs en cybercriminalité a pour mission de rechercher ce nouveau type de preuves.

Pixel ICC - ICC
Pixel ICC - ICC Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Après les empreintes digitales et, plus récemment l'ADN, voilà que les enquêteurs de la police et de la gendarmerie disposent d'un nouveau type d'élément à charge pouvant confondre l'auteur d'un délit ou d'un crime : la preuve numérique.

Derrière ce terme, il y a toutes les données récupérées, même celles supprimées , sur des outils que l'on utilise au quotidien.

La police judiciaire, chargée des crimes, utilisent ces preuves numériques depuis longtemps. Mais de plus en plus, ces techniques se généralisent également pour la "petite" et "moyenne" délinquance.

Dans de nombreux départements, au sein des Sûretés départementales, des fonctionnaires de police sont formés aux investigations en cybercriminalité (ICC). Après plusieurs semaines d'apprentissage, ils obtiennent un brevet leur permettant de travailler sur l'analyse et l'extraction des données présentes sur tous les types de supports.

Pixel ICC - "Les experts Viroflay"
Pixel ICC - "Les experts Viroflay" Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

La moitié des missions de l'unité de soutien technique concerne des affaires d'atteintes aux mineurs.2012 a été l'année de tous les records avec 64 missions en cybercriminalité, soit plus de 300 supports analysés et 45 000 giga-octets de données numériques examinées. Côté téléphonie, le dispositif d'extraction des données a servi sur 450 téléphones et cartes SIM. Mais tous ces chiffres sont en baisse pour l'année 2013.

L'explication réside dans la multiplication des tâches dévolues aux deux enquêteurs en cybercriminalité (maintenance informatique, gestion du matériel de surveillance,…) qui les empêchent de travailler sur les enquêtes.

"Du travail pour six enquêteurs"
Dans le bureau au fond du couloir, on aperçoit à peine les deux investigateurs en cybercriminalité (ICC), cachés par les écrans et les immenses "tours" des ordinateurs.

Freddy et Pierre, (ils ne souhaitent pas que leurs noms soient communiqués) ne manquent pas de travail.

Ils sont constamment sollicités par leurs collègues : l'un a besoin de récupérer les SMS effacés sur un smartphone. Un autre a besoin de l'historique de navigation internet présent sur le disque dur d'un ordinateur portable.

Il faut traiter les affaires en fonction de l'urgence : d'abord celles pour lesquelles un suspect est en garde à vue. Des informations extraites du smartphone dépend le futur proche du mis en cause. Les deux ICC doivent aussi s'occuper dans un "délai raisonnable" des demandes des juges d'instruction du Tribunal de Grande Instance de Versailles. Les téléphones et autres clés USB sous scellés sont stockés dans des cartons. Et les affaires les moins urgentes sont notées sur un tableau : "Saint Germain en Laye (4 scellés)" , "Houilles (21 scellés)" . Il faudra plusieurs mois avant qu'elles soient traitées.

Pixel ICC - SD78
Pixel ICC - SD78 Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Examiner un disque dur, c'est avant tout une routine : bloquer le disque en écriture pour éviter toute altération du contenu, dupliquer le disque, puis en explorer le contenu.

Si l'enquêteur connaît le type d'information susceptible de l'aider, l'opération peut être rapide. Sinon, il faut compter plusieurs heures, en fonction de la taille des disques durs.

Au final, les cyber-enquêteurs récupèrent énormément d'informations, même celles effacées par l'utilisateur.

La solution de facilité l'emporte parfois sur des méthodes un peu plus traditionnelles, et ça nous aide

Derrière son clavier, Freddy, l'un des ICC, est équipé pour analyser tous les supports. "Heureusement qu'il y a la technologie" dit-il. Car la liste du matériel et informations qu'il est possible de faire parler est très longue :

Écouter
2 min
Écouter

Le commandant Georges Leboss dirige, entre autres, cette unité de soutien technique (BDSTFE). Il explique que l'unité est sollicitée de manière "systématique" .

Pixel ICC - Georges Leboss
Pixel ICC - Georges Leboss Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Elle est même victime de son succès: "au départ c'était un épiphénomène et nous avions, bon an mal an, 20 à 30 supports numériques. Maintenant cela se chiffre en centaines, et nous avons des délais de réponse de plusieurs mois".

GPS, téléphonie, Georges Leboss explique que son unité "a apporté beaucoup de preuves aux enquêteurs et maintenant ils ont du mal à s'en passer".

Les meilleures preuves numériques se retrouvent dans les affaires impliquant plusieurs individus : "il y a forcément une communication entre les auteurs, soit par internet, ou par téléphone".

Finalement, "toute infraction est susceptible d'amener à l'intervention d'un investigateur en cybercriminalité" se réjouit l'officier :

Écouter
4 min
Écouter

Ils utilisaient un GPS pour trouver les adresses à cambrioler
Une affaire récente illustre parfaitement l'exploitation faite par la police de notre utilisation des nouvelles technologies.

Il y a deux ans dans les Yvelines, un magasin de hard discount est cambriolé de nuit, par au moins deux personnes, comme le montre la caméra de vidéosurveillance. L'équipe de voleurs s'est spécialisée dans ce type de magasins.

A l'occasion d'une surveillance d'un autre magasin, les braqueurs sont surpris en flagrant délit. Les enquêteurs retrouvent sur eux plusieurs téléphones, et des GPS. L'analyse des boitiers par la cellule technique de la Sûreté départementale va permettre de faire le lien avec une dizaine d'autres vols commis à travers la France comme l'explique Freddy, qui a travaillé sur cette affaire :

Écouter
1 min
Écouter

L'exploration du GPS n'était pas la seule preuve contre les voleurs, mais a permis d'incriminer les suspects.

Une aubaine pour les enquêteurs chargés de ce type d'enquête. "On a la chance d'avoir cette unité à nos côtés" reconnaît le capitaine Oliver M., chef de groupe à la Sûreté départementale, qui se réjouit d'une telle aide : "autrefois, cette affaire serait restée sur le côté" :

Écouter
2 min
Écouter

Le capitaine de police espère que les délinquants "continuent d'utiliser" les nouvelles technologies, mais constate avec lucidité qu'à "chaque fois qu'une équipe tombe et passe devant le tribunal elle a connaissance des moyens utilisés pour les coincer. Et s'ils sont assez intelligents quand ils ressortent ils ne font pas les mêmes erreurs, coupent leurs téléphones, ne prennent pas les GPS".

Pixel ICC - Dessins d'enfants
Pixel ICC - Dessins d'enfants Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

L'unité technique a également apporté son aide à la Brigade Départementale de Protection de la Famille (BDPF), chargée des affaires à caractère sexuel, et des violences à l'encontre des mineurs de moins de 15 ans commises dans le cadre intrafamilial.

En 2013, la Brigade a traité 320 affaires, dont beaucoup ont nécessité l'aide de l'unité technique.

Là encore, le travail des cyber-enquêteurs a été décisif, surtout dans des affaires de pédophilie.

Le capitaine Jennifer Dollé est à la tête de la BDPF des Yvelines, et elle se souvient de deux affaires emblématiques.

Il s'agit, pour la première affaire, du viol d'une préadolescente par son grand-père.

C'est l'examen du téléphone de la victime qui a permis de retrouver des messages reçus par le grand-père qui a permis de boucler l'affaire :

Écouter
1 min
Écouter

Dans une autre affaire, c'est le travail réalisé sur un ordinateur qui a débouché sur la découverte d'une affaire de viol sur mineur.

La BDPF recevait le signalement d'un homme qui proposait, sur des sites de discussions pour adolescents, des relations sexuelles tarifées. Les policiers ont découverte sur son ordinateur des images pédopornographiques. Mais pas seulement :

Écouter
3 min
Écouter

La délicate question de la géolocalisation
Parmi les solutions techniques dont disposent les enquêteurs de la Sûreté Départementale, certaines sont encore plus intrusives : la géolocalisation des smartphones et des balises posées sur des véhicules.

Cette technique est suspendue depuis le mois de novembre dernier suite à deux arrêts de la Cour de Cassation.

Après le Sénat, l'Assemblée Nationale doit voter sur un nouveau cadre législatif.

Les policiers espèrent que la nouvelle loi ne sera pas trop restrictive. Pour le moment, les balises restent collées sur l'armoire en fer de l'unité technique de la Sûreté départementale des Yvelines, en attendant de servir à nouveau.

Voici les réactions au sujet [View the story "Empreintes en lignes : nouvelles pistes pour la police" on Storify]

Abdelhak El Idrissi

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......