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« On est toujours l'assisté de quelqu'un »

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Béziers se débat avec un taux de chômage de 16%, six points au dessus de la moyenne nationale. Un habitant sur six touche le RSA, 7 étudiants sur 10 sont boursiers. Dans ce contexte, la campagne des municipales se joue autour d’une exacerbation des débats autour de la « solidarité » et de l’« assistanat ».

Pixel Beziers
Pixel Beziers Crédits : Frédéric Says - Radio France

Elle a 25 ans et ne souhaite pas donner son prénom. Laura – un pseudonyme – fait la queue, avec sa poussette, dans les locaux des Restos du cœur. Une situation que les bénévoles de l’association rencontrent de plus en plus. Chaque année à Béziers, le nombre de bénéficiaires des Restos du cœur augmente de 10 %, explique l'une des responsables des responsables de l'association. (> cliquez sur l’image pour découvrir le diaporama sonore ) :

L’histoire de Laura n’est pas isolée elle est « presque symptomatique », se désole Jean-Louis Escafit , responsable local de la CFDT. « A Béziers, on importe des chômeurs », explique-t-il, prenant l’exemple des demandeurs d’emplois alsaciens recrutés pour la saison :

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Jean-Louis Escafit, CFDT / demandeurs d'emploi alsaciens

« Ici, les conditions sont favorables : du soleil, des loyers modestes… Alors ils restent et viennent grossir les rangs de Pole Emploi ». Le problème n’est pas celui des plans sociaux massifs. Les arrondissements de Béziers et Agde-Pézenas ont même créé des emplois : 35% de postes supplémentaires entre 1998 et 2008.

Mais Béziers, ville prospère jusqu’au tournant des années 1970, a oublié depuis longtemps qu’elle fut une capitale d’exportations viticoles et un « nœud ferroviaire » pourvoyeur d’emplois industriels. Les premières ont chuté, le second a été délaissé.

« On peut comparer Béziers à Harlem dans les années 90 »

Dominique Crozat
Dominique Crozat Crédits : Frédéric Says - Radio France

C’est le cercle vicieux qu’ont également connu, peu ou prou, les voisins d’Alès et de Narbonne : sous l’effet du chômage, les étudiants partent, les centre-villes se paupérisent, les actifs s’installent en périphérie, plus tranquille et plus sûre, les commerces ferment et les services publics sont rabotés.

A tel point que les statistiques sociales de Béziers font penser aux quartiers déshérités des métropoles américaines . Le détail de la comparaison avec Dominique Crozat, professeur de géographie culturelle et sociale , directeur du master tourisme et développement durable des territoires à l’université de Béziers :

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Dominique Crozat sur le centre-ville de Béziers

Un autre signe, plus discret, montre la dégradation des conditions de vie. Dans les logements sociaux, les impayés ont augmenté de 50 % entre 2008 et 2012 (source : OPH de Béziers). « L’explosion n’est pas loin », prévient Jean-Louis Escafit, de la CFDT. Ce qui l’évite (la retarde) ? « La solidarité intra-familiale et le travail au noir. Ou plutôt, le travail au gris : des heures non-déclarées, des travaux supplémentaires… ».

Le taux de chômage Béziers et France Métropolitaine.
Le taux de chômage Béziers et France Métropolitaine.

Le taux de chômage Béziers et France Métropolitaine. © Préfecture du Languedoc-Roussillon

« Marres des profiteurs »
La campagne municipale se joue donc sur un terrain inflammable : un taux important de pauvreté, une population vieillissante (à Béziers, 30 % des habitants ont plus de 60 ans), un fort auto-dénigrement, à quelques dizaines de kilomètres de la jalousée Montpellier… Et une tentation de la colère. « De plus en plus, j’entends certaines personnes râler contre les ‘profiteurs’, les ‘assistés’… », raconte Catherine Arraou , assistante sociale au CCAS de Béziers :

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Catherine Arraou, assitante sociale à Béziers - Assistanat ?
Catherine Arraou
Catherine Arraou Crédits : F. SAYS - Radio France

« Combien de fois ai-je entendu : ‘mon voisin touche trop d’allocs’. Ce sont des réflexes de misère, parfois teintés de racisme » estime Jean-Louis Escafit. « De toute façon, tempère Gaël Martinez , étudiant boursier en Histoire, on est toujours l'assisté de quelqu'un ! » A quelques pas de la mairie, les rangs des bénéficiaires du Centre communal d’action sociale (CCAS) grossissent. Avec un personnel constant, les agents sont passés de 9.000 à 10.000 rendez-vous en un an. « Deux phénomènes se conjuguent, explique Elisabeth Camilleri-Marty , la directrice du CCAS. D’abord, des Français qui viennent ici en croyant trouver l’eldorado. Et puis des travailleurs marocains, chassés d’Espagne par la crise, qui sont venus dans la région ».

Désormais, selon une étude IPSOS, le « dynamisme économique » et la « rébilitation du centre-ville » sont, hormis la sécurité, les deux sujets de préoccupations les plus cités par les Biterrois.

Un reportage de Frédéric Says.

Le thème de la pauvreté est-il trop ignoré dans la campagne des municipales ? Voici une sélection de vos réactions :

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