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Etre bien au travail

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Une nouvelle fois ce vendredi, syndicats et patronat ont rendez-vous pour des négociations sur la qualité de vie au travail et l'égalité professionnelle. L'occasion d'enquêter sur le bien-être au travail. De l'aménagement des bureaux aux temps de pause, en passant par les RH "bienveillantes".

Crédits : RA Studio - Fotolia

Ambiance « comme à la maison » au cœur de Paris dans les locaux d’un site de locations chez l’habitant. Ici, c’est investissement minimal pour rentabilité maximale, avec du mobilier chiné par les désormais 25 employés. Visite guidée dans le diaporama ci-dessous et éclairage de Nicolas Ferrary, directeur des opérations France de Airbnb , qui explique notamment que cette idée récompensée l'an dernier par un prix de l'association "Entreprise et convivialité" a aussi séduit d’autres sociétés :

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(la société aime à organiser des journées de la moustache. Idée en 2003 en Australie comme engagement dans la lutte contre le cancer de la prostate)

Une directrice des ressources humaines et de la convivialité

L'initiative est née au siège francilien du groupe international SGS, numéro un mondial du contrôle, de l'inspection et de la certification. Conséquence d'un accord national interprofessionnel conclu en 2008 sur le stress au travail.

Francis Bergeron, DRH de SGS France
Francis Bergeron, DRH de SGS France Crédits : Eric Chaverou - Radio France

"Nous sommes sur un terrain offensif" confie Francis Bergeron, le directeur des ressources humaines de ce qui regroupe 2.700 salariés dans 22 sociétés et 100 sites.

C'est lui qui a nommé Florence Charles, cette responsable de la convivialité depuis 3 ans.

Elle a lancé une enquête d'opinion interne sur le thème "j'aime ma boîte" (opération qui existe depuis dix ans). Pour établir une cartographie au sein du groupe et mettre au point ses actions, comme des séances d'ostéopathie.

Francis Bergeron évoque toute cette démarche inédite en France :

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"Des RH "bienveillantes", avec une vie professionnelle plus intrusive"

La sociologue du travail Danièle Linhart
La sociologue du travail Danièle Linhart Crédits : Eric Chaverou - Radio France

D'autres directions des ressources humaines proposent de plus en plus à leurs cadres des services de conciergerie, de crèches, de coach ou de nutritionniste. Sans oublier des assistances psychologiques ou pour arrêter de fumer.

Des "RH bienveillantes" qu'étudie la sociologue du travail Danièle Linhart.

Elle y voit un retour au management d'Henry Ford dans les années 30 à Détroit, avec "une intrusion dans la vie privée des individus de manière à ce qu'ils puissent être totalement efficace" (intrusion qui peut aussi se faire via le mobile comme nous l'évoquions dans un précédent Pixel) :

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La vie au bureau
La vie au bureau

Du côté des salariés, la directrice de recherche émérite au CNRS observe au fil de ses entretiens "une intériorisation de la souffrance mis en relation avec soi, c'est-à-dire que si on souffre, c'est qu'on est un problème".

Et il faut considérer que "même avec un travail, même en CDI, même fonctionnaire, on peut éprouver cette souffrance, un sentiment de ne pas y arriver au travail et de ne pas être à la hauteur. Et du coup ce que j'appelle une précarité subjective".

Quant au récent sondage dans lequel 84% des personnes interrogées disent se sentir bien au bureau, elle lui oppose les constats de ses confrères, des psychologues du travail ou des ergonomes, qui font face à "une population inquiète, sur le grill. On a vraiment l'impression qu'il n'y a pas de sérénité, y compris chez les emplois stables". Surtout quand le chômage ne cesse de battre des records :

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Et côté employeurs, alors qu’un salarié de Renault vient de suicider en dénonçant des pressions professionnelles, Danièle Linhart ne voit pas la situation s'améliorer. En particulier à France Télécom, elle qui est membre de l'Observatoire du stress et des mobilités forcées de l'entreprise symbole du mal-être au travail par la vague de suicides qu'elle a vécue. "C'est plutôt la réparation du modèle que sa transformation qui est à l'oeuvre actuellement" selon elle :

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Comme chaque semaine, vous avez réagi via @FCpixel

Et ici

Le symbole de la pause

Dans le monde de l'industrie, elle est très respectée, dans tous les sens du terme, mais dans les services, beaucoup moins, voire pas. Et dans la grande distribution en particulier, l'observation et le paiement du temps de pause ont généré ces dernières années quantité de conflits sociaux. Jusqu'à ce qu'en février 2011 la Cour de cassation n'impose une pause réglée en plus du SMIC. C'est inspiré par ces combats éminemment symboliques que Stéphane Le Gall-Viliker s'est lancé dans un documentaire également décliné pour le web : "A l'heure de la pause, l'intimité du travail". Un webdocumentaire publié très récemment en partenariat parmi d'autres avec France Culture. Stéphane Le Gall-Viliker a enquêté pendant des mois et souligne une certaine constance un peu partout : "c'est la fatigue mentale qui l'emporte". Avec dans les services, "l'impression que c'est mal vu. On aurait l'air d'un fainéant". Récit et exemples :

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La pause, observée par Stéphane Le Gall-Viliker
A l'heure de la pause
A l'heure de la pause Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Négociations : On a l'impression que c'est la patate chaude

Bernard Salengro
Bernard Salengro Crédits : Eric Chaverou - Radio France

A la veille d'une énième rencontre avec le patronat, Bernard Salengro est particulièrement critique. Secrétaire national à la CFE-CGC chargé des conditions de travail , il déplore des discussions qui traînent : "On a fait quelques tours de piste mais cela n'a pas été très très loin".

Celui qui a l'impression d'être "un violoniste sur le pont du Titanic" doute du nouveau délai fixé à fin juin en confiant que les employeurs déclarent que les conditions de travail, c'est la cerise sur le gâteau. Alors que pour cet ancien médecin du travail à l'origine d'un Observatoire du stress, dès 2000, "il s'agit de la farine, toutes les études économiques le montrent". Et d'ajouter, volontairement provocateur : "Pourquoi voulez-vous que cela change ? Cela ne coûte rien un mec qui se suicide. C'est même rentable !" :

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Bernard Salengro qui dénonce également l'attitude du gouvernement : "J'ai pas vu le changement de majorité ! De jour en jour, on se demande ce qui a changé ! C'est vraiment une catastrophe !"

Un reportage d'Eric Chaverou

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