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Mémorial de la Shoah, à Drancy

Faire vivre les lieux de mémoire

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A l'Esma, le plus grand centre de détention et de torture clandestin de Buenos Aires, l'organisation d'un "asado", le célèbre barbecue argentin, il y a un mois, lors des fêtes de fin d'année, a provoqué un véritable scandale. Enquête notamment à la suite de cette polémique.

Mémorial de la Shoah, à Drancy
Mémorial de la Shoah, à Drancy Crédits : Marine de la Moissonière - Radio France

"Mémoire bafouée", se sont indignés certains. "Une célébration de la vie pour que la mort ne l'emporte pas au bout du compte", leur ont répondu d'autres. A la suite de cette polémique en Argentine et à l'occasion de la Journée internationale à la mémoire des victimes de la Shoah, ce dimanche 27 janvier, Pixel s'intéresse cette semaine aux lieux de mémoire et à leur utilisation.

Un lieu de mémoire doit-il être un sanctuaire ?

L'entrée du camp d'Auschwitz
L'entrée du camp d'Auschwitz Crédits : Jean-Baptiste Marie - Radio France

En Europe, une telle attitude aurait certainement choqué. Sur notre vieux continent, respecter l'Histoire signifie bien souvent ne pas toucher aux lieux de mémoire, les préserver tels quels, et surtout ne pas chercher à les reconstruire par peur de la falsification. Ainsi, en ce qui concerne les camps de concentration de la Seconde Guerre mondiale, le cas d'Auschwitz est emblématique. En 1990, le Comité international du musée d’État d'Auschwitz - composé de 26 membres de différentes nationalités, dont l'avocat Théo Klein, ancien président du Conseil représentatif des institutions juives de France - est chargé de réfléchir à l'avenir du camp d'internement et d'extermination. Après de longs et difficiles débats, il a été décidé de conserver les lieux en l'état, comme le raconte Théo Klein :

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Se rendre sur place, là où se sont produits les événements, permet de saisir une atmosphère, de s'imprégner d'une ambiance.

Après des années de recherches à partir d'archives, Nicolas Werth, chercheur au CNRS, spécialiste du stalinisme, s'est rendu pour la première fois, en 2011, à la Kolyma, contrée isolée de la Sibérie, région emblématique du Goulag.

Aujourd'hui, il ne reste pas grand chose des camps qui étaient en bois, ni des lieux d'exécution. Malgré tout, ce voyage a marqué Nicolas Werth :

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Plus que ce qu'on peut voir dans ces lieux de mémoire, c'est ce qu'on y ressent qui compte. A condition toutefois d'y être préparé, estime Nicolas Werth :

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Pour que la mémoire soit vivante, le lieu de mémoire ne peut être totalement nu. Il faut des explications, des témoignages pour bien saisir ce qui s’est passé. Cela passe donc par des recherches préalables, comme dans le cas de Nicolas Werth, ou bien par des panneaux explicatifs sur place. Par exemple, au musée Tuol Sleng, anciennement prison S-21 du temps des Khmers rouges (1975-1979), qui se trouve à Phnom Penh, au Cambodge, des tableaux permettent de comprendre comment étaient utilisés les instruments de torture exposés.

Jusqu’où aller dans la reconstitution ?

De la Villa Grimaldi, à Santiago du Chili, où ont été emprisonnées et torturées 4500 personnes – dont l’ancienne présidente Michelle Bachelet – entre 1973 et 1978, sous la dictature de Pinochet, il ne reste presque rien. Juste le mur qui entourait la villa.

Céramique située à l'entrée d'une salle de torture sur des lits métalliques électrifiés à la Villa Grimaldi, au Chili
Céramique située à l'entrée d'une salle de torture sur des lits métalliques électrifiés à la Villa Grimaldi, au Chili Crédits : Michel Pomarède - Radio France

Les responsables du lieu ont opté pour une reconstitution a minima. Dans ce qui est aujourd’hui un jardin de la paix, des dalles de céramiques au sol indiquent où se trouvaient les toilettes, les cellules, les salles de torture… La visite se fait les yeux baissés pour recréer la sensation qu’éprouvaient les prisonniers de la Villa Grimaldi qui portaient une cagoule et ne pouvaient donc pas voir grand chose.

Seules ont été reconstituées une cellule - d’un mètre sur deux, dans laquelle pouvaient être enfermées jusqu'à quatre personnes - et la tour, dans laquelle les prisonniers étaient placés à l’isolement.

Pour donner à comprendre l’Histoire, certains vont plus loin et proposent de revivre ce qu’ont subi les victimes. Par exemple, dans l’ancienne prison de Trois-Rivières au Canada, en service de 1822 à 1986, vous pouvez passer une nuit dans une cellule, sous la surveillance d’un gardien.

Le risque alors, c'est de tomber dans l’artificiel, mettent en garde certains historiens, et donc de faire de ce lieu de mémoire un "non-lieu", pour reprendre une expression de Marc Augé.

Pour que la mémoire soit vivante, le lieux de mémoire doit-il l’être aussi ? 

Dans la pièce Villa Discurso, le Chilien Guillermo Calderón s’interroge sur l'avenir de la Villa Grimaldi. Que faut-il en faire ? Le reconstruire à l’identique ou en faire un musée ultra-moderne effaçant ainsi les traces de l’horreur ? Trois jeunes femmes, descendantes de victimes, sont chargées de décider.

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Villa Discurso a été jouée pour la première fois au Chili, en janvier 20011, dans l’ancien centre de détention et d’extermination Londres 38. La pièce a ensuite été présentée dans d’autres lieux de torture de la capitale chilienne.

Peut-on organiser d’autres activités dans un lieu de mémoire ? 

Des colloques, des cours, des festivals de musique, des concerts, des cycles de cinéma comme à l’Esma, en Argentine, ou à la Villa Grimaldi, au Chili ? Certains pensent qu'il faut redonner leurs places aux vivants pour que la mort n’ait pas gagné. C'est ce qu'explique Hebe de Bonafini, présidente de l'association des Mères de la place de mai, dans ce reportage de l'Agence France Presse sur l'Esma :

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> Le procès Astiz et un focus sur les crimes commis à l'Esma, c'était le sujet d'"Et pourtant elle tourne", sur France Inter, en décembre 2009, présenté par Jean-Marc Four :

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Le choix de l'utilisation d'un lieu de mémoire dépend de toutes façons de plusieurs acteurs (autorités politiques, associations, éventuels survivants, historiens...) qui n'ont pas tous les mêmes intérêts. L'aspect économique joue forcément un rôle. Philippe Bachimon est professeur de tourisme à l'université d'Avignon :

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Mémorial de la Shoah à Drancy
Mémorial de la Shoah à Drancy Crédits : Marine de la Moissonnière - Radio France

Dans le cas du Mémorial de la Shoah de Drancy, inauguré en septembre 2012, il n'a pas été possible de s'installer sur les lieux même du drame. La Cité de la Muette, devenue camp d'internement et de déportation, est encore habitée aujourd'hui. Le Mémorial est donc juste en face et contemple la Cité. Claude Singer est historien et responsable du service pédagogique au Mémorial de la Shoah :

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Les possibilités offertes par le numérique 

Fréquenter les lieux de mémoire n'est pas donner à tout le monde. Il existe par chance d'autres manières de faire vivre l'Histoire. Sidonie Tafflet, professeur d'histoire-géographie au collège du centre Aimé Césaire à Villejuif, a inventé sa propre méthode. Avec ses élèves, elle retrace le parcours de cinq victimes de la Shoah qui fréquentaient le collège :

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Et vos tweets sur le sujet ? : 

Avec le développement des nouvelles technologies, des initiatives fleurissent et les musées numériques, accessibles à tous, partout dans le monde, se développent. Ainsi le Musée mémorial de l’Holocauste des Etats-Unis, installé à Washington propose de visiter à distance les lieux clefs de l’histoire de l’Holocauste, en associant Google Earth à son Encyclopédie multimédia de la Shoah. Sur le site de la Maison d’Anne Frank, qui se trouve à Amsterdam, aux Pays-Bas, vous pouvez visiter en 3D la cachette où ont vécu la jeune fille et sa famille. Autre exemple : avec l'ONG Memorial, Nicolas Werth a créé un musée virtuel du Goulag. Selon lui, les lieux ne sont pas la seule manière d'entretenir la mémoire :

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La réponse des nouvelles générations 

Internet va-t-il donc devenir un lieu de mémoire à l'avenir, à l'abri des intempéries, du temps qui passe et des touristes qui font tant de mal à Auschwitz par exemple ? Le camp se détériore chaque jour davantage, et sa préservation coûte de plus en cher. Théo Klein pense que c'est aux générations futures de se prononcer :

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Même réponse pour Liao Yiwu . A 55 ans, cet écrivain a passé quatre ans dans les geôles chinoises (1990-1994). Son crime : avoir écrit un poème, intitulé "Massacre", sur le drame de la place Tiananmen.

De 1990 à 1994, il est détenu au Centre d'investigation de Songshan, en réalité un laogai, un camp de rééducation, l'équivalent du goulag soviétique.

En 2011, il s'exile en Allemagne. Si un jour, le système répressif chinois venait à changer, il ne sait pas vraiment ce qu'il voudrait que l'on fasse de la prison dans laquelle il a été détenu, et compte lui-aussi sur la nouvelle génération :

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#FF (quelques comptes Twitter à suivre) : @ShoahMemorial @CaenMemorial @EmmanuelLauren2 @MemoroFrance @catastrophes @espacio_memoria

Enquête de Marine de La Moissonnière, en collaboration avec Eric Chaverou

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