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Jeunes Français à l'étranger : les raisons de l'exil

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Ils sont de plus en plus nombreux à tenter leur chance à l'étranger. En cinq ans, le nombre de Français partis en Australie a doublé. Cette année, les quotas pour travailler au Canada ont été épuisés en quelques heures. Soif de voyages, lassitude de la sinistrose ambiante, manque d'opportunités professionnelles ? Qu’est-ce qui pousse les jeunes Français à s’expatrier ? Et que dit ce phénomène de la société française ?

Expatriation
Expatriation Crédits : olly - Fotolia

C’est un clip publicitaire, au cinéma, qu'il est difficile de rater. Pendant quelques dizaines de secondes le Québec exhibe ses charmes, pour convaincre les jeunes Français d’émigrer. Débauche de sourires, de paysages, de coutumes. Un pays « tellement de bonne humeur », « génétiquement sympathique », où « l'on danse dehors ».

Le Québec ne s'en cache pas : il veut attirer les jeunes diplômés français. Et mise autant sur son art de vivre que sur sa bonne santé économique. Avec succès : la semaine dernière, à Paris, les autorités canadiennes ont organisé un salon "Destination Canada", où se croisent recruteurs et candidats à l'expatriation. Le lieu a dû être tenu secret, en raison du nombre de postulants (17 000). Seuls quelques centaines de privilégiés, triés à l’avance, ont pu y accéder.

La tendance s’accélère : il y a trois ans, le quota de permis vacances-travail (PVT) accordé par le Canada était épuisé en quelques jours. Désormais, il faut compter en... heures. Écoutez le témoignage de Julie Meunier , co-fondatrice du site spécialisé PVTistes.net :

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« Les demandes sont chaque année plus nombreuses, confirme Nicolas Perrocheau , de la Maison des Français de l’étranger (MFE). Le Canada est la destination la plus prisée, devant l’Australie et les Etats-Unis. Mais aussi, de plus en plus, le Qatar et les pays avoisinants ». Désormais, 41 % des 18-34 ans envisagent de s'établir à l'étranger.

Ces trois dernières années, 106.000 Français se sont expatriés - ils sont 2,1 millions à vivre hors de nos frontières (source : Enquête sur l'expatriation 2013, MFE). « Certes, les départs semblent de plus en plus nombreux, note Olivier Galland , sociologue spécialiste de la jeunesse. Mais il ne faut pas dramatiser : on n’est pas en situation d’exode massif. Et par ailleurs, beaucoup d'étudiants étrangers choisissent la France ».

Pourquoi partir ?
Il y a bien sûr l’attrait du voyage , l’envie d’enrichir son CV et sa connaissance du monde. Mais les témoignages de nombreux expatriés dessinent en creux le portrait d’une société française qui n’offre guère de perspectives .

Il en est ainsi de Badih , jeune Français exilé au Qatar. Ce trentenaire estime qu'il a été « acheté par le Qatar car rendu achetable par la France ». Après un diplôme d'une école de management lyonnaise, il a cumulé les CDD, en région parisienne. Avec une embauche définitive toujours repoussée. Il est désormais le directeur commercial Moyen-Orient d'un groupe mondial du bâtiment. « Après avoir fait toutes mes études en France, quel gâchis ! » . > Passez votre souris sur la carte pour écouter les témoignages de quatre jeunes expatriés :

Il n’y a pas que le climat économique qui est pointé du doigt. La conflictualité, le pessimisme ambiant sont aussi des causes avouées d’expatriation , comme le montrent les témoignages que vous nous avez adressés par Twitter et par Facebook :

[View the story "Les retraités qui travaillent" on Storify]
Y’a-t-il une lassitude de la jeunesse française ? En tout cas, « de plus en plus d’expatriés, dans leur discours, rejettent la France », selon Julie Meunier :

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Le phénomène n'est toutefois pas franco-français. A titre d'exemple, le nombre de jeunes Belges qui ont quitté leur pays a progressé de 70 % en trois ans.

Le Qatar vu par Badih
Le Qatar vu par Badih

Le mirage de l’Eldorado
On pourrait les appeler les « géo-réacs ». Si, pour les réacs, « c’était forcément mieux avant », pour les « géo-réacs », « c’est forcément mieux ailleurs » . Un sentiment renforcé par l’avènement des réseaux sociaux : qui n’a pas, parmi ses amis Facebook, un(e) expat’ qui étale son bonheur au travers de photos paradisiaques et de "statuts" parsemés de smileys ?

Pourtant, l'expatriation tient parfois du mirage. « On essaye de leur faire prendre conscience que tout ne sera pas rose, raconte Nicolas Perrocheau, de la MFE . Les systèmes sociaux sont très différents d'un pays à l'autre, et nous sommes parfois un peu affolés en voyant certains jeunes partir la fleur au fusil » :

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Nicolas Perrocheau, de la Maison des Français de l'Etranger (MFE)
Nicolas Perrocheau, de la Maison des Français de l'Etranger (MFE) Crédits : Frédéric Says - Radio France

D'où les désillusions, après le rêve de l’expatriation. Persuadée de trouver enfin un emploi pérenne en s’intallant à Toronto, Vinciane a dû déchanter : « sur place, il est facile de décrocher un petit boulot, de faire du bénévolat. Mais trouver un vrai travail en rapport avec mes études de droit public, ç’a été très compliqué ». Trop. La jeune femme, revenue en France pour de courtes vacances, n’est jamais repartie.

Autre "gifle" : au Qatar, Badih pensait trouver un pays imprégné de culture arabe « proche des sources ». Il a dû lui aussi composer avec la réalité :

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Fuite ou suite ?
Alors, que déduire de cette soif d’expatriation ? Il y a près d’un an, une tribune intitulée « Barrez-vous » voyait l’exil comme le remède face à une société française sclérosée.

Une analyse que rejette David Djaïz , auteur d’une contre-tribune dans Le Monde, « C’est ici que ça se passe ». Pour lui, la réponse se trouve non dans la fuite, mais dans l’investissement citoyen, en France :

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Finalement, « on a beaucoup présenté l’expatriation des jeunes comme la fuite des cerveaux face à une société malade, note Julie Meunier. Mais parmi ceux qui partent, beaucoup reviennent. Et ils sont encore plus motivés. »

Une enquête de Frédéric Says

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