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La culture fait-elle les frais de l'austérité à France Télévisions ?

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« La finance est mon ennemie . » Surprise pour le télespectateur, ce 22 mai 2013. Philippe Lefait ouvre son émission des Mots de minuit par cette phrase - qui en rappelle une autre. L'animateur vient de l'apprendre : son programme est supprimé.

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Une suppression qui s’ajoute à la liste des émissions culturelles et musicales évincées de la grille à la rentrée : Taratata , Chabada , Cd’aujourd’hui .

La raison donnée aux producteurs ? Le « coût » de ces programmes. Nous avons rencontré Philippe Lefait lors de l’enregistrement de la dernière émission de la saison. Il raconte son éviction, "brutale" :

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Philippe Lefait
Philippe Lefait Crédits : Frédéric Says - Radio France

Une amertume loin d’être isolée. Depuis un mois, les animateurs-producteurs remerciés - Nagui, Daniela Lumbroso... - ont lancé des campagnes très médiatiques pour dénoncer un "sacrifice" des émissions culturelles. Une pétition pour sauver « Taratata » a recueilli 100 000 signatures en quatre jours.

Pourquoi ces programmes culturels ont-ils été les premiers visés ? La direction de France Télévisions n’a pas répondu à nos sollicitations. Mais elle reconnaît que ces suppressions font partie d’un plan d’économies. Bruno Patino, directeur général délégué aux programmes, était interrogé chez nos confrères de France Inter le 4 juin :

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La ministre de la Culture, Aurélie Filippetti.
La ministre de la Culture, Aurélie Filippetti. Crédits : Reuters

150 millions d'euros d'économies d'ici à 2015, pour un budget annuel de 2,9 milliards d'euros : compte-tenu des efforts financiers demandés par l'Etat, France Télévisions est-elle obligée de couper dans ses programmes culturels, qui font partie de son cahier des charges ?

Interrogée par France Culture, Aurélie Filippetti refuse que les économies amputent l'offre culturelle de France Télévisions :

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Sur le fond, la suppression de ces émissions est-elle opportune ? Aurélie Filippetti préfère botter en touche :

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Rémy Pfimlin, le président de France Télévisions, promet une offre culturelle "renouvelée et élargie" à la rentrée. Par ailleurs, les émissions Ce soir (ou jamais !) et Grand Public sont maintenues. Les programmes supprimés étaient-ils trop chers ?

Taratata , par exemple, fait effectivement partie des émissions les moins "rentables" rapportées à leur audience, selon une enquête du magazine Capital. Nagui vient d'annoncer que l'émission continue sur internet. Mais derrière la décision de France Télévisions, se cache aussi un rapport de force politique avec le ministère de la Culture, selon l'auteur de l'enquête, Gilles Tanguy, spécialiste médias à Capital.

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La fin de la publicité devait permettre de proposer plus de programmes culturels

On touche ici le paradoxe majeur de cette affaire : en 2008, Nicolas Sarkozy avait supprimé la publicité avant 20 heures sur France Télévisions pour l’affranchir de « la contrainte de l’audimat », et favoriser les programmes culturels. Mais la fin de la publicité a entrainé un creusement du déficit du groupe, qui doit aujourd’hui faire des économies et donc… supprimer les émissions les moins rentables.

La culture à la télévision : tantôt sanctifiée, tantôt sacrifiée. Voici la chronologie de cinq ans d’ordres et de contre-ordres, sur fond de budget instable.

**Les doutes sur la vocation culturelle de la télévision publique ne sont pas neufs.** La "crise de croissance" date des années 1980, avec la multiplication des chaînes privées. Le service public doit alors se remettre en cause, bien loin de l'image dont il jouissait à sa création, après-guerre, dans l'imaginaire collectif français : il était alors vu comme un outil d'élévation culturelle et morale, voire un supplétif de l'Education nationale. **Le récit de Patrick Eveno, historien des médias.**
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Comme pour chaque "Pixel", vous étiez invités à vous exprimer via notre compte twitter [@FCpixel](https://twitter.com/FCpixel). La compilation de vos réactions le confirme : les téléspacteurs français ont soif d'une télévision culturelle exigeante, qui n'hésite pas à casser les codes traditionnels : "plateau-invités-promo" : **Faut-il faire participer davantage le public à la conception de la télévision publique ?** Parmi les partisans de cette idée, le sénateur André Gattolin (EELV), membre de la commission des affaires culturelles. Il propose de s'inspirer du modèle canadien, qui accueille des téléspectateurs dans les instances de décision.
André Gattolin, sénateur EELV des Hauts-de-Seine
André Gattolin, sénateur EELV des Hauts-de-Seine Crédits : Frédéric Says - Radio France
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Pour améliorer la place dévolue à la culture sur la télévision publique, la France peut s'inspirer de certains de ses voisins, selon André Gattolin, à commencer par la Grande-Bretagne.
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**Et en France ? ** Aux Assises de l'audiovisuel, le 5 juin dernier, le président de France Télévisions Rémy Pfimlin a plaidé pour une redevance "modernisée". Une demande qu'il avait décliné le matin même [dans une tribune à Libération](http://www.liberation.fr/medias/2013/06/04/france-televisions-l-independance-a-un-prix_908264). Pour le sénateur Gattolin, une augmentation de la redevance et de son assiette est inévitable.
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**Les Français sont prêts à payer un peu plus pour une télévision publique de qualité** **L'augmentation de la redevance fait largement consensus à gauche** . Aux assises de l’audiovisuel, [ David Assouline](http://www.senat.fr/senateur/assouline_david04059m.html) (PS), vice-président de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication au Sénat, a estimé que « les Français sont prêts à payer un peu plus pour une télévision publique de qualité ». Et de prendre pour preuve la dernière augmentation en date, en décembre dernier : « 6 euros de plus... cela n’a pas mis le feu à la France ! J’ai d’ailleurs été surpris de ne pas me faire insulter davantage... ». Hausse de la redevance : une proposition qui aurait le mérite de convenir à la fois à France Télévisions et au gouvernement. Et sans doute aussi aux producteurs d'émissions culturelles, même si "*la finance est [leur] ennemie* ". [Frédéric Says](http://www.franceculture.fr/personne-frederic-says "Frédéric Says")

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