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Boutique spécialisée dans les mangas dans le quartier latin, à Paris

La France, l'autre pays du manga

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Les ventes baissent mais nous restons le 2e marché mondial derrière le Japon. Et vient enfin le temps de quelques reconnaissances : politique, artistique, médiatique. Enquête complétée par de très nombreuses réactions, en particulier sur le manga à la française, à la veille d'une convention à Paris.

Boutique spécialisée dans les mangas dans le quartier latin, à Paris
Boutique spécialisée dans les mangas dans le quartier latin, à Paris Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Un manga en partenariat avec l’État !

Cet exploit inédit revient aux éditions françaises Kurokawa, rattachées au n°1 du livre de poche qui publie aussi Marc Levy. Il y a un peu plus d'un an, elles ont réussi à convaincre le ministère de l’Agriculture grâce à "Silver spoon" (cuillère d'argent), une comédie romantique qui se déroule dans un lycée agricole. Une oeuvre conçue par la mangaka internationalement connue Hiromu Arakawa.

 Le manga Silver spoon en partenariat avec le ministère de l'Agriculture
Le manga Silver spoon en partenariat avec le ministère de l'Agriculture Crédits : Ministère de l'Agriculture

Pour le ministère, il s'agit encore aujourd'hui de promouvoir l'enseignement agricole par un vecteur très apprécié des jeunes et de bousculer leurs a priori à ce sujet. Le manga, très atypique, y gagnant une notoriété inespérée.

Conséquence par exemple de ce partenariat, l'auteure, qui a suivi cet enseignement au Japon, a visité un lycée agricole de Calais, accompagnée de ses 12 assistants !

Cet échange de visibilité et de communication entre le ministère et l'éditeur fera jurisprudence estime le directeur de collection de Kurokawa Grégoire Hellot, convaincu d’avoir touché d’anciens fans de Goldorak arrivés à des postes de responsabilité. Loin des attaques de Ségolène Royal, en 1989, dans « Le ras-le-bol des bébés zappeurs » :

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Le CNES (Centre national des études spatiales) a de son côté officiellement recommandé en octobre dernier "Space Brothers", de Chuya Koyama (éd. Pika), où l'on découvre notamment de façon très pédagogique l'entraînement des astronautes.

Des planches originales du Hergé japonais exposées à Paris

Autre événement, en ce moment même, la première présentation dans une galerie française du pape du genre, le père d'Astro Boy : Osamu Tezuka. Des dessins originaux de celui considéré comme "un Dieu" au Japon sont exposés gratuitement par Barbier & Mathon, sans vente possible puisque les Japonais, contrairement aux Français ou aux Américains, conservent toujours leurs planches originales pour des réimpressions.

Osamu Tezuka exposé à la galerie parisienne Barbier & Mathon début 2014
Osamu Tezuka exposé à la galerie parisienne Barbier & Mathon début 2014 Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Ce "sommet", Jean-Baptiste Barbier osait à peine en rêver et l'intermédiaire du Louvre l'a rendu possible, pour un public "très varié". C'est en effet au Louvre qu'a eu lieu l'avant-première mondiale du film d'animation Bouddha 2 adapté de l'oeuvre du maître disparu en 1989 et le musée a recommandé cette galerie spécialisée à Tezuka productions :

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En 2010, l'artiste pop Takashi Murakami, surnommé "roi de la planète manga", avait lui déjà pu investir le Château de Versailles, créant la polémique.

Mais si peu de prix au Festival d'Angoulême

Keiichi Koike vu par Télérama
Keiichi Koike vu par Télérama

« Les médias ont abandonné leur hostilité primitive à l'égard des mangas, censés être vulgaires, violents et obscènes », se réjouit depuis Tokyo Jean-Marie Bouissou. Très fin connaisseur à l'origine notamment d'une somme chez Picquier, il s'amuse de critiques élogieuses désormais dans Télérama, Le Figaro Madame, Le Nouvel Obs ou le Monde de l'éducation.Les ventes records de ces dernières années y ont certainement contribué, ainsi que les conventions toujours plus populaires : Japan expo (et ses 230.000 visiteurs) attire ainsi davantage que le Salon du Livre et a été distingué par le ministère des Affaires étrangères japonais en 2009.Mais celui qui est aussi le représentant de Sciences Po au Japon ne se prive pas d'épingler le Festival d'Angoulême et son très peu de cas du manga, chiffres à l'appui. Jean-Marie Bouissou :

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Jean-Marie Bouissou qui nous a aussi précisé comment les Japonais considèrent le marché français .

Comment ils ont cherché à s’y adapter (il évoque désormais une certaine autocensure).

Comment ils comptent vendre directement en ligne pour tablettes et smartphones, via des mangas sonores notamment.

Eux qui ont vendu des licences à bon marché et trouvent que la France n’exploite pas suffisamment les produits dérivés. Et eux qui se sont beaucoup interrogés sur leur soft power, le bunka power (pouvoir de la culture), ou ce que l'on a aussi baptisé le "cool Japan" :

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Internet, passage obligé des passionnés

 Guillaume Nourrisson, responsable éditorial et animateur de Mangacast
Guillaume Nourrisson, responsable éditorial et animateur de Mangacast Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Forums, chats, sites, blogs, internet a toujours accompagné les fans dans leurs découvertes et leurs échanges. Sans oublier les "cosplay", ravis de jouer à s'habiller par eux-mêmes comme leurs héros. Echaudés par les critiques pendant plusieurs années, tous ont multiplié leurs médias papier et en ligne, jusqu'à aujourd'hui des podcasts émissions.

Cinq proposent régulièrement des débats et critiques (taboues au Japon), dont *Mangacast, lancé il y a un peu plus d'un an. *

Son responsable éditorial et animateur, Guillaume Nourrisson, nous en parle, ainsi que des webradios qui se sont multipliées à propos de la culture pop japonaise, en particulier de la J-pop (chanson pop japonaise) :

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Des débats énormément relayés aussi sur des réseaux sociaux que les marques maîtrisent de mieux en mieux, pour une sortie de produit par exemple.

Cette semaine, nous avons constaté cette très grande réactivité de la communauté, avec des dizaines de tweets en réponse à nos questions :

Un manga à la française ?

Angélique en manga
Angélique en manga Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Vous le découvrirez ci-dessus dans notre diaporama de tweets, cette question est particulièrement polémique.

Les puristes estiment en effet que le manga est le reflet de l'âme japonaise et ne peut donc être conçus que par des Japonais.

D'autres considèrent que les codes graphiques, de narration, etc. peuvent être repris car ils ont été assimilés par des générations nées et élevées avec le manga et son univers.

Une formation pour devenir mangaka existe même à Paris. Beaucoup conteste son principe (« le talent est inné ») et ses tarifs. Vous pourrez peut-être en juger par vous même ce samedi 8 février à l'occasion d'une journée portes-ouvertes.

Pour l'éditeur Nicolas Forsans (Muttpop), ce débat n'a plus lieu d'être . Il évoque les "mangas de création" réalisés désormais par des artistes français , impossible selon lui à distinguer de Japonais.

Illustration de son propos : sa production en ce moment même avec Casterman et grâce à deux « artistes » d'une adaptation d'"Angélique" (d'Anne Golon) en manga. A paraître dans quelques mois d'abord en version numérique, avant les exemplaires papier :

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Après les manga cafés, un bar "otaku"

Le Kawaii Café
Le Kawaii Café

Comme pour toutes communautés, les lieux d'échange sont fondamentaux. Il y a les conventions, comme aussi Paris Manga & Sci-Fi Show, qui s'agrandit encore ce week end Porte de Versailles. Et depuis une dizaine d'années déjà, des manga cafés permettent de découvrir et lire autrement des oeuvres. Enfin, il y a deux ans, le "Kawaï café" a complété l'offre, en se revendiquant bar "otaku". Terme très péjoratif en japonais mais qui pourrait se traduire plus positivement par fêlés (de manga, de jeux vidéo ou de film d'animation).

Un nouveau rendez-vous pour boire, manger, danser, chanter et lire à la japonaise, grâce à quelques dédicaces d'auteurs.

Maël Lecrubier, son co fondateur et gérant , raconte notamment qui en sont les habitués et comment réagissent les visiteurs d'un soir :

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Enquête d'Eric Chaverou

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