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Visite de l'exposition "Paparazzi !", au Centre Georges Pompidou Metz

Les nouvelles limites du "people"

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Julie Gayet a fait condamner hier Closer pour "atteinte à la vie privée" et "au droit à l'image". Au moment où notre définition de l'intime est bousculée, où la (pseudo) célébrité nous envahit et vient même d’entrer au musée, à Metz. Enquête sans selfies d’Eric Chaverou, pimentée par vos réactions.

Visite de l'exposition "Paparazzi !", au Centre Georges Pompidou Metz
Visite de l'exposition "Paparazzi !", au Centre Georges Pompidou Metz Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Tapis rouge, flashs qui crépitent, et nuée de téléobjectifs braqués, voilà le comité d’accueil du visiteur de l’exposition "Paparazzi ! Photographes, stars et artistes", à Metz. Il s'agit en fait d'une installation artistique à découvrir dans notre visite guidée ci-dessous. Le point d'entrée d'un rendez-vous inédit, qui a enregistré plus de 25.000 visites en deux semaines, fustigé par Jean-Michel Apathie, mais qui veut nous faire prendre du champ, explique dans notre diaporama sonore Camille Langlois, chargée de recherche et de coordination sur ce projet (cliquez sur l'image) :

L'art contemporain est censé servir ici à réfléchir à des phénomènes de société comme le voyeurisme, la célébrité, l'intrusion dans l'intimité des gens, alors que tout se "peopolise" d'après Virginie Spies. Maître de conférences à l’université d’Avignon, sémiologue et spécialiste de la télévision et de la presse à sensation , elle estime qu’une étape a été franchie avec l’épisode Hollande - Gayet. Révélation qui a fait augmenter les ventes (en baisse sensible) de ces titres de 20 à 134% en janvier, mais a aussi redynamisé le reste de la presse "traditionnelle". Il y a ainsi eu 32 "Unes" de magazine à ce propos les 3 semaines qui ont suivi, toutes catégories de presse confondues :

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Pour mémoire, au début des années 2000, "Voici" pouvait atteindre le million d'exemplaires écoulés, contre environ trois fois moins aujourd'hui.

Unes presse Hollande-Gayet
Unes presse Hollande-Gayet

Des débats sur le traitement de ces sujets viennent d’agiter la rédaction du Monde, alors que par exemple le Journal du Dimanche propose chaque semaine sur son site une revue de presse people. Faut-il évoquer la possible liaison du président avec une actrice ou la vie de l’ancien avec une chanteuse ? Que faire quand les politiques eux-mêmes paraissent attirés par des stars ou des peoples déjà très exposés, quand ils ont, comme Nicolas Sarkozy, fait imploser les codes médiatiques de la représentation politique ? Comment résister au feuilleton (storytelling) que les communicants ou certains politiques eux-mêmes aiment à distiller ?

Qu'en pensez-vous ?

D'autres questions, remarques, sont venues de vos réactions cette semaine. Alors que d'après un sondage Ifop / JDD, les 3/4 des Français voient dans ces photos une affaire privée pour François Hollande. Vos messages reflètent cette culture française et vous avez le plus souvent rejeté ce sujet. Hormis par rapport à ses conséquences politiques :

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Le fameux numéro de Closer s'est d'ailleurs arraché et sa directrice Laurence Piau affirmait hier sur Europe 1 qu'il avait "drainé de nouveaux lecteurs restés fidèles", et que "la presse people a changé de statut". Fin de l'hypocrisie de lecteurs honteux, lignes qui bougent dans une société où même au plus haut sommet de l'Etat un divorce ou une famille recomposée ne se cache plus ? Le "Carla et moi, c'est du sérieux", en pleine conférence de presse à l’Élysée, a en tout cas déjà plus de six ans !

"Nos limites nous sont fixées par la décence, et souvent l'indécence des personnages que l'on photographie."

Pascal Rostain, à la Maison Européenne de la Photographie, en mars 2014
Pascal Rostain, à la Maison Européenne de la Photographie, en mars 2014 Crédits : Eric Chaverou - Radio France

C'est "une période folle", affirme Pascal Rostain, star des paparazzi français, qui y voit la mort annoncée de son métier, au moment où ses photos avec Bruno Mouron entrent aussi au musée, à Metz et à Paris, à la Maison Européenne de la Photographie.

Ce qui n’empêche pas cet intime de Valérie Trierweiler et de Carla Bruni qui tutoie François Hollande et Nicolas Sarkozy de se définir comme un journaliste comme les autres, parmi les derniers sur le terrain et rempart contre les communicants. Pascal Rostain particulièrement en verve quand il s'agit d'évoquer les "ayatollahs de la déontologie", les journalistes qui ne vérifient même plus des blagues, "les petites gonzesses de la téléréalité aux QI de soles meunières" ou les politiques qui commencent eux-mêmes par exposer leur vie privée :

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Mais aujourd'hui, "tout le monde est paparazzo finalement", confie Jean-Luc Monteroso, le directeur de la MEP . Et "c'est pour cela peut-être qu'ils entrent au musée" ajoute l'hôte de ces "papirazzi", comme il les surnomme :

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Le tsunami des nouvelles technologies et du selfie

Pixel people. Visite de l'exposition "Paparazzi", au Centre Pompidou Metz
Pixel people. Visite de l'exposition "Paparazzi", au Centre Pompidou Metz Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Le téléphone mobile est depuis longtemps déjà l'appareil photo le plus vendu au monde. Et en France, les ventes de téléphones dits intelligents viennent de dépasser les autres. Ajoutez les plateformes d'images, comme Flickr, ou de mini vidéos, comme Vine, les applications mobiles, comme Instagram, et les réseaux sociaux capables de communiquer une image dans le monde entier à des millions de personnes ! A-t-on encore une idée fiable du nombre de photos qui circulent ainsi par jour ? Et qui peuvent évidemment être des montages.

Certains n'ont pas raté l'opportunité vis-à-vis des stars et people. Dès 2006, l'agence Citizenside en a par exemple appelé aux "reporters amateurs et / ou indépendants", moyennant rémunération. Dès 2007, l'AFP en est devenu actionnaire, avant désormais d'en être uniquement partenaire. Et dès 2008, les photos exclusives de la garde à vue de Jérôme Kerviel sortent de cette offre d'un nouveau genre.

Le réseau "traditionnel" d'informateurs payés par la presse people a pris une nouvelle ampleur !

Sans oublier la concurrence de "pure players" qui ont su pour certains distancer les titres de référence et renforcer encore la quête d'"exclusivités".

C'est un jeu concours, mais l'exposition de Metz a elle lancé un concours baptisé "Tous paparazzi !"

Enfin, le selfie, et son "je vois, j'envoie", a encore accentué le phénomène. Cet autoportrait des temps modernes fournit peut-être l'ultime moyen de maîtriser son image et de compléter ou de court-circuiter la presse people : de Barack Obama à Jean-Marc Ayrault, de Rihanna à Johnny Hallyday et des starlettes de la téléréalité aux désespérés en mal de notoriété. Avec d'innombrables déclinaisons et déjà le record historique de plus de 3 millions de partages sur Twitter pour un instantané des Oscars financé par Samsung pour 20 millions de dollars !Le selfie ou l'autopaparazzade, la spectacularisation de son quotidien teintée de nombrilisme, mais pas que , d'après la sémiologue, spécialiste de la photographie mobile et maître de conférence au Celsa Pauline Escande-Gauquié , qui évoque aussi le tout récent selfisoloir :

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Le selfie, comble de la peoplisation ? Réponse de la sémiologue Pauline Escande-Gauquié

Et le droit se met à protéger la presse people 

Le droit français est réputé très protecteur de la vie privée. Via notamment son fameux article 9 du Code Civil : « Chacun a droit au respect de sa vie privée ». Pour preuve donc hier la condamnation de Closer à verser 15.000 euros à Julie Gayet, soit tout de même presque quatre fois moins que ce qu'elle demandait. Les éditeurs de presse people dénoncent du coup régulièrement un "business" des avocats spécialisés et une manne financière pour leurs "victimes", y compris étrangères de passage en France.

Mais la jurisprudence européenne concernant ces équilibres entre liberté d'expression, droit à l'information, et vie privée évolue, surtout quand la personne s'est déjà elle-même exposée. Juriste au Centre de Recherches et d’Études sur les Droits Fondamentaux (CREDOF), Nicolas Hervieu explique les raisons de cette évolution récente, exemples à l'appui :

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