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"Mal-logement" pour tous ?

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Comme chaque année, la Fondation Abbé Pierre publie son rapport annuel sur l'état du "mal-logement" en France. L'an passé, la Fondation estimait à 3,6 millions le nombre de personnes souffrant de "mal-logement". Et à 10 millions, les victimes de la crise du logement. Absence de logement, habitation indécente, difficultés financière pour garder un appartement, le néologisme "mal-logement" a plusieurs aspects.

Parmi les tendances déjà mises en avant les années précédentes : l'évolution des structures familiales. Pour certaines d'entre elles, les familles monoparentales, les systèmes d'aides et d'accompagnement ne sont plus adaptés. Il y a également la poursuite de la montée du chômage, et donc la baisse des revenus. Les foyers les plus sensibles cumulent plusieurs "handicaps".

Le clip "choc" de la Fondation Abbé Pierre auquel a participé l'acteur et ancien footballeur Eric Cantona :

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On assiste à un effet "centrifugeuse" qui expulse des logements stables, décents et salubres, les foyers les plus fragiles.

Ceux qui résistent encore le mieux semblent être, au moins chez les plus modestes, les ménages avec deux revenus. Et s'éloigner de ce socle, c'est risquer de tomber dans le "mal-logement".

Pixel Logement Lionel
Pixel Logement Lionel

Lionel a 28 ans. Il est en contrat à durée indéterminée chez La Poste. Ce jeune père gagne 1.300 euros par mois. Une situation plutôt stable. Mais suite à une séparation avec sa compagne, Lionel assume seul le loyer d'un appartement de trois pièces. Son bailleur a entamé une démarche d'expulsion pour des loyers impayés 2.000 euros. La situation de ce Parisien s'est très vite dégradée. Ce qui lui fait dire que "tout le monde peut être touché" :

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Lionel espère que le juge lui accordera un échéancier pour pouvoir régler progressivement ses dettes. En tout cas, les problèmes de Lionel semblent pouvoir s'améliorer. Mais ce n'est pas le cas de beaucoup d'autres personnes, la tête sous l'eau et qui n'arrive pas à surmonter l'accumulation des dettes. Pour ces personnes, la perte du logement est l'étape suivant celle du "déclencheur". Le fameux incident de parcours.

Que deviennent les personnes qui se sont retrouvées à la rue ? Elles y restent. Car beaucoup n'ont pas "les ressources psychologiques nécessaires, ni le soutien familial pour se sortir de ce mauvais pas". C'est l'analyse de François-Xavier Turbet-Delof, le responsable du pôle habitat de l'association Les petits frères des Pauvres. Le public aidé est agé, plus de 50 ans. On retrouve deux catégories : les personnes occupant un logement mais avec des difficultés financières. Et les sans domicile fixe, sans logement depuis plusieurs années et qui cherchent à retrouver un toit.

Ce public a en commun l'accident de parcours : "une fracture dans la vie familiale" , problème de santé, difficultés financières :

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Pour "reconstruire une vie ordinaire et honorable", Les petits frères des Pauvres mettent en place des dispositifs de prévention pour éviter les situations d'errance. L'association dispose de 500 logements "diffus" à travers la France et une trentaine d'unités de "lieux de vie".

Pixel Logement - Jean Louis Courtinat
Pixel Logement - Jean Louis Courtinat

A leur arrivée, les sans domicile fixe sont accompagnés dans un processus, parfois long, de retour à un logement. L'une des premières étapes est de passer par l'hôtel. Première marche vers un toit durable.

Un photographe a assisté à ce processus pendant 18 mois. Jean-Louis Courtinat a suivi une quinzaine de personnes, aidées par Les petits frères des Pauvres. Il raconte les réussites, les échecs :

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La finalité du travail de Jean-Louis Courtinat est une exposition de photos. Voici un extrait avec deux Patrick et Guy. Deux histoires. Deux trajectoires.Commentaire de Jean-Louis Courtinat :

L'accumulation des handicaps
Même pour les associations il devient de plus en plus difficile de trouver aux personnes difficultés des logements sociaux. C'est une tendance lourde aujourd'hui : l'offre est rare. Et François-Xavier Tubert-Delof, des Petits frères des Pauvres, va plus loin :

L'offre de logement est insuffisante. On est en grande difficulté pour trouver des logements. La plupart des personnes sont reconnues prioritaires pour revendiquer le Droit Au Logement Opposable (DALO), mais n'obtiennent pas de logements. Ce n'est pas la population qui est accueillie les bras ouverts par les bailleurs.

Le responsable du pôle habitat de l'association en appelle aux pouvoirs publics pour accroitre l'offre de logement social :

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Tout le monde fait donc face à la pénurie de logements sociaux. Le problème met souvent en difficultés des familles entières, dont les enfants.

Logements trop petits, insalubres, trop chers.
Ces familles rencontrent souvent une multitude de problèmes entrelacés. Les travailleurs sociaux sont bien placés pour le voir. Dans un département comme la Seine-Saint-Denis, cette problématique revient régulièrement.

Les enfants en difficultés, voire en danger sont signalés à la justice par les collectivités locales qui voient passer les familles ou par les établissements scolaires. C'est ensuite à un juge de décider de quelle manière aider la famille. La solution est souvent de passer par une Action Educative en Milieu Ouvert (AEMO) : le ou les enfants concernés ne sont pas placés, ils restent dans leurs familles mais des travailleurs sociaux interviennent pour les aider.

Pixel Logement Baptiste Landié
Pixel Logement Baptiste Landié Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

L'une des structures chargées de cette aide dans le 93 est l'ADSEA. Elle est chargée du suivi d'une centaine de familles.

Baptiste Landié y est travailleur social depuis cinq ans. Il décrit la complexité des problèmes auxquels sont confrontés les familles. Et sans surprise, le logement est toujours un facteur aggravant. D'ailleurs c'est souvent en réglant les problèmes d'habitations que l'on arrive à régler certains problèmes familiaux :

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Les travailleurs sociaux connaissent d'autant mieux les problématiques du logement qu'ils ont eux même de plus en plus de difficultés à ce loger. Ils se sont organisés en collectif pour dénoncer cette situation. Comme les associations d'aide aux plus démunis, ils font également appel aux pouvoirs publics pour leur venir en aide.

Vos témoignages sur le sujet, via le compte Twitter @FcPixel :

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La liste des exemples cités dans ce reportage est loin d'être exhaustive, mais ils permettent de se rendre compte de l'étendue des conséquences du "mal-logement". Le contexte économique et l'évolution des structures familiales fragilisent de plus en plus de catégories de la population.

René Ballain est sociologue et il a participé à l'élaboration du rapport de la Fondation Abbé Pierre. Il décrit la situation d'un "un certain nombre de figures familiales qui sont concernées par le 'mal-logement'" : (liaison téléphonique)

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Dans son 18e rapport annule, la Fondation Abbé Pierre accorde une très grande place à l'impact de l'évolution des familles. Un autre grand chapitre est fait de recommandations au gouvernement. Le président de la République avait signé, alors qu'il n'était encore que candidat, le "contrat social" soumis par la Fondation et qui prévoyait, entre autres :

"atteindre l’objectif de 500 000 logements par an, généraliser la taxe sur les logements vacants dans les zones de marché tendu, Encadrer les loyers du parc privé, notamment à la relocation, Éradiquer les 600 000 logements indignes, Renforcer la 'loi SRU' ."

Abdelhak El Idrissi

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