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Marseille-Provence 2013 : la culture (vraiment) pour tous ?

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Marseille-Provence capitale européenne de la Culture 2013 (MP2013) a rythmé la vie des Marseillais avec quantité d’expositions et de spectacles : l’ouverture du musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerrannée (MUCEM), l’aménagement des hangars de la Joliette ou encore l’extension des lieux de rencontres à la friche de la Belle de mai. Mais comment la population marseillaise s’est-elle appropriée l’évènement et quelles suites en 2014, et après ? Après des débuts difficiles, MP2013 semble avoir globalement séduit les Marseillais.

A l'intérieur du MuCEM, à Marseille, le 3 juin 2013
A l'intérieur du MuCEM, à Marseille, le 3 juin 2013 Crédits : Jean-Paul Pelissier - Reuters

Le symbole le plus visible et le plus spectaculaire de MP2013 est sans aucun doute le musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM) inauguré le 6 juin dernier. Imaginé par l’architecte Rudy Ricciotti , le bâtiment de 15.000 mètres carrés est un cube en verre harmonieux entouré d’une résille en « béton fibré ultra-performant » couleur anthracite qui rappelle une mantille. Le MUCEM repose sur une esplanade (le J4) qui avance vers la mer et se trouve reliée par deux passerelles au quartier populaire du Panier et au fort Saint-Jean désormais ouvert au public qui peut désormais profiter de la vue extraordinaire sur la Méditerranée.

Gérard Detaille, vice-président de l’association des amis du MUCEM.
Gérard Detaille, vice-président de l’association des amis du MUCEM. Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

En six mois, le lieu a accueilli plus d’1,7 million de visiteurs, dont une moitié de Marseillais. 900.000 visites au MUCEM ont donc été le fait de Marseillais, dans une ville qui compte… près de 900.000 habitants ! De 9h à 11h, le musée est réservé aux groupes et notamment aux groupes scolaires venus des écoles de Marseille. Pour Gérard Detaille , vice-président de l’association des amis du MUCEM, ce bâtiment d’exception manquait à Marseille :

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Denis Chevallier , conservateur général du patrimoine et responsable du département recherche et enseignement du MUCEM, constate que les Marseillais sont tombés amoureux du MUCEM :

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Les Marseillais se sont-ils appropriés le MUCEM ?
Parfois critiques ou réservés sur le fonctionnement de MP2013, les acteurs du « off » saluent tout de même le succès du MUCEM, une réappropriation d’un espace public en guise de premier pas vers le monde de la culture, estime Stéphane Sarpaux , directeur du Off de 2013 :

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Le Fort Saint-Jean et le MUCEM reliés par une passerelle.
Le Fort Saint-Jean et le MUCEM reliés par une passerelle. Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

Sylvia Girel, maître de conférences à l’université d’Aix-Marseille , a coordonné un programme de recherche qualitative sur les pratiques et les publics culturels dont les résultats seront publiés au printemps prochain mais déjà, les premiers indicateurs semblent positifs . Avec par exemple 3000 bénévoles inscrits en trois semaines pour donner un coup de main lors des différentes manifestations :

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Certains bénévoles MP2013, notamment des jeunes, se sont découvert un intérêt pour l’art contemporain

Et les Marseillais dans tout ça ?
Comme pour chaque édition de "Pixel", nous vous avons demandé votre opinion. Vos témoignages révèlent un bilan très contrasté :

[View the story "Marseille-Provence 2013 : premier bilan" on Storify]

Pour rencontrer les habitants de Marseille, nous nous éloignons de la mer et montons à la Belle de mai, un quartier très populaire derrière la gare Saint-Charles. Depuis 1992, la friche de la Belle de mai accueille des ateliers d’artistes , des salles d’exposition et de spectacles. Entre restaurant, expositions et concerts, les marseillais viennent se cultiver ou flâner à la friche de la Belle de mai devenue l’un des cœurs battants de MP2013. Depuis 4 ans, la friche accueille un skate-park où les minots du quartier viennent apprendre le skate-board mercredi et samedi matin.

A la Belle de mai, les enfants s'initient au skate-board.
A la Belle de mai, les enfants s'initient au skate-board. Crédits : Frédéric Métézeau - Radio France

Leurs parents ou leurs grands-parents apprécient le mélange de sport et de culture comme Eliette et Nicole , deux mamies dynamiques venues accompagner leur petit-fils, friandes des évènements culturels organisés en 2013. Un bémol cependant, malgré l’ultra-médiatisation de MP2013 , toute la population marseillaise n’a pas été informée de la réalité et de la proximité des évènements culturels :

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Depuis le toit de la Belle de mai, Alice regarde son petit garçon slalomer sur sa planche à roulettes. Elle aussi a envie de culture et a trouvé son compte pendant cette année, mais elle constate qu’il est difficile d’attirer vers les évènements culturels ceux qui sont totalement coupés de la culture . Elle aussi pointe un défaut d’information :

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Depuis son bureau municipal à quelques mètres du Vieux-port et en face du Pavillon M, tout en verre et bois, l’adjointe au maire chargée du Tourisme et vice-présidente de MP2013 Dominique Vlasto a constaté le même phénomène. Les touristes et les Marseillais se sont bousculés, et cela a bénéficié à la population marseillaise - dont une partie reste tout de même hermétique à ce type d’évènement culturel :

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A l’occasion de l’enquête menée avec une dizaine de jeunes chercheurs, Sylvia Girel a constaté que certains Marseillais avaient parfois été moins réceptifs à MP2013. Mais elle retient surtout qu’il n’y a plus un seul public mais des publics très différenciés pour un même évènement. In fine , elle estime que MP2013 a globalement répondu aux attentes très différentes de ces publics :

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La culture a-t-elle une dimension politique ?
A moins de 3 mois des élections municipales, MP2013 apparaît bien comme une initiative politique au sens où elle concerne la vie de la Cité. La construction du MUCEM, les initiatives dans les quartiers, les thématiques des expositions confèrent à MP2013 une indéniable dimension politique. Denis Chevallier :

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Pour Gérard Detaille, c'est "une démarche politique, dans la mesure où l'on est dans le long-terme" :

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Stéphane Sarpaux, directeur du Off 2013.
Stéphane Sarpaux, directeur du Off 2013.

Pour les artistes impliqués dans le Off 2013, la gouvernance de MP2013 a tout de même péché par moments. Face au rouleau-compresseur très vertical, le Off a tenté avec succès (près de 130 000 visiteurs) d’organiser des rendez-vous artistiques plus locaux et plus accessibles en pratiquant toujours l’autodérision.

Le directeur du Off Stéphane Sarpaux revendique l’approche dadaïste consiste à reprendre tous les clichés en vogue sur Marseille pour en faire une source d’inspiration artistique :

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Voici le texte fondateur (et ironique) du Off :

Ville cosmopolite mais esprit villageois, ville urbaine mais verte, ville portuaire mais tournée vers l’intérieur, ville morte la nuit mais prochaine capitale européenne de la culture, ville qui désigne des élus mais qui est gouvernée par d’autres, ville de chaos urbain mais qui tend à la normalisation, ville incontrôlable mais prévisible, ville monde mais qui ne pense qu’à Paris, ville raciste mais solidaire, ville repoussante mais attachante, Marseille nous séduit et nous révulse par ses multiples paradoxes. Elle agit en nous comme un aimant qui aurait le plus et le moins sur le même côté. Et c’est cela qui précisément en fait sa particularité en France et même peut-être en Europe.

Alors que le Off compte organiser en 2014 les élections de la Métropole pour savoir qui succèdera à Jean-Claude Tapenade , MP2013 sous-tend aussi les projets culturels de la majorité sortante et de son opposition. Dominique Vlasto , adjointe-au maire UMP de Jean-Claude Gaudin chargée du tourisme, estime que la capitale européenne de la Culture a dépassé les clivages politiques traditionnels . L’évènement demeure un formidable outil économique pour attirer des touristes et créer des emplois dans une ville où le taux de chômage dépasse les 13% :

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Nathalie Pigamo , élue PS au conseil municipal de Marseille, candidate aux côtés de Patrick Mennucci et chargée des questions culturelles, dénonce la vision « économique et récréative » que la droite pose sur la culture :

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Enquête de Frédéric Métézeau (avec Frédéric Says)

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