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Une route dévastée ou image de la fin du monde

Pourquoi la fin du monde fascine-t-elle autant ?

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Selon différentes prédictions et en particulier celle du calendrier Maya, la fin du monde est prévue pour le vendredi 21 décembre 2012. Mais pourquoi portons-nous autant d’intérêt aux croyances apocalyptiques ?

Une route dévastée ou image de la fin du monde
Une route dévastée ou image de la fin du monde

Les spéculations et les histoires les plus farfelues se multiplient comme celle du village de Bugarach, dans l’Aude, qui devrait être épargné par l’apocalypse. Le mythe de la fin du monde existe depuis… que le monde existe. C’est un thème récurrent dans tous les domaines, artistique, scientifique ou sociologique et philosophique.

Il peut être une source d’inspiration et de création ou évoquer des pistes de réflexion. Comme l’écrit l’historien Luc Mary, « la peur apocalyptique a une fonction sociale elle va permettre de relativiser nos tracas, nos soucis qui devraient ainsi s’estomper ». Mais cette fascination pour la fin du monde peut aussi être instrumentalisée à des fins de manipulation ou d’emprise dans certains courants sectaires.

Retracer les grandes peurs de nos sociétés

Sur nos écrans, les programmes consacrés à l’apocalypse fleurissent. La chaîne de télévision française Syfy, spécialisée dans la science-fiction, a lancé la chaîne de la fin du monde uniquement consacrée à ce seul sujet pendant un mois, du 21 novembre au 21 décembre 2012. La chaine franco-allemande Arte a choisi d’explorer cette thématique durant toute la journée du 21 décembre, tout comme France 5 et France Inter… Le Forum des Images , à Paris, a imaginé toute une programmation du 12 décembre au 6 janvier, autour de l’Apocalypse en 80 films.

Isabelle Vanini, programmatrice au Forum des Images.
Isabelle Vanini, programmatrice au Forum des Images.

L’occasion de s’amuser avec cette peur de fin du monde, ces prédictions…

« C’est une sorte de catharsis aussi, de venir voir ces films apocalyptiques, avec toutes nos angoisses et de les laisser dans la salle » complète Isabelle Vanini, programmatrice du cycle. Le thème de la fin du monde a inspiré les cinéastes dès le début de l’histoire du cinéma de science-fiction. Et ce cinéma pré ou post apocalyptique permet de retracer, à travers l’histoire, les grandes peurs de nos sociétés comme le raconte Isabelle Vanini :

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Dans les dernières thématiques abordées au cinéma, Isabelle Vanini note la prépondérance de films qui évoquent la question de la pandémie par l’intermédiaire des zombies, de virus ou de manière inexpliquée. Mais certaines œuvres peuvent être traitées de façon très réaliste, quasi-documentaire come par exemple Contagion de Steven Soderbergh. Les maladies les plus variées sont mises en scène : cécité dans Blindness , stérilité dans Les fils de l’homme… Avec Fukushima, Isabelle Vanini prévoit un renouveau de la peur du nucléaire qui commence déjà à s’exprimer dans le cinéma avec un prochain film japonais.

Tremblement de terre de Lisbonne, estampe de 1755 / Jean-Noël Lafargue
Tremblement de terre de Lisbonne, estampe de 1755 / Jean-Noël Lafargue

Au cours de l’histoire et dans toutes les sociétés, le thème de l’apocalypse entretient une grande source d’inspiration. Maître de conférences associé à l’université de Paris VIII et professeur en école d’art à Rennes et au Havre, Jean-Noël Lafargue a écrit Les fins du monde : de l’Antiquité à nos jours aux éditions François Bourin. Il rédige également les contenus du blog Fins du monde, vraies et fausses

L’évolution la plus marquante dans ces histoires de la fin monde est en fait très récente. Elle date de la moitié du XXe siècle quand l’homme se met à imaginer des fins du monde dont il serait responsable : la bombe atomique, les guerres et l’écologie. Jean-Noël Lafargue  revient sur notre fascination pour la fin du monde, sur les grandes histoires et les constantes :

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Annie Guibert
Annie Guibert

Au CCMM, le Centre contre les manipulations mentales, la présidente Annie Guibert est plutôt inquiète « avec toute cette effervescence autour de la fin du monde et autour de Bugarach, on craint des mouvements de foule, des suicides et on est particulièrement inquiet pour les gens qui viennent en famille dans le village… ». Une appréhension justifiée car depuis le début des rumeurs apocalyptiques, Annie Guibert a constaté une forte augmentation de la fréquentation :

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Serge Blisko, président de la Miviludes.
Serge Blisko, président de la Miviludes.

La France compterait environ 500 000 adeptes dont 60 000 enfants pour 800 mouvements sectaires. Dès 2011, la Miviludes, mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires insistait, dans son rapport, sur l’émergence et le retour des grandes théories apocalyptiques, en particulier sur Internet. En effet, les sectes, les mouvements sectaires ou même les groupes centrés autour d’un individu, toujours à l’affût d’une façon de propager leurs théories, ont investi Internet comme l’a constaté Serge Blisko, le président de la Miviludes :

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Le Déluge de Noé, mosaïque, XIIIe sièce.
Le Déluge de Noé, mosaïque, XIIIe sièce.

Mais il existe trois périodes intenses pour les adeptes qui croient en la fin du monde : celle qui précède l’apocalypse, le jour J et la période après la date annoncée. La pathologie et le comportement des personnes seront très différents suivant ces trois moments. C’est ce qu’explique la psychologue clinicienne Sonya Jougla qui travaille depuis 25 ans avec des victimes de sectes et est également coresponsable d’un DU à Paris Descartes intitulé Emprise sectaire et processus de vulnérabilité :

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L’échec de la prédiction sans aucun effet sur certains adeptes

Mais les prédictions apocalyptiques ne sont pas des croyances anxiogènes, elles sont tissées avec un ensemble de croyances, de prescriptions normatives, des manières d’être, de se conduire, de penser et d’agir.

Les adeptes ordonnent donc l’ensemble de leur vie autour de la doctrine proposée et la prédiction apocalyptique n’est qu’un élément parmi un ensemble de croyances. C’est pourquoi une prédiction désavouée ne met pas forcément en cause l’engagement des adeptes, comme l’explique la sociologue Romy Sauvayre qui a étudié cette question dans son travail de recherche, Croire à l’incroyable  :

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Conseillés par la Miviludes, les préfets ont mis en place un dispositif de secours physique pour le 21 décembre dans certains lieux qui devraient être très fréquentés comme le village de Bugarach. Mais la crainte concerne surtout des décompensations psychologiques pour lesquelles des cellules de crises d’urgences médico-psychologiques peuvent être sollicitées.

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