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Les enfants, principaux amateurs de cirque ?

Vers un cirque sans animaux sauvages ?

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En mars prochain, la Belgique va rejoindre la liste des pays interdisant totalement ou partiellement les spectacles qui mettent en scène des animaux sauvages. Une nouvelle qui offre l'occasion de se pencher sur le cas français. Une enquête de Pierrick de Morel.

Les enfants, principaux amateurs de cirque ?
Les enfants, principaux amateurs de cirque ? Crédits : GLEB GARANICH - Reuters

"Une mauvaise blague belge ". Voilà comment Gilbert Edelstein, directeur du cirque Pinder, qualifie la récente décision prise par nos voisins d'interdire tout animal non domestique lors d'une représentation de cirque. Une mesure qui n'a rien d'exceptionnelle, puisqu'elle a déjà été prise par plusieurs pays dans le monde.

En Europe, la Grèce est l'Etat le plus radical, puisque plus aucun animal n'est toléré sous les chapiteaux. L'Autriche a interdit de son côté les animaux sauvages, tandis que l'Allemagne, le Danemark, la Hongrie ou la Suède ont pris des mesures partielles qui n'interdisent que l'exploitation de certaines espèces. Des interdictions existent également en Bolivie et au Costa Rica.

"Merci, le roi des Belges ! "

Gilbert Edelstein, directeur du cirque Pinder depuis 1983.
Gilbert Edelstein, directeur du cirque Pinder depuis 1983. Crédits : Pierrick de Morel - Radio France

Mais ces restrictions sont autant d'aberrations pour Gilbert Edelstein, qui assure que lui vivant, jamais les animaux ne seront interdits dans les cirques français.

Celui qui est également le président du syndicat national du cirque voit d'ailleurs un aspect positif dans l'interdiction belge : "Les Belges viendront en France ! Tant mieux, ça va nous faire des clients de plus. Merci, le roi des Belges ! ", déclare-t-il avec humour, sous les yeux du lion empaillé qui fait face à son bureau.

Plus sérieusement, le directeur du cirque Pinder depuis 1983 n'imagine pas que cette décision puisse avoir un quelconque écho en France : "La Belgique, c'est un petit pays, ils font ce qu'ils veulent chez eux. La France est un grand pays de liberté. Les gens viennent au cirque pour voir beaucoup d'animaux, et je ne vois pas en quoi les Belges pourraient avoir de l'influence sur ce que veut le public français ."

Car Gilbert Edelstein en est convaincu : félins, éléphants et singes sont les garants du succès du cirque, ce sont eux qui attirent chaque année plus de 15 millions de Français autour des pistes sablées. "Sur dix coups de fil que l'on reçoit, neuf nous demandent si nous avons bien des animaux ", assure-t-il :

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Pourtant, les opposants à la présence d'animaux sauvages sous les chapiteaux existent en France, et contestent ces arguments, faisant valoir qu'il existe déjà des cirques sans animaux - comme le Cirque du Soleil et le cirque Plume par exemple - et que le public est au rendez-vous. Difficile cependant d'estimer la part de personnes se tournant vers les cirques traditionnels de celle se tournant vers le cirque contemporain, le ministère de la Culture n'établissant pas de distinction entre les deux genres.

Des félins qui tournent en rond, des singes qui se battent...

Habitué à être confronté aux attaques des associations protectrices des animaux, Gilbert Edelstein se défend de maltraiter les bêtes sauvages qu'il met en scène, et se pose même en défenseur de leur cause : selon lui, son cirque permet de protéger certaines espèces en les protégeant des chasseurs ou de leurs instincts naturels, qui les pousseraient à s'entretuer.

Véronique Papon, membre de l'association Code Animal.
Véronique Papon, membre de l'association Code Animal. Crédits : Pierrick de Morel - Radio France

Quand aux reproches qui lui sont fait autour du destin des animaux trop vieux pour continuer à réaliser des numéros, il répond en évoquant son futur Pinderland, un parc qui doit ouvrir en mars 2014 à Perthes-en-Gâtinais, près de Melun (Seine-et-Marne), et où il assure que les fauves et les éléphants "à la retraite " seront choyés jusqu'à leur mort.

Des arguments jugés non recevables par Véronique Papon, responsable du service cirque au sein de l'association Code Animal, qui s'indigne des conséquences de la captivité sur la santé des bêtes.

"N’importe qui d’entre nous qui va au cirque va pouvoir constater que les animaux sauvages vont développer un certain nombre de troubles du comportement visibles à l’oeil nu , explique-t-elle. On pense notamment aux éléphants avec le balancement de la trompe, les félins qui tournent en rond, les singes qui bataillent et qui tapent contre les cages... " Selon elle, les animaux ont des besoins physiologiques - besoin d'espace, de vivre en solitaire ou en troupeau - qu'ils n'ont aucune chance de combler derrière les barreaux d'une cage :

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Ces comportements ont reçu un nom : Circus Madness * - la folie du cirque - comme l'explique cette vidéo mise en ligne sur You Tube par la fondation *Animal Defenders International . Des comportements que les responsables des cirques que nous avons contacté - Pinder, Bouglione ou encore Alexis Gruss - ne nous ont pas permis de constater, puisqu'aucun de ceux présents sur Paris à l'occasion des fêtes de fin d'année n'a voulu nous autoriser à visiter sa ménagerie .

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Gilbert Edelstein refuse de son côté toute allusion à des soi-disant maltraitance, affirmant respecter la loi au pied de la lettre et évoquant des animaux "heureux " dans son cirque. Quant à la discipline à laquelle ils sont soumis, elle découle selon lui de leur statut "d'artistes à quatre pattes " :

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"Un manque de courage de l’État ..."

Les autorités publiques ont cependant conscience du risque de la maltraitance dans les cirques, et des mesures ont été prises pour lutter contre.

Christophe Marie, porte-parole de la fondation Brigitte Bardot.
Christophe Marie, porte-parole de la fondation Brigitte Bardot. Crédits : Pierrick de Morel - Radio France

La plus récente est un arrêté pris le 18 mars 2011 par le ministère de l'Ecologie et qui fixe "les conditions de détention et d'utilisation des animaux vivants d'espèces non domestiques dans les établissements de spectacles itinérants ".

Un texte rédigé en collaboration avec les cirques français, et critiqué par les associations qui ont pourtant pris part aux discussion.

Le problème selon Christophe Marie, porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot, c'est que certaines mesures qui leur avaient été promises ne se sont pas retrouvées dans la version finale de l'arrêté, comme l'interdiction totale des hippopotames et des girafes.

"Il faudrait qu'on ait une volonté de prendre des décisions, peut-être parfois impopulaires. Il y a un manque de volonté et de courage politique de l'Etat sur certaines demandes que nous portons ", dénonce-t-il.

Il considère que la décision belge va constituer un précédent sur lequel ce militant va s'appuyer pour essayer de faire changer l'avis des autorités françaises :

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Des interdictions existent cependant déjà en France, mais à l'échelle locale : des municipalités comme Creil, Bagnolet, Montreuil ou Illkirch (en Alsace) ont adopté des arrêtés municipaux pour refuser tout cirque avec des animaux sauvages.

A Strasbourg, le maire Roland Ries avait promis de prendre cette mesure en 2008, avant de se rétracter. Depuis, l'association Animalsace manifeste en placardant des affichettes dénonçant les maltraitances animales sur les pancartes des cirques qui se produisent dans les villes alsaciennes. Quant au cas de Paris, une pétition a été lancée en juin 2010, mais elle n'est plus disponible en ligne.

Autre pétition qui évoque le sujet : celle de 30 millions d'amis et de sa président Reha Hutin, très sensible à la question. Le texte accessible sur le site de l'association interpelle le président de la Commission européenne pour obtenir la fin de ces spectacles animaliers.

Les raisons du succès du cirque

Il y a un argument que les associations ne contestent pas : en France, le cirque a du succès. Il se classe ainsi premier art français comptant le moins de non-spectateurs, puisque en 2008 seuls 22 % des Français de plus de 15 ans déclarait ne jamais avoir mis les pieds sous un chapiteau de leur vie (contre 42 % pour le théâtre par exemple), d'après des données recueillies par la Direction générale de la création artistique (DGCA) du ministère de la Culture.

Un succès qui n'est pas ressorti des réactions de nos internautes - la grande majorité de ceux qui ont réagi tout au long de la semaine ayant dénoncé des pratiques "humiliantes " ou "choquantes " - mais bien plus visible mercredi auprès des spectateurs massés sur les Champs-Elysées à l'occasion d'une grande parade des cirques organisée par Marcel Campion, l'exploitant du Village de Noël de la grande Avenue.

Dans ces réactions se trouve peut-être l'une des clés des succès du cirque : les enfants. C'est sur eux que les félins ou les éléphants exercent le plus grand pouvoir d'attraction, comme l'illustre bien ce reportage diffusé le 30 décembre sur TF1.

D'ailleurs, les statistiques précédemment citées montrent que la classe d'âge la plus présente sur les bancs des cirques français en 2008 avait entre 25 et 44 ans (53 % des spectateurs), soit l'âge de personnes ayant de jeunes enfants.

Une question d'éducation ?

Nicolas Delon, spécialiste de l'éthique animale.
Nicolas Delon, spécialiste de l'éthique animale. Crédits : Pierrick de Morel - Radio France

Tous nos interlocuteurs l'ont reconnu : la tradition du cirque est très forte en France. Et les questions liées à la captivité n'empêchent pas les gens de prendre leurs billets pour aller s'asseoir sur les bancs des chapiteaux.

Alors, pourquoi continuer à assister à ce type de spectacle quand on est conscient de la souffrance que peuvent ressentir les animaux en captivité ?

"Je ne sais pas si cela fait partie d’une identité nationale ou d’une continuité culturelle mais le fait est que les Français sont très attachés aux animaux mais aussi très attachés à une certaine forme d’exploitation des animaux ", analyse Nicolas Delon, doctorant en Philosophie à l'Université Panthéon- Sorbonne et spécialiste de l'éthique animale .

Il estime cependant que nos regards sur les animaux changent depuis plusieurs années, surtout dans les pays occidentaux riches, soit des endroits où on a "le luxe de se préoccuper de ces questions avant de se préoccuper de notre propre survie ". Mais le changement se fait "très doucement" :

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"Globalement, les gens ne se préoccupent pas véritablement de la situation des animaux sauvages dans les cirques , regrette Christophe Marie , qui évoque également "une souffrance animale cachée aux yeux du public ". Selon lui, c'est aux associations de mieux informer les personnes sur ces souffrances, mais également aux parents de les expliquer à leurs enfants :

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