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Bouger pour sa santé

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Pour la première fois en France, les bienfaits pour la santé de l'activité physique et du sport vont être officiellement reconnus,via le projet de loi santé discuté à l’Assemblée. La promotion d’une politique préventive,y compris pour des malades,de plus en plus développée par des villes et régions.

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 « J'ai quand même perdu 25 kilos en deux ans et j'ai pu diminuer mes médicaments ! ». Diabétique et en surpoids, Catherine Schnell semble avoir retrouvé goût à la vie ce début d’après-midi là au Stade de la Meinau. Bénéficiaire du dispositif strasbourgeois "Sport santé sur ordonnance", elle est venue faire un bilan d’étape. Son secret : avoir repris le vélo, qu’elle avait abandonné il y a 30 ans. Et faire fi d’une culture familiale où le sport était la dernière des priorités… Aujourd’hui transformée, elle a réussi à convaincre deux amies, mais pas encore ses enfants. Et peu importe finalement les quelques pesanteurs administratives qu’elle déplore dans ce programme. Écoutez la, interrogée par Eric Chaverou :

Des tests au départ, puis un bilan à 6 mois et un an

Carnet de suivi de "Sport santé sur ordonnance", à Strasbourg
Carnet de suivi de "Sport santé sur ordonnance", à Strasbourg Crédits : Eric Chaverou - Radio France

C’est Laurent Priss, éducateur sportif, qui prend bonne note de l’évolution de la condition physique de Catherine dans un carnet de suivi. Pourtant fatiguée par ses heures de ménage, elle raconte par exemple comment aujourd’hui elle prend sans souci les escaliers pour aller voir ses amis au 3e étage, quand au départ, « ne fusse que de se mettre sur un vélo et de faire 100 mètres, on a l’impression qu’on y arrivera jamais, qu’on va mourir sur le vélo ! »

Ce dispositif lancé fin 2012 ne s’adresse pas à tout le monde, mais aux personnes obèses (Indice de Masse Corporelle entre 30 et 45), aux diabétiques (non insulinodépendants), aux victimes de maladies cardiovasculaires stabilisées, d’hypertension artérielle ou d’un cancer du sein ou du colon en rémission depuis 6 mois. Et il passe d'abord par une consultation chez son généraliste "agréé", avant des tests, de souplesse, d'équilibre ou de marche. Pour pouvoir adapter au mieux l'activité physique régulière.

Les 600 bénéficiaires actifs, à 70% des femmes, pratiquent aussi la marche nordique, le yoga ou la natation, l’aqua gym en particulier. A raison de 2 à 3 séances par semaine. Et la première année est gratuite, avant un minimum de 20 euros par an, variable selon les revenus. Pour Laurent Priss, même si les résultats sont « divers », « l’idée devrait faire son chemin, parce que l’enjeu de santé publique est important et nous, on mesure bien le lien entre la sédentarité et l’apparition des maladies » :

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Des évaluations scientifiques en cours

Clio Quaile, interne en médecine générale, en thèse sur Sport santé sur ordonnance, à Strasbourg. Le 1er avril 2015
Clio Quaile, interne en médecine générale, en thèse sur Sport santé sur ordonnance, à Strasbourg. Le 1er avril 2015 Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Cette expérience, qui prend de plus en plus d’ampleur et a bénéficié d’une forte médiatisation, est étudiée de près. Après déjà trois travaux, dont un sociologique, une nouvelle thèse se prépare.

Interne en médecine générale en dernière année, Clio Quaile est d’ailleurs elle aussi cet après-midi là dans ce même bureau de la Meinau. Plongée dans des données relevées depuis un an, elle cherche à évaluer l’impact physique et psychologique du dispositif. Pour un panel de 100 bénéficiaires et une publication de sa thèse avec deux autres camarades en novembre prochain :

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« Du sport ? Prescrit ? Ah non, la honte ! »

Sophie Rabourdin, médecin généraliste installée depuis 2011 à Strasbourg. Le 1er avril 2015
Sophie Rabourdin, médecin généraliste installée depuis 2011 à Strasbourg. Le 1er avril 2015 Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Jeune généraliste installée depuis 2011, Sophie Rabourdin a tout de suite adhéré à l’idée. Idée venue du docteur et adjoint au maire PS chargé de la Santé Alexandre Feltz et concrétisée grâce au Contrat Local de Santé. Ce programme d’un montant de 211.000 euros pour 2015, est ainsi financé aux deux tiers par la ville de Strasbourg, le reste étant assuré par le régime local de la Sécurité Sociale, l’ARS, la direction de la Jeunesse et Sports et les Hôpitaux universitaires de Strasbourg.

Aujourd’hui, 180 médecins traitants sont ainsi dans la boucle, sur les 350 de la ville.

Sophie Rabourdin a entraîné une trentaine de ses patients à se bouger dans ces conditions, dont une dizaine toujours actifs. « Il y a la catégorie hyper contents parce que enfin c’est quelque chose qui est gratuit, où on va les prendre en main et pour beaucoup c’est intéressant. C’est plutôt la tranche âgée, je vais dire. Et alors les jeunes, ils disent QUOI ??? Du sport ? Prescrit ? Ah non, la honte. Je préfère autant m’y mettre tout seul. Donc souvent il faut y revenir plusieurs fois. » :

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Certificat de prescription d'activité physique strasbourgeois
Certificat de prescription d'activité physique strasbourgeois Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Elle confie avoir « envie de proposer autre chose à ses patients que des médicaments » (...) et « simplement prodiguer des conseils, dans le cadre d'un renouvellement d'ordonnance par exemple, souvent c'est insuffisant. Parce que les gens vont dire oui, oui, en souhaitant nous faire un grand plaisir, et puis finalement, une fois rentrés chez eux, il ne se passe rien. » D'ailleurs, 88 % des Français sont conscients de la nécessité de faire du sport, mais la majorité ne l'appliquent pas , selon un sondage Le Figaro-Weber Shandwick de 2013. Dès 2008, l'INSERM avait publié un rapport de référence sur ce "vrai enjeu de société" ("Activité physique : contextes et effets sur la santé"). Écoutez Sophie Rabourdin :

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Et vous, qu'en pensez-vous ?

Voici vos réactions recueillies sur les réseaux sociaux :

« Aujourd'hui, d'autres pathologies veulent entrer dans le dispositif. Mais à un plan plus global, l'institutionnel tarde trop encore. »

Le docteur Alexandre Feltz, le 1er avril 2015, dans son bureau de la ville de Strasbourg
Le docteur Alexandre Feltz, le 1er avril 2015, dans son bureau de la ville de Strasbourg Crédits : Eric Chaverou - Radio France

A l’origine du dispositif strasbourgeois donc, le docteur Alexandre Feltz souligne ses conséquences économiques : « Cela baisse les frais de santé. Aujourd’hui, clairement, on réfléchit et baisse des médicaments pour le diabète. C’est là où c’est le plus rapide : en trois mois environ, on peut améliorer son diabète et diminuer les médicaments. L’hypertension, c’est un peu plus long : à peu près six mois. Mais on diminue et on arrête. Ce qui est exceptionnel, parce que dans ces pathologies, les médecins d’habitude savent que quand ils commencent un traitement, c’est pour la vie ! ». La prise en charge de cours de sport pour des malades chroniques s'élève à 150 euros par an en moyenne. Quand le traitement médicamenteux pour un diabétique ou une personne qui souffre d'hypertension revient lui trois fois plus cher. L’adjoint au maire pour la Santé met aussi en avant le rôle social de ce mécanisme, car « les inégalités sociales entraînent des maladies chroniques ou les aggravent, et beaucoup de bénéficiaires viennent de quartiers populaires ».

Quant aux freins, « il n’y en a pas eu beaucoup, car aujourd’hui, nous sommes plutôt dans une logique de stabilisation. Et d’autres pathologies qui veulent entrer dans le dispositif ». Et selon lui, les résistances ne sont pas tant venues des médecins que de l'organisation de ce programme et de « la logique de performance », qui domine encore parmi les acteurs du sport. Certaines fédérations, athlétisme et gymnastique, se sont finalement laissées convaincre. Reste que Strasbourg a la chance de bénéficier de quantité d'équipements sportifs et d'un réseau de pistes cyclables exceptionnel. Toutes les villes sont loin d'en bénéficier et les infrastructures sont un paramètre capital.

Enfin à un plan plus large, « l’institutionnel tarde encore trop », estime Alexandre Feltz. Il évoque le projet de loi santé et la demande récente dans "Le Monde" par plusieurs anciens ministres des Sports et élus d’un véritable volet activité physique :

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Et celui qui se ravit d'avoir vu Chambéry, Blagnac, Biarritz et d’autres rejoindre son club s’impatiente des premières assises européennes du sport santé sur ordonnance prévues mi octobre prochain, toujours à Strasbourg.

A noter cette réaction qui met en cause la valeur scientifique de la très médiatisée expérience strasbourgeoise :

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Secrétaire national de la Société Française des Professionnels en Activités Physiques Adaptées, Mathieu Vergnault s’interroge lui aussi sur l’expérience strasbourgeoise et ses « preuves d’efficacité ». Et il milite avant tout pour la reconnaissance des professionnels en activité physique formés dans une trentaine d’universités. Environ 2.000, ils ont une carte professionnelle spécifique. Mais leurs soins ne sont pas remboursés et la SFP-APA prépare un référentiel métiers pour qu’ils soient véritablement entendus des autorités.


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Mathieu Vergnault, secrétaire national de la Société Française des Professionnels en Activités Physiques Adaptées (SFP-APA

« Ce qui est nécessaire, c'est au moins 3 fois 20 minutes par semaine. »

Valérie Fourneyron dans son bureau de l'Assemblée nationale le 31 mars 2015
Valérie Fourneyron dans son bureau de l'Assemblée nationale le 31 mars 2015 Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Dans son bureau de l'Assemblée nationale, Valérie Fourneyron est elle fière des réseaux "Sport santé" par région qu'elle a lancé dans toute la France. En 2012, il n'en existait que deux, Midi-Pyrénées et Picardie, rappelle celle qui fut ministre des Sports de mai 2012 à mars 2014.

A l'origine de l'amendement du projet de loi Santé qui stipule les bienfaits de l'activité physique et du sport, elle insiste sur la valeur de cette prévention : « On a un quotidien avec de moins en moins d'activités physiques régulières et de plus en plus d'écrans ».

Ces quelques mots désormais officiels devraient notamment permettre selon la députée socialiste de faciliter l'accès des jeunes et des handicapés au sport. Avec des bénéfices économiques « difficiles » à chiffrer, mais « des perspectives d'emplois » aussi.

Un premier pas, même si nous sommes encore loin de ce qui s'est établi dans les pays nordiques, reconnaît celle qui est également médecin du sport :

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« On a dû se battre pour que l'activité physique soit prise en compte dans le projet de loi Santé. »

Démonstration de zumba
Démonstration de zumba Crédits : Radio France

Lobbyiste revendiqué, le think tank européen Sport et Citoyenneté ne se cache pas d'avoir bataillé en coulisses pour que le texte de Marisol Touraine inclue cette prévention.

« Elle avait été oubliée par le gouvernement ! », raconte Julian Jappert, le directeur de cette organisation qui existe depuis sept ans. « On a sensibilisé grâce à l'aide, et je dois les remercier, de parlementaires de tout bord politique, et c'est intéressant aussi, nous sommes véritablement dans une question d'intérêt général. Et on se battra au Sénat aussi ».

Julian Jappert qui justifie lui ce combat par des études alarmantes sur l'obésité et la sédentarité qui pourrait mener nos enfants à une plus faible espérance de vie que nous ... :

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