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Ce que le numérique change aux migrations

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Il y a les images, celles de ces hommes et femmes qui cherchent refuge en Europe. Celles de réfugiés rechargeant leur smartphone, boussole du XXIe siècle, outil vital dans ce périple. Il y a les images, donc, et il y a ce qu'on ne voit pas. Ces traces numériques que chacun de nous laisse. Dans le cas des migrations, cela peut être un outil pour contrôler, pour tracer. Mais aussi pour aider, informer, sauver. Qu'est-ce que le numérique change aux migrations ? Un dossier de Catherine Petillon, avec vos réactions.

Des migrants rechargent leur portable à Calais
Des migrants rechargent leur portable à Calais Crédits : Peter Nicholls - Reuters

A la mairie du 20e arrondissement de Paris, la permanence d'aide aux réfugiés syriens ne désemplit pas. Subhy est arrivé il y a quelques mois. Ce jour là, pour son dossier de demandeur d'asile, il retrace son incroyable parcours à travers l'Europe. Il raconte aussi comment une fois en Grèce, il a pu recharger son téléphone, et trouver un GPS pour savoir comment rejoindre la Macédoine. Comment sur les réseaux sociaux on l'a conseillé sur les procédures d'asile. C'est là qu'on lui a parlé de la permanence.

Un téléphone et les applications qu'il contient - What’s app, Viber, skype, un GPS- une connexion web : voilà ce qui aujourd'hui ressemble à un kit de survie pour ceux qui doivent quitter leur pays. Sur les routes ces outils sont précieux pour ceux qui fuient leur pays. Dans ce contexte, un téléphone devient vite un allié indispensable, qui permet l’entraide, la survie parfois. C'est ce que racontait Mohamed, un Syrien rencontré par Olivier Poujade dans un train en Macédoine. Si bien que téléphones et des chargeurs deviennent parfois « les biens les plus précieux » comme l’expliquait Wael, l’un des syriens rencontrés la semaine dernière par un journaliste de l’AFP sur l’île grecque de Kos. Le smartphone fait partie des bien essentiel des réfugiés, décrivait le New York Times.

Opération de sauvetages de 600 migrants, à 16 km des côté libyennes (6 aouût 2015)
Opération de sauvetages de 600 migrants, à 16 km des côté libyennes (6 aouût 2015) Crédits : Darrin Zammit Lupi - Reuters

« Kit navigateur »

« Cela fait un moment que les migrants utilisent tous ces outils mais la société ne se rend compte que maintenant d’à quel point c’est important. Car c'est une transformation qui ne touche pas seulement la communication, mais tous les aspects de la vie des migrants. C'est-à-dire son parcours à partir de la formulation d’un projet de départ- qui peut commencer par une bonne recherche sur Google- jusqu’au voyage, liste la sociologue Dana Diminescu. L e téléphone devient un kit navigateur qui aide les migrants à s’organiser, à se sauver parfois, à rassurer la famille, à activer les réseaux d’amis, à s’orienter, probablement chercher des passeurs aussi, à se créer de nouveaux contacts et les garder » Cette enseignante-chercheuse à Télécom ParisTech, dirige le programme « Migrations et Numériques » à la Fondation Maison des Sciences de l’Homme. Depuis une dizaine d'année, elle mène un passionnant travail sur la manière dont les technologies de l’information et de la communication modifie l’expérience des migrations.

De la solidarité, des contacts

Cette nécessité de se connecter pour ne pas être exclu, Carlos l'a tout de suite expérimenté quand en 2011 il est arrivé en France, après avoir fui la Colombie où il était militant pour les droits de l’homme. Il n'avait aucun endroit où dormir, ne connaissait rien ni personne, mais a rapidement su comment trouver une connexion web à Paris. «Pour moi le numérique était fondamental pour savoir comment me débrouiller en France. Je le vois comme une carte de navigation. Je me suis retrouvé dans un territoire inconnu, dont je ne parlais pas la langue et je ne connaissais pas le code social. Cela m'a permis de me mettre en contact avec tous les gens qui m'ont aidé peu à peu . » Aujourd'hui Carlos est réfugié politique, il a repris des études de droit à la Sorbonne. Et travaille au développement d'un site à destination des réfugiés.

Carlos, réfugiés politique colombien
Carlos, réfugiés politique colombien Crédits : CP - Radio France

« Quand on arrive, être équipé c'est rapidement une priorité pour les choses pratiques, comme d'hébergement d'urgence, les endroits où on peut manger, faire ses demandes administratives. Cela m'a aussi beaucoup aidé pour la traduction. Je m'en servais tout le temps par exemple pour les documents de l'Ofpra, que je ne comprenais pas du tout."

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Des services numériques au service des réfugiés
Désormais, l'idée de Carlos : mettre toute cette expérience au service d'autres réfugiés. Son projet est l'un de ceux retenus par l'association Singa, dont l'objectif est de favoriser "les liens des réfugiés avec leur société d’accueil". L'association a mené une étude dans 15 pays sur les possibilités et les risques que cela représente pour les réfugiés. Puis en janvier dernier, Singa organisé un hackaton autour des réfugiés : trois jours où des développeurs, des designeurs... ont travaillé autour des outils numériques dont les demandeurs d'asile ont aujourd'hui besoin.

Nathanaël Molle, cofondateur de Singa
Nathanaël Molle, cofondateur de Singa Crédits : CP - Radio France
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« En constatant que la grande majorité des réfugiés avaient un smartphone et que leur volonté d’être connectés était tres importante, ont s'est dit qu'il devait y avoir grand nombre de possibilités de les aider aujourd'hui très peu exploitées », explique Nathanaël Molle, le co-fondateur de Singa.

"Migrants connectés"
Si les migrants sont bien des usagers comme les autres du numérique, ce n'est en fait pas si anodin. C'est peut-être même une donnée qui pourrait obliger à envisager différemment les migrations. C'est en tout cas ce que défend Dana Diminescu. Derrière l'idée que le réfugié doit s'intégrer à une société, il y a le postulat qu'il ne l'est pas, qu'il est déraciné. Or on voit bien avec ces technologies, ce n’est pas le cas.

Aujourd’hui, le migrant s’approche du navigateur. Il n'est plus déraciné, mais connecté.

Dana Diminescu

Dana Diminescu, sociologue, travaille sur les "migrants connectés"
Dana Diminescu, sociologue, travaille sur les "migrants connectés" Crédits : Olivier Ezratty

« Au fond, on a beaucoup travaillé sociologiquement avec l’image du déraciné. Avec l'idée que le migrant est celui qui coupe les liens dans son pays d'origine et n’arrive pas forcément à en créer dans le pays où il arrive. Cette figure du déraciné traverse toute la sociologie d’un siècle mais aussi la manière politique de gérer les migrants aujourd’hui. "

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Pour la sociologue, la présence multiple qui est celle des migrants aujourd'hui, leur "connectivité", doit amener à les considérer différemment. A leur proposer des services, et pas seulement à traquer leurs traces numériques comme c'est le cas aujourd'hui.

Frontière. Schengen est avant tout une frontière numérique."Un migrant m'a dit un jour, "ils m’ont cherché sur l’écran, ils ne m’ont pas vu, ils m’ont laissé passer". C’était en 1999 et c'est là que j’ai compris que la frontière n’est plus une frontière géographique, mais informatique. Avant d’arriver sur le territoire de destination il faut passer par le fichier de délivrance des visas, par un ordinateur à la frontière réelle ou par l'ordinateur d’un agent de police. La frontière devient ubique et individuelle. Ça aussi, c’est un changement."

La surveillance au service des migrants

Plate forme Watch the med
Plate forme Watch the med Crédits : capture d'écran de la plateforme watch the med - Radio France

Et en Méditerranée, l'Europe, via Frontex, a mis en place toute une panoplie d'outils de surveillance maritime. Pourtant plus de 2.600 personnes sont mortes ou disparues en mer cette année. Alors ces même techniques, deux chercheurs Charles Heller et Lorenzo Piazzani, ont décidé de les utiliser pour eux, documenter les violations des droits des migrants. En reconstituant les naufrages, les bateaux laissés à la dérives, la plateforme Watchthemed, a commencé par pointer les responsabilités quand des migrants meurent, elle cherche aujourd'hui à éviter ces drames

Elle a abouti a la création de l'alarm phone, le téléphone d'alerte. Les explications de Charles Heller

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alarm phone

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C'est aussi un outil de mobilisation pour ceux qui veulent aider les migrants, comme vous nous l'avez raconté sur les réseaux sociaux

**Migrants, réfugiés, demandeurs d'asile en Europe, une série en 3 volets** **- [1er chapitre : les chiffres et les mots ](http://www.franceculture.fr/2015-09-01-migrants-refugies-demandeurs-d-asile-en-europe-23-les-reponses-politiques-de-l-ue)(publié le 28 août 2015)** **- [2e chapitre : les réponses politiques de l'Europe](http://www.franceculture.fr/2015-09-01-migrants-refugies-demandeurs-d-asile-en-europe-23-les-reponses-politiques-de-l-ue) (publié le 1er septembre 2015)** **- [3e chapitre : mises en perspectives des flux actuels dans l'espace et le temps](http://www.franceculture.fr/2015-09-04-migrants-refugies-demandeurs-d-asile-en-europe-33-un-afflux-exceptionnel)** **- [Et l'ensemble des analyses et témoignages de la chaîne au sujet des migrants et des réfugiés](http://www.franceculture.fr/tags/migrants).**
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