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Festival international de hip hop à Calais en mars 2015

Danse : les défis du hip hop français

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À retrouver dans l'émission

La galaxie du hip hop est en ébullition. Sur des scènes de plus en plus variées, des battle à guichets fermés à Bercy aux théâtres, en passant par la mode. Et face à une proposition de diplôme d'interprète lancée par Manuel Valls. Reportage dans ce milieu très vivant qui se méfie de l'institution.

Festival international de hip hop à Calais en mars 2015
Festival international de hip hop à Calais en mars 2015 Crédits : Jean Pierre Brunet - Maxppp

« La France est une scène majeure du hip hop mondial, particulièrement active et avec des danseurs de très haut niveau. » C'est un danseur chorégraphe suédois en résidence actuellement à la Villette qui le souligne. Eric Linghede est venu pour deux semaines à Paris avec 4 danseurs et sa musicienne. Passez votre souris sur l'image et cliquez sur le point rouge pour l'entendre :  

Succès populaire et politique en Auvergne

Samedi dernier, il y avait salle comble au Puy-en-Velay pour la troisième édition des Kids battle de la région. 250 personnes réunies à l'appel de Victor Moutbeka, qui promeut cette culture depuis quatre ans sur place. Et « d'une vingtaine de passionnés, de personnes qui découvrent les choses, on est passé à 70. Et au niveau des événements, celui de ce week end a attiré deux fois plus de monde que l'année dernière. » Victor Moutbeka est ravi de voir des jeunes des villes, villages ou de la campagne venir à lui, dans une grande mixité sociale, en particulier des filles, « moins timides que les garçons ». Dans le public aussi samedi dernier le nouveau et l'ancien maire du Puy (Laurent Wauquiez), « très satisfaits de l'événement et de voir des jeunes s'épanouir comme ça » :

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Le développement du hip hop en Auvergne
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« On sait très bien que maintenant les gens qui dansent le hip hop, c'est monsieur et madame tout le monde qui ont des enfants ! »

Bruce Ykanji a lui aussi commencé "petit". Mais en 2002. Il lance alors "Juste debout" dans un gymnase en Seine-et-Marne. Aujourd'hui, c'est un événement international de référence qui remplit Bercy, avec des qualifications dans le monde entier ! Juste Debout qui va ouvrir une école à Toulouse, après Paris, et dont le fondateur s’insurge contre l’annonce de Manuel Valls fin octobre dernier aux Mureaux d’un diplôme d’interprète (le DNSP). Le collectif Le Moovement, qui s'était créé en 2014 contre un diplôme de professeur, a d'ailleurs remobilisé jusqu'à obtenir des avancées de la ministre de la Culture, pétition signée par 5.000 personnes à l'appui.   

Pour Bruce « Ykanji » Soné, il s'agit d'« Un coup de pub pour le Premier ministre, qui tout à coup se réveille un matin et se dit bon ben faut s'occuper des noirs et des arabes dans les banlieues pour faire de la danse hip hop. C'est un discours hyper, hyper, hyper, hyper vieux, has been, hyper obsolète. ». L'ancien danseur de MC Solaar et figure de proue du Popping estime que les politiques n'ont pas compris ce qui a changé et sortent « un discours rabaissant » trente ans après l'arrivée du hip hop en France. Et de préciser que cette idée de diplôme n'est pas nouvelle puisqu'elle remonte aux années 90 :

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Le coup de colère de Bruce "Ykanji" Soné après « le coup de pub » de Manuel Valls
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Difficile, voire impossible, d'appréhender toutes les facettes d'un hip hop regroupant une vingtaine de danses. Un creuset très dense où les battle d'egos ne manquent pas même si le bon esprit, l'amitié et le collectif sont très souvent de mise et mis en avant. Hip hop désormais reconnu et encouragé par des stars comme Beyonce ou Christine and the Queens, des marques, de mode en particulier, et des danseurs d’autres horizons, en particulier du contemporain. D'où des tensions entre puristes et (nouveaux) adeptes d'un hip hop hybride. Regardez Marion Mottin, incarnation du hip hop français actuel, sollicitée par Madonna, Stromae ou encore France Gall pour sa comédie musicale :  

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Et même Sciences Po Paris s'y est mis !

C'est en 2012 que la grande école a sollicité Anne Nguyen et a laissé libre cours à la chorégraphe et break danseuse, associée au Théâtre National de Chaillot. Nous l'avons rencontrée avec ses 14 élèves, comme Maël, 18 ans, qui trouve dans le hip hop « quelque chose de spectaculaire et d'un peu rebelle qui lui parle beaucoup ». Pour lui, « il est fondamental qu'il y ait de la culture urbaine et plus populaire à Sciences Po ». Écoutez le en passant votre souris sur l'image, tout comme Anne Nguyen et Thierry Martinvalet, dit Nasty, tout récent professeur d'histoire du hip hop dans ce « temple du savoir » :      

Anne Nguyen qui préférerait notamment une épreuve hip hop au bac a aussi publié en ligne en novembre une lettre ouverte à Fleur Pellerin. Alors que deux figures du hip-hop, Mourad Merzouki, directeur du Centre chorégraphique national de Créteil (CCN), et Kader Attou, à la tête du CCN de La Rochelle, ont défendu le DNSP. « Ça existe pour la danse contemporaine, le classique et le jazz. Pourquoi s'interdire d'avoir des moyens supplémentaires pour former nos interprètes à nous ? » :  

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Après de très nombreuses sollicitations, la rue de Valois nous renvoyé à un entretien avec Fleur Pellerin ou des conversations hors micro. La ministre (jusqu'à ce jeudi) ne s'est finalement jamais libérée. Pendant que la Mairie de Paris ouvrira en mars aux Halles avec quelques mois de retard "La Place", son centre culturel hip hop. Dans la lignée d'un festival qui a plus de dix ans.   

« L'institution a du mal à lire les danses et le milieu à se fédérer. »

Chloé Le Nôtre se définit comme une médiatrice entre les danseurs et les professionnels, et l'institution. Programmatrice à La Villette, elle est conseillère artistique pour le programme Initiatives d’Artistes en Danses Urbaines (IADU), initié par la Fondation de France en 1998. Celle qui accompagne des artistes depuis 2009, comme Marion Mottin ou Eric Linghede, relève la complexité de ce panorama et rejoint Bruce Ykanji sur le retard pris par l'institution et son manque d'expertise.

Chloé Le Nôtre, programmatrice et conseillère artistique hip hop à la Villette
Chloé Le Nôtre, programmatrice et conseillère artistique hip hop à la Villette Crédits : © La Villette

Elle regrette un regard encore social et remarque que le hip hop n'est pas dissocié des problèmes de production et de diffusion qui existent dans le spectacle vivant. Avec des difficultés pour des artistes émergents, confrontés à quelques festivals de niche ou de grands plateaux. Et d'espérer des rencontres, des échanges pour décloisonner des milieux et des hiérarchies. La porte-parole du Moovement, Jihène Grey, nous a d'ailleurs parlé dans ce sens de la récente démission de Benjamin Millepied, à l'Opéra de Paris. Chloé Le Nôtre :  

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« Une institution un peu maladroite car en retard face à un milieu très vaste »

« La transmission en hip hop s'est faite historiquement en dehors des institutions », rappelle le sociologue Aurélien Djakouane. Missionné en 2006 par le ministère de la Culture à ce sujet, il rappelle que déjà à l'époque existaient les craintes d'une institutionnalisation qui figerait les contenus ou donnerait une légitimité à des acteurs qui ne le sont pas :  

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Le hip hop et l'institution. Un choc de cultures de longue date

Sans oublier le rôle des médias. @SCoffeeStories nous l'a dit dans un de ses tweets : « La danse HH est médiatisée mais désintellectualisée et mal représentée. » (lire ci-dessous)  

Le collectif de défense des danses hip hop avec Fleur Pellerin le 6 janvier 2016
Le collectif de défense des danses hip hop avec Fleur Pellerin le 6 janvier 2016 Crédits : Le Moovement

Enfin, Juliette Franz, administratrice et chargée de production de la compagnie Wanted Posse, reconnaît que malheureusement de précieuses habitudes de relations publiques et de réseaux avec les institutions font défaut. Aller à des cocktails par exemple. « On n'a pas cette culture de représentation, mais c'est comme cela que cela marche et on va y travailler ! », glisse en riant celle qui déplore ne pas pouvoir trouver de résidence à un collectif légendaire né il y a 23 ans et qui fut le premier en France champion du monde, en 2001 :  

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« On n'a pas la culture des cocktails et des réseaux mais on va y travailler. »

 Sur son site, Le Moovement remercie Akhenaton, du groupe IAM, qui les soutient et les a « recommandé » auprès de la ministre.   

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