LE DIRECT

Domaine public : créer avec les oeuvres qui nous appartiennent

4 min

Depuis le 1er janvier, en toute discrétion, les peintures de Kandinsky, Munch et Mondrian, "Carmen" par la Callas, ainsi que les oeuvres de Romain Rolland ont rejoint le domaine public. Cette année, les oeuvres de 31 nouveaux artistes sont désormais accessibles à tous, sans avoir à s'acquitter de droits d'auteurs. Et ça se fête ! Jusqu'au 31 janvier se tient le 1er festival du domaine public. Que faire avec ces oeuvres qui nous appartiennent ? Diffusion, remix, mashup, ces termes contemporains décrivent des réalités aussi anciennes que la création. Mais avec le numérique, les possibilités de (re)créations se multiplient. Autant en profiter ! Reportage de Catherine Petillon, ponctué par vos réactions et créations.

Mondrinsky Dorra capture d'écran
Mondrinsky Dorra capture d'écran Crédits : Julien Dorra

Enfin, en cliquant sur la page Wikipédia d’Edvard Munch, ou sur celle du sculpteur Aristide Maillol, il est possible de voir les photos de leurs oeuvres. Désormais, tout le monde peut aussi jouer une pièce de Giraudoux, mettre le texte en ligne, ou encore imaginer une adaptation musicale du Manifeste du futurisme de Marinetti. Tout cela sans payer, sans rien demander à personne, et de façon légale. Car 70 ans ont passé depuis la mort de ces artistes et les voici donc depuis le 1er janvier dans le domaine public.

Dans la liste des 31 artistes de la promotion 2015, on trouve de beaux noms. Mais c’est discrètement - sans annonce officielle de la part de l'Etat ou des institutions culturelles - que Kandinsky, Munch, Mondrian, Maillol, mais aussi la sculptrice Lucienne Heuvelmans ou Félix Fénéon , moins connus, ont fait leur entrée dans le domaine public. Seul le collectif SavoirsCom1 avait publié son calendrier de l’avent du domaine public.

Derrière cette notion de domaine public, il y a certes une kyrielle de questions juridiques, relatives aux droits d’auteurs. Elles font d'ailleurs l'objet de discussions, tant au niveau national qu'européen. Mais il y surtout des oeuvres, qui ne sont plus la propriété de personne, et donc nous appartiennent à tous.

Tout le monde peut alors s’en saisir. En pratique, cela veut dire photographier, jouer, regarder, diffuser, mais aussi partager, recréer, réinterpréter…les œuvres du passé.

Découvrir et fêter ce qui nous appartient
Tant de possibilités, cela se fête, s'explore et se découvre. Voilà la conviction de Véronique Boukali et Alexis Kauffman. En 2013, ces deux enseignants (Alexis Kauffman a aussi fondé Framasoft, réseau d’éducation populaire dédié au logiciel libre) ont lancé Romaine lubrique, un site “consacré comme son nom l’indique (ou pas) au domaine public ”.

Cette année, ils ont vu plus grand, et imaginé le festival du domaine public, qui se tient en Ile-de-France jusqu'au 31 janvier. 15 jours d’événements pour découvrir “de façon festive de quoi se fabriquer une culture, la partager, quelque chose de vivant et qui peut concerner tout le monde”, insiste Véronique Boukali, co-fondatrice du festival :

Écouter
2 min
Écouter

Qu'est-ce-que le domaine public ? 70 ans après la mort d'un artiste, les droits d'auteur s'éteignent. Son oeuvre entre dans le domaine public.

Alexis Kauffman , co-fondateur du festival du domaine public, considère lui que c'est le principe, et "le droit d'auteur est une exception temporaire" :

Écouter
1 min
Écouter

Mais les artistes peuvent aussi mettre leur oeuvre dans le domaine public, sans attendre. C'est ce qu'a fait la pianiste Kimiko Ishizaka, elle a offert au domaine public son enregistrement des Variations Goldberg de Bach.Mais il faut que ce soit une démarche volontaire car par défaut une oeuvre appartient à l’auteur ”, précise Alexis Ka uffman

Écouter
1 min
Écouter

Faire vivre aux oeuvres une autre vie

Que peut-on faire avec les oeuvres du domaine public ? En premier lieu, les diffuser, mais aussi, les remixer, malaxer, transformer. Un usage qui hérisse parfois encore une certaine conception de l’auteur, et de son oeuvre. Pourtant, “le mélange, la réutilisation est une pratique aussi vieille que la création elle-même. C’est une pratique courante de la littérature qui n'est faite que d’un matériau commun qui se transforme. Il suffit de regarder comment les tragédies du XVIIe siècle ont repris les figures de la Mythologie”,insiste Véronique Boukali :

Écouter
2 min
Écouter

Ce que rappellent les promoteurs - et militants- du domaine public, c'est que les oeuvres ne sont vivantes que si l'on s'en sert, se les approprie. C'est ce qu'a fait Julien Dorra. Son travail consiste à faire se rencontrer créativité et technologies. Il est notamment à l’origine du projet Museomix. A peine Kandinsky et Mondrian entrés dans le domaine public, il a imaginé un nouvel objet. “L’idée, c’est de se demander : si on colle Mondrian, Kandisky et du Javascript- c’est-à-dire du web- qu’est-ce qui se passe ?” Cela donne une création en ligne, Mondrinsky. "C'est une forme de triple collage ", explique Julien Dorra :

Écouter
1 min
Écouter

Remix, mash up etc : faire vivre les oeuvres

Mélanger, remixer, ces termes contemporains traduisent des réalités aussi anciennes que la création. Mais avec le numérique sont arrivées de nouvelles possibilités. Tout d'abord parce que les oeuvre sont devenues matériellement accessibles : désormais elles peuvent être dupliquées à l'infini et donc facilement disponibles pour tout un chacun. Ensuite, les outils numériques permettent de remonter, modifier les oeuvres du passé.Enfin le numérique facilite l'émergence de communautés de gens qui ont envie de partager et de créer ensemble.

C’est tout cela qui a fait apparaître de nouvelles formes de créations , qui s’échangent et se partagent. Se côtoient des détournements simples et rapides, parfois potaches - ou ratés - et des créations très élaborées.

Détournements

Les internautes n'ont pas attendu que ce soit légal pour s'amuser avec Le Cri de Munch , comme en témoignent les nombreuses reprises, ci-dessous rassemblées.

Des gifs Pour faire vivre les images d'archives, Gallica, le site de numérisation de la Bibliothèque nationale de France, s’est lancé dans les gifs, que l’on retrouve sur son compte Pinterest.

Aux Etats-Unis, la création de Gifs animés a même fait l'objet d'un important concours, organisé par la Digital Public Library of America (DPLA),une bibliothèque numérique américaine.

Outre-Atlantique, la Public Domain Review (un projet de l'Open Knowledge Foundation ) recense d'ailleurs, tout un tas d'inventions dans l'ensemble des champs artistiques.

Arrangements et réinterprétations A côté de Gifs animés rapidement réalisés, on trouve aussi des créations très élaborées, à l'image d'Arctic Gymnopédie , un arrangement de la Première Gymnopédie d'Erik Satie par Les Dupont.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Des applis

Le domaine public est aussi une mane pour les créateurs d'applications.

Sur

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d’utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

— Omer Pesquer ⚟ (@_omr) January 22, 2015 , vous nous avez parlé de ce générateur de titre et de couverture de livres, conçu par Omer Pesquer : chaque couverture est illustrée par une œuvre du domaine public.

Une création de la connexion
Pour le cinéma, le mashup a même son festival, organisé depuis quatre ans à Paris au Forum des images.

Créer du neuf avec des extraits de vieux films, c'est ce que fait le réalisateur Julien Lahmi. Cette création en forme de mélange, c'est ce qu'on appelle aujourd'hui mashup. Ce réalisateur a d'abord travaillé sur des archives familiales, (comme son documentaire Vietnam paradiso), avant de se mettre à travailler sur celles du domaine public. Même s'il n'est pas toujours simple d'accéder à des matériaux pourtant théoriquement rendus au public :

Écouter
2 min
Écouter

Mettre en lien de extraits de vieux films, c'est pour Julien Lahmi "développer une création de la connexion " :

Écouter
1 min
Écouter

C’est aussi "une manière de rendre hommage à tous ces films ", insiste Julien Lahmi. Précisément pour réfléchir à la réutilisation de films existants, le réalisateur a imaginé un manifeste cinéma du domaine public.

Il n'existe pas de liste exhaustive de ce qui relève ou non du domaine public. A noter que pour les oeuvres littéraires, la Bibliothèque nationale de France lancé une [calculateur du domaine public](http://calculateurdomainepublic.fr/institutions). Depuis le 19 janvier, les données exploitables sont disponibles sur la [plateforme ouverte des données publiques françaises](https://www.data.gouv.fr/en/datasets/date-dentree-des-oeuvres-litteraires-dans-le-domaine-public-en-france/). **Peut-on tout faire avec le domaine public ? ** En théorie, oui (sous réserve de respecter le droit moral de l'auteur)**. ** Mais tout, cela veut dire le meilleur comme le pire. Or cela heurte de nombreux défenseurs des auteurs et de leurs oeuvres ; cela explique aussi une forme de résistance à l'idée de mettre à disposition ce patrimoine. **Le prestigieux ** [**Rijksmuseum** ](https://www.rijksmuseum.nl/en)********d'Amsterdam** fait d'ailleurs figure d'ex** ception. ** L'institution a en effet mis en accès libre et en très haute définition l'ensemble de reproductions des oeuvres qu'il conserve, raconte **Julien Dorra** . "*Ce musée a estimé que ce n'était pas à lui d'avoir une position morale sur l'usage des oeuvres.* " :**
Écouter
1 min
Écouter
**Voici les expériences et créations que vous avez partagé avec nous sur les réseaux sociaux : **

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......