LE DIRECT
L'insee pour le recensement 2014

Enquêtes : les Français par eux-mêmes

3 min

L'Insee a lancé ce jeudi le recensement 2016. Une enquête obligatoire qui permet d’en déclencher beaucoup d’autres pour affiner l’autoportrait des Français. Autoportrait car il repose sur du déclaratif qui peut être teinté de subjectif. Découvrez la fabrique de ces enquêtes grâce à Eric Chaverou.

L'insee pour le recensement 2014
L'insee pour le recensement 2014 Crédits : Alexandre Marchi / Photo PQR / L'Est Républicain - Maxppp

C'est une "lettre avis". Très fréquente puisqu'elle prévient en France tous ceux qui vont participer à une enquête de l'Institut national de la statistique et des études économiques. Un courrier important qui précise l'objet du questionnaire et informe de son obligation légale. Car la grande majorité des enquêtes de cette direction générale du ministère de l'Économie et des finances est obligatoire, sous peine même en théorie de sanctions financières.

Prototype de lettre avis de l'Insee
Prototype de lettre avis de l'Insee

« Ce qui est évident, c'est que notre logo joue favorablement. On a même constaté quand on met en avant la Marianne un effet vraiment très positif sur nos taux de réponse », affirme Amandine Schreiber, qui dirige la division condition de vie des ménages . Et d'ajouter que « l'Insee conserve cette marque d'indépendance politique et de sérieux » (indépendance garantie par la loi depuis 2008). Amandine Schreiber qui prend le temps de répondre en détails à toutes nos questions, sous l'oeil d'un chargé de communication. Elle explique que pour de longs questionnaires l'entretien en face à face est préféré au téléphone, même si l'internet se développe, et elle souligne que l'Institut né en 1946 prend en compte les remarques des enquêtés, avec des tests avant chaque enquête. Ces enquêtes qui « ne se basent pas sur l'actualité » et font l'objet d'un l'objet d'un label du CNIS (Conseil national de l'information statistique) et d'un avis d'opportunité, à savoir s'il existe une demande sociale :

Écouter
3 min
Écouter

A quoi peuvent répondre nos déclarations les plus subjectives ?

Amandine Schreiber, qui dirige la division condition de vie des ménages de l'Insee, dans son bureau en janvier 2016
Amandine Schreiber, qui dirige la division condition de vie des ménages de l'Insee, dans son bureau en janvier 2016 Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Avec ses 12 agents, *Amandine Schreiber * travaille sur des sujets aussi variés que l'usage des nouvelles technologies, le moral des ménages ou le sentiment d'aisance financière. A ce propos, elle a d'ailleurs publié avec Élodie Kranklader un dossier très détaillé qui montre notamment que « malgré un contexte économique qui a fortement varié depuis 30 ans, l’opinion des ménages sur leur situation financière est restée remarquablement stable depuis 1979 ». Mais comment s'assurer de la fiabilité de tels indicateurs ? Il y a un principe de confiance aux personnes, la technique des soldes d'opinion ou le cumul d'un grand nombre de données. Plusieurs grands principes sont également mis en avant pour des questions subjectives. Comme « le principe des comparaisons sociales, parce que la perception de notre situation dépend en fait du fait que nous nous comparons à d'autres personnes. En cela, nous avons montré que parmi les ménages les plus aisés, les plus fortunés, on en trouve qui néanmoins se déclarent peu à l'aise financièrement. Ce qui peut quand même prêter un peu à questionnement. » Un autre grand principe étant « le mécanisme d'adaptation, ou glissement des préférences, qui repose sur le fait que notre perception de la situation actuelle dépend en fait de la chronique des événements passés » :

Écouter
6 min
Écouter
Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

« Malheureusement, l'Insee est assez frileuse sur l'open data. Mais il y a eu quelques avancées notables. »

Tangui Morlier de l'ONG Regards citoyens
Tangui Morlier de l'ONG Regards citoyens Crédits : Radio France

Sur son site, le correspondant français d'Eurostat propose des millions de données, le plus souvent gratuites et souvent téléchargeables. Avec aussi une rubrique "animations interactives et vidéos". Mais Tangui Morlier, l'administrateur de l’association Regards citoyens, spécialisée dans l’ouverture des données publiques, critique encore des réticences structurelles. « L'Insee a une culture de l'exactitude de ses chiffres, qui est une culture relativement peu compatible avec une culture scientifique qui permet la réfutation des études. Ce que notamment le politique demande à l'Insee, c'est de fournir des chiffres qui ne puissent pas être contestés. Et donc, à ce titre, l'Insee a assez peu tendance à vouloir donner l'intégralité des sources de ses données, afin que d'autres statisticiens puissent venir un peu les challenger ». Et de remarquer des avancées via le portail data.gouv.fr et le projet de loi numérique vient de leur imposer d'ouvrir leur base de données Sirene sur les entreprises. A partir de l'an prochain, elle deviendra ainsi gratuite, comme toute information publique de son ressort :

Écouter
1 min
Écouter

Des comparateurs de revenus pour y voir plus clair

Comparateur de salaires de l'Observatoire des inégalités
Comparateur de salaires de l'Observatoire des inégalités

L’Observatoire des inégalités vient de publier un outil pour se situer sur l'échelle des salaires grâce aux données publiées par l'Insee en 2013. Une façon de leur donner de multiplier leur exposition avec une visualisation plus ludique et interactive. Ou comment découvrir à partir de son salaire net combien de % de salariés gagnent moins que vous net par mois. Testez, vous risquez d'être surpris !

Et au printemps 2014, l'Observatoire des inégalités avait déjà proposé un comparateur de niveaux de vie par communes, en collaboration avec le Compas, l’hebdomadaire la Gazette des communes. Directeur de l'Observatoire, Louis Maurin évoque un outil citoyen qui « permet aussi d'aller à l'encontre de certains discours très généraux sur la pauvreté ou les niveaux de vie. Je pense en particulier à la pauvre France pavillonnaire et rurale. Alors qu'en réalité les bas niveaux de vie et la pauvreté sont en très grande majorité au coeur des villes et des grandes villes » :

Écouter
4 min
Écouter

Louis Maurin se félicite par ailleurs de tout le travail de décodage désormais fait dans les médias autour de ce type de données. Malgré tout, on a l'expérience de sa situation sociale et on essaie de faire un mix entre ce que l'on connaît et ce que l'on ne connaît pas. Avec selon lui le vrai problème de la méconnaissance, plus ou moins réelle des politiques, quand les définitions des classes moyennes ont été récemment remis en question via le Credoc :

Écouter
4 min
Écouter
Comparateur de revenus dans les territoires
Comparateur de revenus dans les territoires

La mélancolie intrinsèque des Français

Claudia Senik, en janvier 2016 dans son bureau à Paris
Claudia Senik, en janvier 2016 dans son bureau à Paris Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Elle travaille en ce moment avec Amandine Schreiber, de l'Insee, à une plateforme sur notre bien-être. Et elle aussi a analysé une trentaine d'années d'études sur les Français, mais au regard d'autres pays. Professeure à l'Université Paris-Sorbonne et à l'école d'économie de Paris, Claudia Senik est économiste du bonheur. Et celle qui en a tiré un livre explique pourquoi nous nous déclarons systématiquement plus malheureux que certains de nos voisins comparables, comme la Belgique ou les Pays-Bas . "Heureux d’être malheureux", avait ainsi titré le New Yorker sur le cas français. « On s'habitue à une espèce de pessimisme défensif, qui devient une attitude intellectuelle ou culturelle, parce que ce n'est pas uniquement le reflet d'une réalité instantanée. Cela s'accumule au cours du temps et devient une habitude de pensée. Trois quarts des Français sont pessimistes sur l'avenir, la mondialisation est associée à quelque chose de négatif, et, (...) finalement on reste dans cette vision assez sombre, qui évidemment après est auto entretenue et devient quelque chose d'un peu auto réalisateur ». Et de raconter comment elle a initié sa recherche en comparant le bonheur des Français sur plusieurs générations à celui des immigrés vivants en France :

Écouter
8 min
Écouter
Evolution du bonheur des Français de 2002 à 2014
Evolution du bonheur des Français de 2002 à 2014

Très attentive à la reproduction de ses propos, Claudia Senik précise aussi comment garantir la fiabilité de ce qui pourrait s'apparenter à une simple mesure de l'air du temps. « Il faut qu'on ait le plus possible d'informations sur les gens qui répondent de manière à pouvoir comprendre qui répond quoi et pourquoi. De manière à neutraliser aussi les effets de composition. C'est-à-dire savoir dans quelles conditions les gens se trouvent quand ils répondent, et puis ensuite on fait des pilotes ». Mais « on voit bien par les études accumulées dans le monde entier depuis une trentaine d'années qu'il y a une structure des réponses des gens. Il y a des repères établis. » Le climat au moment du questionnaire peut-il influer par exemple ? « Oui, un peu, pour des questions de court terme, émotionnelles : est-ce que au cours de la journée précédente, vous vous êtes senti souvent heureux, détendu, ou au contraire tendu, anxieux, triste, angoissé ? » :

Écouter
4 min
Écouter

Le climat, le jour de la semaine, semaine ou week end, ces repères « jouent un petit peu . A tel point que cela sert même d'instrument. C'est-à-dire une sorte de source exogène. Quelque chose qui influencerait l'humeur des gens, et après on pourrait se poser la question à l'envers, à savoir : est-ce que les gens se comportent différemment quand ils sont de bonne humeur ? »

Intervenants
  • professeure d’économie à Sorbonne Université et à l'École d'économie de Paris. Elle dirige l'Observatoire du bien‐être du CEPREMAP et est directrice adjointe du CEPREMAP (Centre pour la Recherche Economique et ses Applications).
  • administrateur de l’association Regards citoyens

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......