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Faut-il étendre le service civique ?

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L'Etat plaide pour la généralisation de ce dispositif qui permet aux 16-25 ans d'effectuer une mission d'intérêt général de six à douze mois. Mais un certain nombre d'associations et parlementaires craignent qu'il ne serve à masquer des emplois et ne devienne le statut précaire de demain.

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. Crédits : Christophe Morin

Dossier de Catherine Petillon, avec vos réactions.
Permettre à 350 000 jeunes par an de faire un service civique, généraliser ce dispositif créé en 2010 et destiné à « renforcer la cohésion nationale. » : voilà l’ ambition réitérée tout au long du quinquennat par François Hollande. Il en avait même fait une promesse lors de ses voeux à la jeunesse et aux forces de l’engagement, le 11 janvier dernier.  Le dispositif fait partie des mesures du projet de loi égalité et citoyenneté (porté par Patrick Kanner, Emmanuel Cosse et Ericka Bareights) discuté à l’Assemblée nationale cette semaine.

Cette année ils sont 53 000 jeunes entre 16 à 25 ans à avoir effectué une mission d’intérêt général dans ce cadre. Moyennant une indemnité de 573 euros par mois, financée à 80% par l’Etat.

“Ce n’est pas les 70 000 visés, mais c’est bien plus que les 35 0000 dénombrés en 2014. (...)  Les volontaires, c’est vraiment toute la jeunesse française, en termes d’âge, de qualification, de territoire. Du coté des structures qui les accueillent, ce sont à 75% des associations, le reste ce sont des services publics », détaille Hélène Paoletti, la directrice de l’Agence du service civique.

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Hélène Paoletti,directrice de l'Agence service civique

Quant aux missions des volontaires, elles doivent servir l’intérêt collectif et ne peuvent pas être similaires à celles d’un emploi ou d’un stage, insiste-t-on l’Agence du service civique, à la manœuvre pour étendre le dispositif.

Avec la généralisation, beaucoup d'acteurs voient d’un bon œil le développement du service civique.

 « C’est une très bonne chose de viser la généralisation car le terrain montre que le service civique a un triple impact. D’abord sur les jeunes, en termes de développement de compétences, et, pour certains, de réconciliation avec la société ; ensuite les jeunes apprennent à faire ensemble, et à renouer le lien entre l’individu et la société. Et enfin, ce sont des gens qui font plein de choses pour la société. Ce n’est pas qu’une mesure pour la jeunesse, mais un enjeu de cohésion nationale, de sentiment d’appartenance à une destinée commune », résume Marie Trellu-Kane, la cofondatrice d’Unis-Cité.

Montée en charge du Service Civique
Montée en charge du Service Civique Crédits : Agence du service civique

Trouver des partenaires

Reste que pour toucher la moitié d'une classe d'âge , l'horizon de 2018 semble dur à tenir.  Première difficulté pour étendre le dispositif : il y a aujourd'hui quatre fois plus de demandes de jeunes que de missions. Alors le projet de loi Egalité et citoyenneté ouvre aux organismes HLM , aux pompiers, et aux entreprises détenues par l'Etat, la possibilité de proposer des missions d’intérêt général dans ce cadre.

« Le changement d'échelle ne change pas la philosophie du service civique, mais en modifie la stratégie », estime Yannick Blanc, le nouveau président de l'Agence du service civique.

Yannick Blanc, président de l'Agence du service civique
Yannick Blanc, président de l'Agence du service civique Crédits : C.P. - Radio France

« Les deux dernières années, la montée en charge a reposé sur des grands partenaires associatifs, publics (ministères et établissement publics). Pour aller vers la moitié d’une classe d’âge concernée, on va avoir besoin de mobiliser des milliers de structures. Donc il faut multiplier les petits partenaires et les communes sont un réservoir extraordinaires ».

Les collectivités ne représentent pour l'instant que 8% des structures d'accueil.

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Yannick Blanc, président de l'Agence du service civique

Des missions aux contours parfois flous

C’est justement dans une grande collectivité locale que Louis, 24 ans, vient d’effectuer un service civique. Diplômé de sciences politiques, c’est faute d’emploi à la fin de son stage qu’il a opté pour ce dispositif.

« C’était positif car j’ai appris des choses, et rencontré mon employeur actuel, mais mes missions étaient proches de celles d’un stage ou d’un emploi. Et la collectivité n’était pas vraiment préparée à nous accueillir. »

Pour Louis, les missions devraient être mieux définies, encadrées et sanctionnées.

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Louis, une expérience positive, mais proche d'un stage

Le statut précaire de demain ?

Mais un certain nombre d'associations et de parlementaires craignent que le dispositif ne soit dévoyé  et qu'il ne précarise davantage une jeunesse qui peine à s'insérer sur le marché du travail. Il y a quelques mois, s’est créée La Voix des volontaires, une association qui rassemble des jeunes passé par un service civique. « C’est venu de la volonté de participer à l’élaboration et à la gouvernance du dispositif. » Et de faire entendre la parole des volontaires, explique David Ouzilou, le président de la jeune structure.

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David Ouzilou, la Voix des volontaires

L’association craint aussi que faute d’encadrement, la généralisation du dispositif n’aggrave les dérives. « Le contexte budgétaire difficile pour les collectivités locales et les associations, notamment en raison de la baisse des dotations de l’Etat qui les fragilisent, et le chômage toujours très élevé chez les jeunes diplômés, incitent ces derniers à choisir le service civique par défaut en attendant d’avoir un emploi. « , écrit La Voix des Volontaire dans une tribune publiée dans Libération, co signée avec Génération Précaire  _« Nous regardons le service civil avec vigilance, nous craignons que cela ne devienne le statut précaire de dem_ain », explique Patrick, du collectif Génération précaire.

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Génération précaire : attention à ne pas créer le statut précaire de demain

Le collectif a repéré un certain nombre d’annonce qui sont des offres d’emploi déguisées.

Mieux encadrer

« Le risque de dérive existe », reconnaît Yannick Blanc. Si tous les acteurs du service civique s’accordent sur ce point, les avis divergent sur la manière de les réduire.

Unis cité, l’une des principales associations accueillant les services civiques, estime aussi préférable de davantage encadrer les missions.

 Nous sommes en faveur de missions uniquement de terrain, auprès des populations, et des missions collectives, confiées à deux ou trois jeunes. Cela éviterait le paradigme poste de travail, permettrait de rendre le service civique plus distinct du stage et de l’emploi et d’inclure des jeunes moins qualifiés ou moins autonomes, explique Marie Trellu-Kane.

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Marie Trellu Kane, co fondatrice d'Unis cité

Les collectifs comme Génération précaire et la Voix des volontaires demandent une limitation horaire à 24 h hebdomadaires. Une proposition rejetée par les députés lors de l'examen de la loi Egalité et citoyenneté.

Garde-fou

En revanche, les députés ont adopté quelques garde-fous, comme le principe de non substitution à un emploi ou a un stage.  Il est ainsi prévu qu''aucun agrément de service civique ne pourra être délivré pour exécuter une tâche régulière correspondant à un poste de travail permanent, pour faire face à un accroissement temporaire de l'activité ou encore occuper un emploi saisonnier.  Par ailleurs seule la motivation des volontaires devra être prise en compte dans le recrutement, à l'exclusion des qualifications ou diplômes.

Et la participation des organisations syndicales à la gouvernance territoriale du service civique. Contre la volonté du gouvernement, l'Assemblée nationale a aussi approuvé la demande de Dominique Potier (PS) d'une expérimentation d'un "service civique universel", avec notamment six mois de mission obligatoire entre 18 et 25 ans.

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