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Ils reprennent leur entreprise

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Gestion démocratique, partage des bénéfices : les sociétés coopératives de productions reposent sur un autre modèle que l’entreprise traditionnelle. Créer une Scop, cela change quoi pour les salariés qui deviennent aussi associés de leur entreprise ? Dossier de Catherine Petillon, à l'heure du premier salon national de l'économie sociale et solidaire. « C’est une révolution qu’il a fallu faire dans sa tête mais aussi dans sa vie, car il faut s’investir beaucoup plus quand on est simple salariés » : assez débordée, mais décidée et enthousiaste, Martine Lebeau est sur tous les fronts depuis la rentrée de septembre. Pendant 34 ans, elle était libraire aux Volcans , à Clermont-Ferrand. Elle en est désormais la co-gérante. Elle a été nommée suite à une élection par les salariés, comme le prévoient les nouveaux statuts de l’entreprise. Car depuis leur réouverture en septembre, les Volcans font partie des 2240 Scop, sociétés coopératives de production qui existent en France.

A la liquidation du groupe Chapitre, faute de repreneur, une partie des salariés a décidé de reprendre l’entreprise. Comme 11 autres anciens salariés, Martine Lebeau a investi ses indemnités licenciements et chômage. Ils sont ainsi devenus les uniques propriétaires de l'entreprise. Ces nouveaux associés disposent aussi à égalité d'un droit de vote sur les grandes décisions de l'entreprise. « Une personne, une voix», c'est l'un des principes fondateurs des Scop.

Une coopération parfois difficile
65 % des nouvelles SCOP sont des créations d'entreprises. 13 % sont des reprises d'entreprises saines qui, au départ de leur patron, ne trouvent pas de repreneurs. 9 % sont des transformations d’associations et enfin 13 % sont des reprises d'entreprises en difficulté, comme Les Volcans. Une situation qui rend la reprise plus complexe.

Martine Lebeau l'expérimente chaque jour, passer en quelques semaines du statut de collègues de travail, menacés par une fermeture annoncée, à celui d'associé motivé n'est pas toujours simple. Les nouveaux coopérateurs étaient collègues depuis dix, vingt parfois trente ans « Quand après on est tous associés de la Scop, cela fait ressortir des choses très sympa, d'autres beaucoup moins »,reconnaît Martine Lebeaud .

Depuis des mois, l'équipe est accompagnée par l’Union régionale des Scop et par un coach professionnel. Car au-delà des aspects techniques, elle doit apprendre à communiquer autrement et à faire avec les rancoeurs du passé. «On travaillait ensemble depuis des années , forcément o n se traîne beaucoup de casseroles», poursuit la nouvelle responsable.

Martine Lebeau, co-gérante de la Libraire Les Volcans
Martine Lebeau, co-gérante de la Libraire Les Volcans Crédits : C.Petillon - Radio France
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Malgré les difficultés, c'est ce fonctionnement plus démocratique qui a convaincu les salariés de continuer l'aventure.

La Scop Euclide travaille sur son projet coopératif
La Scop Euclide travaille sur son projet coopératif Crédits : C.Petillon - Radio France

Reprendre le flambeau coopératif
Tout comme Les Volcans, le cabinet d’études clermontois Euclid Ingénierie fête ses 40 ans. Mais contrairement à la librairie qui vit ses premières semaines en Scop, il a été créé dès le début sous ce statut.

Son succès illustre la résistance du modèle des Scop face à la crise; comme en témoigne le taux de pérennité de ces structures. Trois ans après leur création, 82% des nouvelles Scop existent encore. C'est 16 % de plus que les entreprises traditionnelles à taille et secteur équivalents.

Premier facteur d’explication, le mode de répartition des bénéfices dans une Scop. Une partie -environ 45 %- sont consacrés aux réserves de l’entreprise, impartageables. En pratique, cela renforce année après année les fonds propres et favorise la stabilité financière.

Autre atout, l’engagement des salariés.

Reste à le faire tenir sur la durée. C’est le défi auquel est confronté le PDG Jérémie Jacquart. Pratiquement tous les fondateurs d'Euclid sont aujourd'hui partis. Le jeune patron a du coup lancé un grand travail de réflexion sur le projet de l’entreprise.

Jérémie Jacquart, PDG du cabinet du bureau d'études clermontois Euclid
Jérémie Jacquart, PDG du cabinet du bureau d'études clermontois Euclid Crédits : c.Petillon - Radio France

« En échange d'un fonctionnement plus démocratique, on demande aux salariés une implication plus forte que dans une entreprise traditionnelle », explique Jérémie Jacquart. Il s’efforce de transmettre aux derniers recrutés les atouts et les engagements liés au fonctionnement coopératif. Partager

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Un modèle qui résiste à la crise
Ce que mettent en avant les acteurs du secteurs, c'est donc la vigueur économique des Scop. « C'est une puissance économique qui se développe sur le plan international », insiste Hugues Sibille, conseiller du président du Crédit Coopératif et président de l'Institut de développement de l'économie sociale. Il rentre du Sommet international des coopératives qui se tenait la semaine dernière à Québec, avec enthousiasme et un constat : « Il y a un milliard de coopérateur dans le monde et les 300 premières coopératives représentent l'équivalent du PNB du Brésil. »

Force est de constater qu'en France le nombre de Scop est encore limité, mais: «en période de crise, la résistance économique des SCOP est observée avec attention », estime Hugues Sibille :

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CGScop
CGScop Crédits : C.Petillon - Radio France

Les grands principes d’une Scop, par Patrick Lenancker, président de la Confédération générale des Scop. Juridiquement, une Scop est une société coopérative de forme SA, SARL ou SAS. Elle est caractérisée par quelques grands principes

Le capital appartient majoritairement aux salariés. Et si tous les salariés ne sont pas associés, tous ont vocation à le devenir

La gouvernance se fait selon le principe « une personne, une voix » . Dans une Scop, il y a un dirigeant comme dans n’importe quelle entreprise. Mais celui-ci est élu par les salariés associés.

Dans une Scop, le partage du profit est équitable : - une part pour tous les salariés, sous forme de participation et d’intéressement ; - une part pour les salariés associés sous forme de dividendes ; - une part pour les réserves de l’entreprise

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En revanche, sur les réseaux sociaux, nos appels à témoignages n'ont pas suscité de réactions.
Un secteur en essor Aujourd'hui présentes dans tous les secteurs professionnels, les sociétés coopératives emploient plus de 45 000 salariés et représentent un chiffre d’affaires de plus de 4 milliards d’euros.

Les outils juridiques et financiers en préparation pourraient donner une coup d'accélérateur. La loi sur l'économie sociale et solidaire, votée le 31 juilllet dernier, crée un dispositif de Scop d'amorçage; il permet d’impliquer les salariés dans la gouvernance avant qu’ils n’en détiennent la majorité des parts.

Le Crédit coopératif et la Banque publique d'investissement achèvent aussi la constitution d'un fond d'investissements . Il sera abondé à hauteur de 60 millions d'euros et destiné au développement des Scop.

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