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La paris Games week 2014

Jeux vidéo : le petit Made in France

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Comment se portent les studios indépendants français de jeux vidéo ? Quand on parle de jeux français, on cite souvent Ubisoft, devenu un acteur mondial. Mais derrière ce fleuron, il existe tout un tissu de petits studios

La paris Games week 2014
La paris Games week 2014 Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Comment se portent les studios indépendants français de jeux vidéo ? Quand on parle de jeux français, on cite souvent Ubisoft, devenu un acteur mondial. Mais derrière ce fleuron, il existe tout un tissu de petits studios de développement qui essaient de se faire une place sur le marché porteur des jeux vidéo, en essayant de surmonter les obstacles liés au financement et à l’édition. Un reportage d'Abdelhak El idrissi.

L’Agence Française pour le Jeu Vidéo recense 217 studios de développement en France, du plus gros au plus petit.

Mais cette liste ne prend pas en compte certains studios composés de moins de cinq personnes. Voire parfois d’une seule personne. Surtout, ce n’est qu’une photographie à un instant précis du paysage des studios de jeux vidéo.

Car leur nombre fluctue très régulièrement, au gré des fermetures, suite à des problèmes de financement ou à l’échec d’un jeu. Et au gré des lancements de nouveaux petits studios qui portent souvent un seul projet, une idée, sur laquelle ils misent beaucoup.

En face, la demande des joueurs est très forte. Selon le Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisirs (SELL), 75% des Français* « jouent au moins occasionnellement aux jeux vidéo »* (que ce soit sur console de jeux, ordinateur, ou Smartphone…).

Pixel jeux vidéo - (1)
Pixel jeux vidéo - (1) Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Mais tous les jeux ne sont pas des succès. Certains n’arrivent même pas au bout du processus de développement, faute d’argent. C’est l’une des particularités du marché, les studios doivent se débrouiller financièrement pour faire aboutir leurs projets.

La question du modèle économique est donc primordiale.

Un studio comme Sushee, basé en Bretagne, à Lannion, a pour sa part opté pour un modèle « mixte » . Aujourd’hui, 100% de son chiffre d’affaires est réalisé grâce à des prestations auprès d’entreprises : développement d’applications mobiles, réalisation de sites, de mini-jeux commerciaux. L’argent gagné permet de financer le développement de deux jeux vidéo.

Pixel jeux vidéo - Benjamin Anseaume (Sushee)
Pixel jeux vidéo - Benjamin Anseaume (Sushee) Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Un modèle assumé par Benjamin Anseaume, le co-gérant de Sushee : « La difficulté c’est clairement le financement. Trouver les fonds pour sortir des jeux. Chacun a sa méthode pour le faire. Nous on fait des prestations pour les entreprises. Nos jeux sont donc financés par la prestation aux entreprises ». Ce modèle permet de ne pas dépendre totalement de l’avenir commercial d’un un jeu. Mais l’aspect négatif : « toutes nos productions prennent deux à trois fois plus de temps. On ne se concentre pas à 100% sur un jeu. Quand on réalise des prestations aux entreprises, cela met le développement de nos propres jeux en stand by ».

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A terme, le but du studio est de tirer la moitié de ses revenus du développement des jeux vidéo, et l’autre moitié de la prestation aux entreprises.

D’autres studios indépendants misent tout sur le succès d’un seul projet. Le studio Lightbulb Crew a choisi ce modèle. Soit son jeu rencontre un large public et c’est un succès, soit il faudra mettre la clé sous la porte.

Le jeu actuellement développé est un Moba intitulé Games of Glory. Le Moba (Multiplayer Online Battle Arena) englobe les jeux stratégiques de combats en arène. Le Président du studio est Suédois, mais il a décidé de faire produire son jeu en France. Sur les 18 salariés, 16 travaillent à Paris.

Pixel jeux vidéo - Daisy Goudron (Lightbubl Crew)
Pixel jeux vidéo - Daisy Goudron (Lightbubl Crew) Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Anders Larson explique que la France a « un historique très fort dans le jeu vidéo et des gens compétents, malgré les complications liées à la réglementation et la bureaucratie » .

Si le studio peut se permettre de compter 18 personnes pour la réalisation d’un jeu, c’est grâce au soutien d’investisseurs. Mais il n’y a pas de droit à l’erreur selon Daisy Goudron, associate producer pour Lightbulb Crew :

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Pixel jeux vidéo - Natacha Concordel (Lightbulb Crew)
Pixel jeux vidéo - Natacha Concordel (Lightbulb Crew) Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

*Egalement salariée du studio Lighbulb Crew, Natacha Concordel est confiante pour l’avenir du marché du jeu indépendant _:** « Il y a des gens dans le public qui cherchent un peu plus de diversité, des jeux différents »_* . Le marché du jeu vidéo serait donc comparable à celui de la musique. Les consommateurs ne cherchent pas seulement les tubes qui passent en boucle à la radio, mais d’autres styles, ou des artistes en devenir

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Même si tous les petits studios français croient en leurs projets, certains redoublent de précautions, car il y a rarement de seconde chance. L’exemple du studio Enigami est symptomatique.

Au départ, il s’agit d’un projet entre amis. Hazem Hawash, développeur web et Samir Rebib, jeune artiste auteur d’une bande dessinée de type Manga travaillent depuis quatre ans au développement du jeu Shiness , mais en dehors de toute structure entrepreneuriale. Ils ont longtemps travaillé sur leur projet le soir, après les heures de travail, chacun chez soi, et aidés d’une dizaine de collaborateurs. Le projet a ensuite connu une accélération au sein d’un incubateur économique à Tourcoing.

Pixel jeux vidéo - Hazem Hawash ( Enigami)
Pixel jeux vidéo - Hazem Hawash ( Enigami) Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

« Ces 18 mois nous ont permis de faire des erreurs qui auraient pu coûter énormément d’argent si on avait déjà monté une société. C’est un métier très difficile. Il n’y a pas de recette magique. Un jeu super peut ne pas marcher. Et un jeu moyen peut très bien marcher. C’est pour cela que les banques ne suivent jamais, à cause du risque trop élevé dans le jeu vidéo »

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La société (Enigami) n’a été créée qu’il y a trois mois après le succès d’une campagne réussie de financement participatif qui a permis de récolter 140 000 dollars, et « une certaine notoriété parmi les presse spécialisée » précise Hazem Hawash. Ces succès ont conforté les salariés dans leurs choix. Le jeu devrait être commercialisé l’an prochain sur la plupart des plateformes de jeux.

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De la dématérialisation du marché à l’autoédition

Si le jeu vidéo indépendant est aussi actif, c’est suite à plusieurs mutations du marché traditionnel.

Depuis quelques années, le CD n’est plus le premier support du jeu vidéo. Sur les consoles de salon et les ordinateurs, les jeux se téléchargent directement sur des plateformes en ligne. Les pratiques ont aussi évolué, avec le succès des jeux sur mobile et même sur les réseaux sociaux, comme Facebook. Autant de nouveautés qui ont bousculé le rôle des éditeurs traditionnels. Les mêmes qui ont longtemps été des intermédiaires incontournables pour les studios de développement de jeux vidéo. Mais au milieu des années 2000, beaucoup d’éditeurs de taille moyenne ont coulé, créant un fossé entre les quelques gros éditeurs et les petites structures.

Pixel jeux vidéo - (2)
Pixel jeux vidéo - (2) Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Ainsi, certains studios ont profité de l’occasion pour s’autoéditer. Aujourd’hui, ils proposent même à d’autres studios indépendants de les accompagner dans l’édition de leurs jeux, en mettant à profit leurs contacts.

C’est ce que fait le studio Neko Entertainment. Pour Benjamin Cestac, responsable du marketing et de la communication, le nouveau modèle d’édition à petite échelle n’a que des avantages. :

Pixel jeux vidéo - Benjamin Cestac (Neko)
Pixel jeux vidéo - Benjamin Cestac (Neko) Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

« Avant, un éditeur classique donnait de l’argent à un studio pour qu’il puisse continuer son développement. En contrepartie souvent de la propriété intellectuelle (du projet).A la sortie du jeu : l’éditeur récupère en priorité son argent (grâce aux ventes). Le studio de développement peut ne rien toucher, mais reste lié par contrat avec l’éditeur, en cas de développement d’un nouveau jeu. Les éditeurs peuvent décider de ne pas sortir un jeu s’ils le souhaitent »

Dans le « nouveau » modèle, Benjamin Cestac voit plutôt l’éditeur comme un « partenaire » plutôt qu’un donneur d’ordre :* « Dans le jeu vidéo il y a des artistes. Pour eux c’est une œuvre d’art, c’est comme leur bébé. Ces sont des passionnés. Imposer des limites, c’est ne réfléchir qu’en terme de gain potentiel, ce qui casse le potentiel créatif. Dans ce cas là, on ne fait plus de jeux créatifs, on fait des jeux grand public ».*

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Neko Entertainment a pu endosser ce rôle d’éditeur grâce à son expérience sur le marché. Le studio a vu le jour en 1999, une éternité sur le marché du jeu vidéo.

Cedric Bache a rejoint l’entreprise deux années plus tard . De son point de vue, l’autoédition a également été « un besoin et une nécessité » . Et d’expliquer :

*« Avant on avait l’obligation d’avoir un distributeur, parce qu’il fallait fabriquer physiquement les jeux, ça coutait très cher, transporter, distribuer dans les grands magasins. __Ça c’était impossible pour les petits studios.Aujourd’hui il suffit d’avoir un contact chez Apple, chez Android. Tout le monde quasiment peut faire un jeu. Donc aujourd’hui on a une explosion des jeux indépendants. Avant c’était une niche : quelques gars qui faisaient des jeux à eux dans leur coin. ** Maintenant, la grande majorité des jeux, en tout cas en nombre, sont indépendants, mais ils font face à quatre grands jeux qui trustent tout le marché ».*

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**« On ne se définit pas comme un éditeur, au sens classique, on noue plutôt des partenariats. On a assisté à une restructuration du marché, à cause de la crise, l’arrivée du mobile, de Facebook. Les gens veulent avoir des jeux gratuits. Et comme les jeux se téléchargent désormais sur internet, il y a du piratage.

**Le modèle habituel de la distribution physique en magasin, avec des jeux à 30 euros, a un peu implosé, sauf pour quelques jeux avec des grosses licences comme GTA ou Call Of Duty.

**Mais des petits jeux qui avaient avant leur place dans les rayons ne trouvent leur place que sur les marchés digitaux ».

Pixel jeux vidéo - (3)
Pixel jeux vidéo - (3) Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France
Pixel jeux vidéo - Daniel Karimi
Pixel jeux vidéo - Daniel Karimi Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Parmi les projets « épaulés » par le studio-éditeur Neko, on trouve même des jeux conçus par des étudiants. Au départ, « Replay » était un projet scolaire porté notamment par Danial Karimi, 23 ans . Avec quatre autres camarades de l’Institut de l’Internet et du Multimédia, il conçoit son projet de jeu de « plateforme-réflexion ».

Sans l’aide de Neko, nous assure Daniel Karimi :

Je ne pense pas qu’on aurait sorti le jeu

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Pour aider les studios l’association Capital Games, qui regroupe 70 studios français, notamment les plus petits, veut lancer un fonds d’aide « aux projets et non aux entreprises » pour lutter contre « le taux de mortalité important des studios » . Car aujourd’hui, selon **Patrick Pligersdorffer, le président de Capital Games :

**Pour trois succès, il y a 20 échecs

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