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L’apprentissage : ultime credo pour l’emploi des jeunes ?

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Lors de ses vœux, le 31 décembre dernier, le président de la République a de nouveau mis en avant l’apprentissage comme un moyen de favoriser l’emploi des jeunes. L’objectif est de faire de l’apprentissage un mode de formation à part entière pour les jeunes, à coté de l’enseignement général

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**Lors de ses vœux, le 31 décembre dernier, le président de la République a de nouveau mis en avant l’apprentissage comme un moyen de favoriser l’emploi des jeunes. L’objectif est de faire de l’apprentissage un mode de formation à part entière pour les jeunes, à coté de l’enseignement général et de l’enseignement professionnel. Reportage d'Abdelhak El Idrissi.

____Des chiffres en baisse__

Le gouvernement continue d’afficher un objectif ambitieux : la signature de 500 000 contrats en alternance en 2017. Mais on en est loin. On s’en éloigne même, selon les derniers chiffres du ministère du travail. Car on comptait 265 000 signatures de contrats d’apprentissage en 2014. Soit une baisse de 3% par rapport à l’année 2013, qui elle-même voyait le nombre de contrats d’apprentissage baisser de 8% par rapport à 2012.

Du côté des contrats de professionnalisation, autre forme d’alternance, il y a eu 135 500 nouveaux contrats signés par des jeunes de moins de 26 ans en 2014. Soit une hausse de 3%... après deux années consécutives de baisse.

Au total, l’alternance (apprentissage et professionnalisation) atteignait 400 000 contrats signés en 2014.

Pixel Apprentissage - CAMPUS DES METIERS ET DE L ENTREPRISE DE BOBIGNY
Pixel Apprentissage - CAMPUS DES METIERS ET DE L ENTREPRISE DE BOBIGNY Crédits : Thomas Padilla - Maxppp

Les mauvais chiffres de l’alternance s’expliquent par la conjoncture économique. La crise n’incite pas les entreprises à embaucher des jeunes apprentis. Elle empêche tout simplement les embauches, quelles que soient leurs formes.

Sans compter les entreprises et les responsables patronaux qui trainent des pieds et en profitent pour demander un allégement, voire une suppression, des cotisations sociales pour les contrats d’apprentissage.

Chefs d’entreprises, en 2016, pensez à l'#apprentissage --> https://t.co/GUy4npZC5n #bonnesresolutions2016 pic.twitter.com/xBT21Lz6LM — Ministère du Travail (@MinistTravail)

Sur les réseaux, la communication du Ministère du Travail en faveur de l'apprentissage_

C’est dans le secteur du bâtiment que les répercussions de la crise économique sont les plus fortes. Tandis que la baisse du nombre de contrats en apprentissage baisse de 3% entre 2013 et 2014, le repli dans le secteur du bâtiment est toujours aussi important : - 12%.

« L’apprentissage était le meilleur moyen de transmettre les savoirs »

Pixel apprentissage - Jean Balas, président du groupe Balas
Pixel apprentissage - Jean Balas, président du groupe Balas

Pourtant, l’apprentissage dans le bâtiment est très important, et permet de transmettre les connaissances et les savoirs aux jeunes.

Basé en Seine Saint Denis, le groupe Balas compte 850 salariés, dont 66 apprentis qu'on retrouve dans tous les secteurs du groupe : couverture, plomberie, génie climatique, maçonnerie.

*« Nos apprentis préparent tous les types de diplômes : du CAP au diplôme d’ingénieur ___se félicite Jean Balas, le président du groupe vieux de 210 ans .* En 1985, j’ai regardé la pyramide des âges, et j’ai vu que beaucoup de compagnons allaient partir en retraite. L’apprentissage était le meilleur de transmettre les savoirs. Et nous nous sommes fixés un objectif de 10% d’apprentis dans notre groupe »_ .

Aujourd’hui, cette part est en baisse, et représente 8% des effectifs.

Depuis deux ans, tout le monde connaît la crise, et ses effets perdurent

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Mais selon Jean Balas, l’apprentissage souffre aussi d’une mauvaise image, et évoque de « contraintes » comme les cotisations sociales et la réglementation en vigueur autour des contrats en apprentissage.

« Il faut faire confiance aux entreprises, répète l’entrepreneur. L’entreprise est capable de former » .

Quid des abus ? « On ne parle que de ce qui ne fonctionne pas » , répond Jean Balas.

Il propose des expérimentations, plutôt que « des lois qui changent sans arrêt » .**

Et de rajouter : « Qu’un cap politique soit fixé pour l’apprentissage et qu’il soit tenu »** :

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Parmi les 66 apprentis au sein du groupe Balas, nous avons rencontré, David, un jeune de 19 ans . Il apprend le métier de couvreur – zingueur. Avant de se lancer il a effectué un pré-apprentissage pour « découvrir tous les métiers, et être sûr de mon choix. Ce qui était le cas pour moi ».

Pixel apprentissage - David, apprenti
Pixel apprentissage - David, apprenti Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Il se lance donc dans un CAP en apprentissage. Son temps est partagé entre le Centre de Formation d’Apprentis (CFA) et l’entreprise familiale. Puis, il décide d’approfondir ses connaissances en « mention professionnelle » au sein du groupe Balas. La clé d’un apprentissage réussi ? « Un bon maître de stage » . Dans sa nouvelle entreprise, David est formé par un responsable qui prend à cœur l’apprentissage.

Il m’a fait confiance, il a pris le temps de m’expliquer et a été patient, parce que j’ai fait beaucoup d’erreurs. C’est comme ça qu’on apprend.

Lors de cette même année, il obtient le titre de meilleur apprenti de France en couverture-zinguerie. Une petite revanche sur ceux qui associent encore trop l’apprentissage dans le secteur du bâtiment à l’échec scolaire.

Cette année, David est toujours apprenti, et espère obtenir son brevet professionnel à l’issue des deux ans de formation.

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Derrière les beaux parcours, l’apprentissage peut aussi réserver de mauvaises surprises.

Des entreprises ne jouent pas toujours le jeu de la formation et se servent des apprentis, payés moins chers qu’un salarié en CDI ou CDD.

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Pixel apprentissage - Jérôme Dammerey (SNUEP - FSU) Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

L’avènement de l’apprentissage remet aussi en cause la place de l’enseignement professionnel. C’est ce que disent en tout cas de nombreux syndicats.

Jérôme Dammerey, co-secrétaire-général du Syndicat National Unitaire de l'Enseignement Professionnel (SNUEP-FSU) , s’agace de voir les responsables politiques afficher l’apprentissage comme solution au chômage des jeunes.

L’apprentissage ne résout pas le problème du chômage des jeunes. C’est avant tout un mode de formation. Il faut le dire.

Le syndicaliste se méfie également du recours à l’apprentissage, et donc aux entreprises, alors qu’il existe selon lui l’enseignement professionnel, « le service public de l’éducation nationale » pour cela. Enfin, l’apprentissage s’adresse à un public qui est aussi celui capté par l’enseignement professionnel. C’est une réalité, entre 2008 et 2014, la part des élèves de troisième s’orientant vers l’enseignement secondaire professionnel est passée de 38 % à 34 %.

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L’échec de l’éducation nationale ?

Pixel apprentissage - Florence Robine, DGESCO
Pixel apprentissage - Florence Robine, DGESCO Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

L’an passé encore, 10% des jeunes de 16 à 25 ans quittaient le système éducatif sans diplôme. C’est aussi à ce public de 360 000 jeunes qui sortent chaque année sans diplôme de l’école que l’apprentissage s’adresse.

(Même si les chiffres montrent que de plus en plus d’apprentis préparent des diplômes de l’enseignement supérieur, nous le verrons plus loin.)

L’apprentissage viendrait apporter une réponse, là où l’enseignement général et l'enseignement professionnel n’ont pas réussi ? Non, répond *Florence Robine, la Directrice Générale de l’Enseignement Scolaire (DGESCO) _:_**

Ça ne représente absolument pas un échec de l’éducation nationale. Nos publics sont variés, et l’apprentissage est complémentaire des autres modes de formation. *

La numéro 2 du ministère de l’éducation nationale explique que l’apprentissage, et d’autres dispositifs comme le service civique, permettent surtout de diversifier l’offre des formations à destination de jeunes dont les parcours sont très divers. « Chaque voie a trouvé son public » :

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Le modèle allemand

Globalement, l’importance de l’apprentissage est moindre en France que chez nos voisins allemands ou autrichiens.

« L’apprentissage en Allemagne est plus lié aux entreprises avec les partenaires sociaux » a constaté le sénateur écologiste Jean Desessard qui a participé à un rapport parlementaire sur l’apprentissage en Allemagne et en Autriche.

Pixel apprentissage - Jean Desessard, sénateur EELV
Pixel apprentissage - Jean Desessard, sénateur EELV Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Outre-Rhin, l’apprentissage est un mode de formation à part entière. C’est d’ailleurs le seul moyen d’obtenir un diplôme dans certaines filières.

Résultats ? Plus de 60% des apprentis sont embauchés par l’entreprise à l’issue de leur apprentissage. Contre 30% en France.

L’apprentissage :

C’est d’abord un état d’esprit plutôt qu’une question de moyens. Il y aurait donc beaucoup à apprendre du modèle allemand sur ces questions :

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Selon le sénateur, la France devrait donc, comme l’Allemagne, d’abord favoriser l’apprentissage pour les moins diplômés. Et non les cursus post-bac, relativement moins confrontés aux problèmes d’insertion professionnelle.

Il est vrai qu’en France, depuis quelques années, l’apprentissage évolue. Le niveau de diplôme augmente et concerne de plus en plus le secteur des services.

La part des apprentis préparant des diplômes de niveau BAC 2 et plus ne cesse d’augmenter. Elle représente 20% des contrats d’apprentissage signés en 2014. A l’inverse, la part des apprentis préparant des diplômes de niveau CAP ou BAC professionnel est en baisse.

En Seine-Saint-Denis, le CFA du Centre National des Arts et Métiers forme 400 apprentis sur une quinzaine de filières et de métiers, pour des diplômes à partir de BAC 2. Le CNAM délivre même des diplômes d’ingénieur et de Master dans ses parcours techniques et tertiaires. Cette orientation vers le post-bac est historique au CNAM.

D’ailleurs, les universités ont compris également l’intérêt de l’apprentissage et propose des licences et masters professionnels

Pixel apprentissage - Hubert Patingre, directeur du CFA du CNAM Ile de France
Pixel apprentissage - Hubert Patingre, directeur du CFA du CNAM Ile de France Crédits : Abdelhak El Idrissi - Radio France

Pour autant, le directeur du CFA du CNAM en Ile de France explique qu’il s’adresse à des publics prioritaires, en étant implanté en Seine-Saint-Denis.

Hubert Patingre détaille le profil des apprentis dans les filières d’ingénieurs : « pas ou très peu de gens issus des classes préparatoires » . Il se félicite même d’emmener des titulaires de bac professionnel vers des licences ou masters de l’ens

eignement général. Preuve de la « promotion sociale » .

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