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Le Parlement européen à Bruxelles mi juin 2016

Le Brexit vu de Bruxelles

4 min

Comment la capitale européenne, ses fonctionnaires, ses parlementaires, ses lobbies, ses associatifs ou ses observateurs de l'Union européenne vivent l'avant référendum britannique ? Se préparent à un non à l'UE. Enquête d'Eric Chaverou là où très souvent le silence et les inquiétudes sont de mise.

Le Parlement européen à Bruxelles mi juin 2016
Le Parlement européen à Bruxelles mi juin 2016 Crédits : Eric Chaverou - Radio France

"Il y a cette inquiétude qui est très forte quand même. C'est vraiment "the talk of the town", comme on dit en anglais. Depuis des mois." Claire Boussagol connaît très bien Bruxelles et ses arcanes européennes. Elle dirige le bureau local d'Apco Worldwide, un cabinet américain d’affaires publiques et de communication stratégique basé dans le monde entier. Ici, 35 personnes travaillent sous ses ordres pour une soixantaine de clients, dans le domaine pharmaceutique, financier, internet, le transport, le sport, le divertissement, le bricolage ou de la grande distribution. Et tous demandent, tous les jours, des notes d'information à propos du Brexit : conséquences institutionnelles, économiques, politiques.

Claire Boussagol dirige l'un des principaux cabinets d'influence de Bruxelles
Claire Boussagol dirige l'un des principaux cabinets d'influence de Bruxelles Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Et celle qui nous reçoit dans son bureau de la rue Montoyer, artère clé de lobbies et de représentations de pays, a l'impression de vivre "un moment historique". Mais sans panique, en ce début de semaine lorsque nous l'avons rencontrée :

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13 min
"Dans les soirées, vous trouvez des gens de la Commission très passionnés, d’autres qui n’ont plus d'illusions. Avec une forme de dépression."
Une entrée du Parlement européen de Bruxelles, mi juin 2016
Une entrée du Parlement européen de Bruxelles, mi juin 2016 Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Ancien directeur général du service juridique du Conseil des ministres à l’Union européenne (pendant 23 ans), Jean-Claude Piris voit Bruxelles s'agiter. "Du côté des journalistes comme des fonctionnaires. J'ai eu en 2-3 jours une douzaine de demandes d'interview, venant d'Espagne, d'Angleterre, un peu partout." En revanche, il faut attendre le résultat du 23 juin et savoir ensuite ce que veulent les Britanniques pour réellement s'organiser juridiquement, précise-t-il. :

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7 min
"Les esprits s'agitent. Aussi bien du côté des journalistes, que des fonctionnaires et du microcosme bruxellois."

Consignes de silence radio absolu dans les institutions européennes

Pour en savoir plus auprès de la Commission et des administrations européennes, pas question de sortir son micro : un silence radio absolu sur le Brexit a été décrété. Avec un document spécifique envoyé en mai. Les fonctionnaires risquent de sévères sanctions et même notre entretien avec le président d'un syndicat européen de fonctionnaires a été censuré par la Commission. Une chargée de presse de son porte-parole m'a en effet expliqué que son statut de fonctionnaire européen primait sur son mandat syndical, et que sa parole ne pouvait donc pas être proposée aux auditeurs internautes de France Culture. Même si la Commission a reconnu que cet entretien avant tout sur des questions pratiques n'était pas "polémique".

Je n'ai pas souhaité mettre en danger cette personne. Ce principe de précaution extrême, qui confine à l'absurde, s'avère pour le moins contre productif, alors que la Commission européenne a également demandé à ce même syndicat de décaler une réunion en interne, mais publique, sur le Brexit. Et au moment où les sondages commencent à singulièrement basculer.

Une entrée de la Commission européenne en chantier, mi juin 2016
Une entrée de la Commission européenne en chantier, mi juin 2016 Crédits : Eric Chaverou - Radio France

A la sortie de la représentation de la Grande-Bretagne, je tente une conversation avec un agent britannique. Du "off" complet évidemment. J'ignore totalement qui est celui qui exige ma carte de presse pour continuer à nous parler. Mais nos propos s'en tiendront à un "je ne peux rien dire, voyez avec notre service de presse", répété inlassablement.

Siège de la représentation de Grande-Bretagne à Bruxelles, mi juin 2016
Siège de la représentation de Grande-Bretagne à Bruxelles, mi juin 2016 Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Heureusement, un haut responsable britannique à la Commission m’a tout de même parlé, anonymement, frustré de ne pas pouvoir mener campagne dans son pays. Et d'insister sur la fragilité des sondages au Royaume Uni, qui s’étaient lourdement trompé lors des dernières législatives.

On est tous très timides sur nos interventions dans le débat, mais dans les couloirs, dans l'hémicycle, il y a des prises de parole.

L'eurodéputé écologiste Yannick Jadot
L'eurodéputé écologiste Yannick Jadot Crédits : Eric Chaverou - Maxppp

Et les eurodéputés, eux, sont libres de s’exprimer. Comme l’écologiste pro européen Yannick Jadot. Il raconte qu'"il y a eu un débat très dur quand on a déroulé un formidable tapis rouge à David Cameron pour une Europe à la carte. Mais aujourd'hui, on est dans un moment délicat car tout le monde sent bien que chaque intervention extérieure à la Grande-Bretagne dans le débat britannique pourrait être contre-productif. On l'a vu, même si Barack Obama a tenté de ciseler au millimètre son discours quand il est allé en Grande-Bretagne, au fond, cela renforce les pro Brexit sur le mode : bah regardez tout ce monde des élites, des affaires, ce monde mondialiste et tout ça veut toucher à l'identité profonde des Britanniques. Donc, on est tous très timides sur nos interventions. Alors que les débats sensibles, comme sur le TAFTA, traité atlantique, ont été mis au congélateur." :

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13 min
"Quand vous tombez à ce point dans l’irrationalité, les mensonges, les caricatures, toute pensée rationnelle apparaît pro système."

A lire Brexit or not Brexit ?

Les actions de communication pro Bremain des patrons

Markus J. Beyrer, le directeur général du patronat européen (Business Europe)
Markus J. Beyrer, le directeur général du patronat européen (Business Europe) Crédits : Eric Chaverou - Radio France

A et depuis Bruxelles, Business Europe a mobilisé contre le non à l'Union. Markus J. Beyrer, le directeur général du patronat européen, refuse presque d'ailleurs de dire Brexit à notre micro. "Bremain" dit et redit celui qui évoque une récente réunion avec David Cameron "pour faire le point" et les études d'impact et campagnes lancées par les fédérations nationales. En particulier en Allemagne et en Grande-Bretagne. Même si Outre Manche, cette promotion est strictement encadrée, avec un plafond de dépenses légalement fixé. Business Europe le regrette vivement, tout comme les articles et prises de position des tabloïds, encore très influents (le Sun, journal le plus lu au Royaume-Uni vient d'encourager ouvertement au Brexit).

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4 min
"Tous les patronats européens ont fait des actions de communication en faveur du Bremain. Mais très contrôlée en Grande-Bretagne."

Les enjeux du référendum sur l'Union européenne vus par la Confédération de l’industrie britannique :

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Les drapeaux belge et européen déchirés, face à la gare du midi, à Bruxelles
Les drapeaux belge et européen déchirés, face à la gare du midi, à Bruxelles Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Quid du sort des fonctionnaires britanniques ?

C'est l'interrogation qui domine dans la ville où résident 22 000 fonctionnaires et agents européens. 1 164 sont Britanniques, soit 3,5% du total, trois fois moins que les Français et bien moins encore que les Belges. Dans quelle mesure ceux qui ont déjà gagné depuis longtemps la bataille de la langue pourront rester s'il y a Brexit ? Leurs enfants auront-ils aussi par exemple les mêmes droits spécifiques de scolarité qu'aujourd'hui ? Pour ceux qui ont des postes clés, très politiques, il faudra sûrement quitter Bruxelles. Jonathan Faull pilote par exemple la task force de la Commission Européenne chargée des questions stratégiques liées au référendum au Royaume-Uni. Les autres devraient rester, mais avec quelle progression de carrière ?

Chiffres clés en 2016 du personnel de la Commission européenne
Chiffres clés en 2016 du personnel de la Commission européenne

Responsable du bureau de Bruxelles de la Fondation Robert Schuman, Charles de Marcilly affirme que certains pensent déjà à changer de nationalité grâce à leur conjointe !

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51 sec
"Certains fonctionnaires britanniques réfléchissent à prendre la nationalité de leur conjoint,ce qui leur permettrait de pallier à toute éventualité."

Et les Bruxellois dans ce panorama ?

Voici ce qu’en dit Martin Pigeon, militant chercheur à l’Observatoire de l’Europe des multinationales, et qui vit à Bruxelles depuis 13 ans.

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7 min
"Les Bruxellois voient l'Europe probablement se déliter un peu.Mais avec toujours un noyau dur et des fonctionnaires et pas d'effondrement immobilier"
Martin Pigeon,militant chercheur à l’Observatoire de lEurope des multinationales
Martin Pigeon,militant chercheur à l’Observatoire de lEurope des multinationales Crédits : Eric Chaverou - Radio France

A découvrir aussi en ligne : « Brexit » : le pessimisme gagne Bruxelles. Le Monde. Par Cécile Ducourtieux (Bruxelles, bureau européen), ce mercredi

- Brexit : Bruxelles redoute le scénario du pire. Le Temps. Par Ram Etwareea, le 15 avril dernier.

- Qu'est-ce que le Brexit ? Dossier de ToutelEurope.eu

Chroniques
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L'Invité(e) des Matins
Brexit or not Brexit ? Les Matins en direct de Londres
Intervenants
  • Député européen Europe Ecologie - les Verts. Ancien directeur des campagnes de Greenpeace
  • responsable du bureau de Bruxelles de la Fondation Robert Schuman
  • directeur général de Businesseurope, le patronat européen
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