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Les images de nos vies

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À retrouver dans l'émission

Comment trier et conserver notre patrimoine visuel personnel ? La question ne cesse de prendre de l'ampleur et préoccupe, voire inquiète, à l'ère des bouleversements numériques. Enquête d'Éric Chaverou, à l'occasion du mois de la photo et de "la Grande Collecte" d'archives liées à la Grande Guerre.

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Isabelle Aristide-Hastir a l’œil qui brille et la mine particulièrement réjouie en nous ouvrant la salle de tri des archives privées des Archives nationales, à Pierrefitte-sur-Seine, en Seine-Saint-Denis. Sa responsable confie « une très grande et heureuse surprise » face aux fruits de la Grande Collecte 2013 : environ 500 contributions et des dizaines de milliers de documents, dont énormément de photos.

Isabelle Aristide-Hastir, responsable des Archives privées des Archives nationales en nov 2014 dans sa salle de tri
Isabelle Aristide-Hastir, responsable des Archives privées des Archives nationales en nov 2014 dans sa salle de tri Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Beaucoup de particuliers ont ainsi prêté pour numérisation ou même donné ces "petites" histoires qui rejoignent la Grande. Via des plaques de verre ou des albums souvent moins fragiles que les premières photos couleur des années 60-70 ! :

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« J'avais un peu de temps, d'énergie, et un scanner ! »

Michel Jacquelin en novembre 2014 dans son pavillon, au chevet de son blog "La Conversation des absents"
Michel Jacquelin en novembre 2014 dans son pavillon, au chevet de son blog "La Conversation des absents" Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Ce travail de mémoire familial et historique, Michel Jacquelin y œuvre depuis quatre ans, grâce au trésor laissé par ses parents : des lettres, des dessins, des objets comme une épaulette d’un soldat allemand tué et beaucoup d’images.

Cet Alsacien en a fait des DVD pour ses proches et un blog pour France Culture (La Conversation des absents), dans lequel il raconte ces 4 années de guerre par le prisme de ces ancêtres. Et ce plasticien, ancien photographe de théâtre et enseignant en arts plastiques et en vidéo s’est plus largement interrogé sur son rapport à cette photo de famille, lui qui n’en fait plus, mais en a si longtemps profité.

Lui qui cite Christian Boltanski à propos de notre deuxième mort, quand on ne vous reconnaît plus sur une photo. Michel Jacquelin :

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Et vous ? Voici vos témoignages et réactions, où l'on découvre le "scrapbooking" et comment une analyse peut changer son rapport à ces photos

« Aujourd'hui, c'est très compliqué, chacun bricole un peu et la famille change, mais ces photos gagnent des lettres de noblesse »

La sociologue et photographe Irène Jonas, en novembre 2014, à son domicile
La sociologue et photographe Irène Jonas, en novembre 2014, à son domicile Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Plus que jamais, avec les photos à l’infini permises par le numérique, notre rapport intime à notre image est bouleversé. Sociologue, Irène Jonas a été la première à étudier ces changements et à se demander si nous vivions la mort de la photo de famille à cause des appareils numériques et des smartphones. Egalement photographe indépendante, elle a mené une première recherche exploratoire dès 1989, mais stoppée à l’époque faute de crédits et parce que « cela n’intéressait pas grand monde ». Puis elle l'a reprise seule, sans financement, en 2007-2008, via près de 40 entretiens avec des particuliers qui étaient passés de l'argentique au numérique, pour enfin publier un livre (ci-dessous) :

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La promesse d'un stockage à vie !

Face à de tels enjeux de sauvegarde et de mémoire intergénérationnel, un site propose depuis l'an dernier 99 ans de sécurité pour vos instantanés.

Le principe de "Photo pour la vie" : payer environ 30 centimes d'euro par image téléchargée sur son compte, aux airs de coffre fort photographique privé.

Eric Beugnot, fondateur du site "Photo pour la vie", en novembre 2014
Eric Beugnot, fondateur du site "Photo pour la vie", en novembre 2014 Crédits : Eric Chaverou - Radio France

Le concept séduit d'après son fondateur, Eric Beugnot , qui souligne que « la durée de vie d’un CD ou DVD est de cinq années environ et les disques dur idem à peu près. Avec donc le risque fort qu’une génération entière puisse ne plus retrouver des souvenirs qui sont précieux ». Mais les particuliers ont encore du mal à franchir le pas. Ils ne sont qu'une centaine de clients, à raison d'un panier moyen de 30 photos, même si la société a des contacts avec des associations et des mairies et promet une application mobile qui permettrait par exemple d'immortaliser ses selfies.

Alors pourquoi ne pas en rester à des modèles gratuits ou passer par de plus gros prestataires ? Et quelles garanties si cette société est menacée ? Eric Beugnot défend un projet techniquement et économiquement bien spécifique, élaboré pendant dix ans :

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Le succès des livres photos et le potentiel du papier

Dans une toute autre catégorie, Hugues Chanoine, le directeur général adjoint de PhotoBox France, numéro 1 européen et français du développement en ligne, avance que 20% seulement des Français déclarent avoir déjà utilisé un tel site. Quand ils prennent maintenant 1.000 photos par an, contre environ 50 jusque dans les années 90 !

Livre photo spécial papa de PhotoBox
Livre photo spécial papa de PhotoBox

Résultat : ce géant né en France et qui a étendu son savoir faire jusqu'en Australie propose chez nous 600 produits personnalisés ! Derniers en date, des coussins, alors que depuis son apparition en 2004 le livre photo, thématique, s'est très largement imposé comme le remplaçant des albums d'antan. « L'important pour eux, c'est de pouvoir partager les moments heureux en famille », explique Hugues Chanoine . Au moment où Facebook est de longue date le premier album photos mondial, et vient même de lancer la possibilité de remercier ses amis grâce à des vidéos composées de photos :

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Bibliographie

Voir la Grande Guerre

Voir la Grande GuerreArmand Colin, 2014

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