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Nouveaux modèles du numérique : une économie ouverte se développe-t-elle ?

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Après plusieurs semaines d'échanges, le chapitre de la concertation du Conseil du Conseil national du numérique consacré à l'économie se clôt vendredi 19 décembre. Cette concertation citoyenne alimentera le projet de loi sur le numérique annoncé pour l'an prochain par la secrétaire d’État au numérique Axelle Lemaire. Parmi les propositions discutées, un certain nombre concernent les modèles ouverts. Car s'il est né dans le monde du logiciel informatique, le modèle open source touche désormais tous les domaines de l'économie, de la connaissance à la production industrielle. Enquête de Catherine Petillon ponctuée par vos réactions.

Open ouvert
Open ouvert Crédits : Anathel - Fotolia

Avec une dizaine de mesures et recommandations visant à encourager les démarches open, le récent rapport Lemoine sur la transformation numérique de l'économie semblait prendre acte d’une évolution : ce modèle open ne concerne plus seulement le logiciel informatique.

Choisir un modèle ouvert, ou open donc, c'est permettre à d'autres (citoyens, usagers, entreprises) de voir, d'utiliser, mais aussi d'améliorer ce qu'on produit. Ce n'est pas le cas quand ce qui génère de l'argent c'est la propriété intellectuelle et les brevets.

Le modèle a fait ses preuves depuis longtemps dans le monde du logiciel informatique, avec l'open source . Le navigateur Firefox qui vient tout juste de fêter ses dix ans, en est l'un des exemples les plus connus. Mais désormais, on trouve dans tout un tas de secteurs des activités qui se développent sur un modèle de partage et de co-création.

L'open sort du monde du logiciel
Il suffit de regarder la liste des participants de la dernière édition de l’Open World Forum, rendez-vous annuel des contenus libres, pour s'en convaincre : les logiques d'ouverture essaiment dans tous les champs de l'économie.

C'est le cas dans l’art (avec les creatives commons), dans l'éducation, dans le traitement des données (à travers l'open data) mais aussi dans la conception industrielle (open hardware ). Dans ce cas, cela veut dire partager des plans, des schémas. Une démarche adoptée par des acteurs très divers. Par exemple, la plateforme open desk regroupe le design de meubles : en quelques clics on y trouve tous les plans pour fabriquer des bureaux, des chaises... Tandis que l'Inria (Institut national de recherche en informatique et automatique) a choisi de partager son travail sur le robot humanoïde, Poppy : n'importe qui peut en fabriquer un et contribuer à son amélioration. Plusieurs projets ont déjà vu le jour.


Pourquoi ouvrir ?
Le succès de la notion d'économie collaborative est passé par là, donnant de la visibilité à des initiatives parfois anciennes. Pour mieux comprendre les développement d'une économie ouverte, le think tank without model a lancé le projet "Open Expérience", cycle d’évènements et d’articles autour des modèles économiques de l’Open . Ces quelques mois de travaux se sont achevés par la publication le 15 décembre dernier d'openmodels.fr, un ouvrage en papier et en pixels. Ils ont permis aux 53 contributeurs d'explorer ce qui aujourd'hui favorise des modèles ouverts.

« Il y a des motivations de nature très différentes. Certaines sont de type citoyennes ou militantes, et vont vouloir favoriser la liberté des individus en leur laissant accès au savoir de façon libre. Et d’autres motivations sont plus pragmatiques ou utilitariste », résume Louis-David Benyayer, l'un des coordinateurs du projet .

Car créer avec d'autres, c'est aussi innover plus vite ou avec moins d'argent. Si bien qu'aujourd'hui, même des entreprises classiques estiment que d'un point de vue stratégique, elles ont plus à gagner à partager leur innovation. Même dans une industrie comme l'automobile pourtant caractérisée par la guerre des constructeurs.

Preuve en est le choix du fabricant américain de voitures électriques Tesla Motors. L'été dernier, son PDG Elon Musk faisait cette annonce étonnante: il renonçait à son droit de propriété sur ses brevets. Un moyen de faire grandir le marché sur lequel il s'installe.

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Ce n’est pas comme dans un film de Sergio Leone où il y aurait les ouverts et les fermés

C’est qu’il n’y a pas une seule manière d’ouvrir : d’un côté du spectre, on trouve les militants du « libre », qui aujourd’hui contribuent le plus souvent bénévolement. A l’autre bout, on voit des entreprises construites sur des bases traditionnelles et la vente de brevets, et qui choisissent de donner accès à une partie de ce qu’elles produisent

C'est l'une des conclusions des travaux menés par Without model : il n'y a pas d'un côté des modèles ouverts, et de l'autres des modèles fermés. « Ce n'est pas même un continuum où l'on serait plus ou moins ouvert ou fermé », estime Louis-David Benyayer :

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Ouvert ≠ gratuit
Seulement voilà, produire quelque chose, une voiture, un logiciel, un livre, un téléphone, cela consomme de la ressource (de l’argent, des compétences…). Alors si au lieu de vendre cette production on la met à disposition , comment être viable économiquement ? Eh bien cela demande d'inventer une autre manière de penser la chaîne de valeurs. C'est ce qu'a fait Journalism . Cette agence de data journalisme ouvre le code de tous ce qu'elle développe, par philosophie, mais aussi par choix économique.

« Nous avons conçu notre modèle sur ce choix de départ », explique Pierre Romera, directeur technique et co-fondateur de J :

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Des modèles économiques à construire
« La question n'est plus de savoir où [les opens models] vont émerger, mais à quel rythme ils vont se développer et dans quelles condition s », peut-on lire en introduction de l'ouvrage openmodels.fr

S'il est vrai que des modèles économiques fondés sur l'ouverture ont bel et bien émergé, dans bien des cas, la question de leur viabilité est encore loin d'être réglée. Pour se répérer dans les différentes démarches à l'oeuvre l'ouvrage s'est plongé dans six grands domaines : le logiciel, l'art et la culture, la science, les data, le manifacturing et l'éducation. Et dresse une cartographie des modèles économiques qui existent déjà.

Dans le domaine de la culture les difficultés et les limites à l'ouverture sont nombreuses. Néanmoins, un certain nombre d'expériences se sont révélées probantes, explique Lionel Maurel, auteur du blog S.I. Lex, sous le nom de Calimaq :

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Si des modèles économiques fondés sur l'open sont apparus, la question de leur viabilité est loin d'être résolue. L'ouvrage Open models a le mérite de chercher à comprendre ce qui pourrait rendre pérennes ces expériences d'ouverture. Et comment ces dernières ont déjà un peu changé les règles du jeu de l'économie.

Des propositions pour favoriser les démarches open
Pour favoriser de façon concrète, le développement d'une économie open , Without model a formulé 14 propositions. Une partie d'entre elles ont été reprises dans le rapport Lemoine et la concertation du Conseil national du numérique.

Soutenir les associations et fondations qui oeuvrent pour les biens communs Créer le “1% Open” pour inciter les entreprises à se consacrer à des projets Open Mettre en place une Responsablité Numérique des Entreprises (RNE) Développer l'usage des licences de type Peer Production Licence & Reciprocity License Créer le DIC (Droit Individuel à la Contribution), pour permettre aux salariés de consacrer du temps à des projets Open Lancer un programme de recherche sur l'économie ouverte Abonder systématiquement par des fonds publics toute campagne de crowdfunding respectant des critères Open préalablement définis Lier les subventions publiques des établissements/opérateurs publics sous tutelles à la quantité d’Open Source et d’Open Access

> Et voici comme chaque semaine vos témoignages et réactions :

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