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Sensibilisation par "Les jeunes Européens" dans un lycée de Rambouillet

Peut-on encore sauver Schengen ?

4 min

Dix pays ont réintroduit des contrôles aux frontières intérieurs de l'espace Schengen entre 2015 et 2016. Les institutions européennes tentent dans l'urgence de sauver la libre-circulation et statuent actuellement sur la création d'un corps de gardes-côtes et de gardes-frontières.

Sensibilisation par "Les jeunes Européens" dans un lycée de Rambouillet
Sensibilisation par "Les jeunes Européens" dans un lycée de Rambouillet Crédits : Anne Fauquembergue - Radio France

La crise de l’espace Schengen est symptomatique des contradictions de la construction européenne qui pendant des années s’est refusé à fédéraliser le contrôle des frontières extérieures de l’Europe. Ce jeudi, au Luxembourg, le conseil justice et affaire intérieures - qui réunit les ministres de la Justice et de l’Intérieur des 28 membres de l’Union européenne - a confirmé qu'il était ouvert à la création d'un corps européen de gardes-frontières. Le projet de la Commission Européenne vient d'être amendé par les rapporteurs parlementaires et il sera débattu à partir du mois de mai pour une adoption normalement prévue avant l'été. Un projet qui peut donc faire avancer l'Europe politique mais qui ne réglera pas le problème de fond à savoir ces naufrages répétés aux abords de l’espace Schengen qui donne aujourd’hui une image désastreuse de l’Union européenne.

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Un accord menacé trente ans après sa création

Porté par le couple Mitterrand/Kohl, les accords de Schengen signés en 1985 viennent de fêter leur 30 ans d’existence. Initialement ouvert à cinq pays (France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg), l’espace de libre-circulation s’est progressivement élargi à 26 Etats. Il est régi par une convention et le code frontière Schengen. Intégré en 1997 au traité d’Amsterdam, cet acquis a permis de relancer la construction européenne en panne dans les années 1980. C’est aussi l’une des premières réalisations concrète de la CEE (Communauté Économique Européenne, ex Union Européenne) pour faciliter la mobilité de ses habitants après la mise en place du marché commun européen. L’espace Schengen s’étend sur 4 millions de kms2 et il bénéficie à 420 millions de citoyens. De Madrid à Tallinn, ces personnes sont sensés pouvoir voyager sans présenter le moindre passeport et sans être arrêtées aux frontières. Quatre pays attendent de rentrer dans cet espace : la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie et Chypre.

Ce n’est pas la première fois que les accords de Schengen sont suspendus. Juste après le 11 Septembre 2001 par exemple, de nombreuses frontières intérieures ont été paralysées pendant environ deux semaines. Le code Schengen réformé en 2013 après les révolutions arabes a introduit des possibilités juridiques supplémentaires via les articles 23 à 25 pour ré-instaurer des contrôles aux frontières intérieures. En mai prochain, si les autorités grecques n’apportent pas les garanties exigées par l’UE, la commission européenne pourrait décider pour la première fois d’autoriser ses membres à prolonger les contrôles aux frontières intérieures jusqu’à deux ans en utilisant l’article 26 du code Schengen. Aurélien Raccah précise le cadre juridique. Il est avocat au barreau de Paris et maître de conférence en droit de l’Union européenne à l’université catholique de Lille.

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5 min
Aurélien Raccah : le cadre légal est solide mais demande des administrations appropiées
Campagne de Les jeunes Européens pour défendre Schengen sur les réseaux sociaux
Campagne de Les jeunes Européens pour défendre Schengen sur les réseaux sociaux

Inquiet par ce retour aux frontières intérieures, l’association transpartisanne “les jeunes européens” a lancé la campagne sur twitter #donttouchmyshengen comme l’explique Jérôme Quéré, le président du mouvement :

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Jérôme Quéré : le retour aux frontières intérieures découragent les déplacements

Cette initiative s’ajoute à des actions de terrain menées par de jeunes bénévoles du mouvement comme le jeudi 14 avril au lycée professionnel Louis Bascan de Rambouillet. 160 interventions ont été organisées l’an dernier, il y en aura moins cette année car les jeunes européens peinent à recruter. Loïc, l’un des bénévoles de l’association, témoigne : les idéaux européens ne font plus rêver la jeunesse.

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2 min
Loïc du mouvement jeunes européens : être fédéraliste c'est sortir d'un concert de Woodstock

> Découvrez aussi "Europe : splendeurs et misères de Schengen en cartes"

Le retour à des frontières intérieures coûteraient 10 milliards d’euros aux pays de l’espace Schengen à court terme

L'économiste Vincent Aussilloux
L'économiste Vincent Aussilloux Crédits : France Stratégies

Deux économistes Boris Le Hir et Vincent Aussilloux ont mesuré sur commande du commissariat général à la stratégie et à la prospective, un service dépendant du Premier Ministre (France Stratégie), les conséquences économiques d’un retour permanent aux frontières intérieures à travers deux scénarios. L’étude montre qu’à court terme (entre un et deux ans) et à long terme (sur dix ans), limiter la libre-circulation des biens et des personnes est très pénalisante pour la France et l’espace Schengen. A long terme “la généralisation des contrôles permanents serait équivalente à une taxe de 3 % sur le commerce entre pays de la zone, qui diminuerait structurellement de 10 % à 20 %. Cela se traduirait par une perte d’au moins un demi-point de PIB pour la France, soit une dizaine de milliards d’euros. Pour les pays de l’espace Schengen, l’impact serait plutôt de l’ordre de 0,8 point de PIB, soit plus de 100 milliards d’euros.” Vincent Aussilloux explique pourquoi :

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Vincent Aussilloux : les contrôles ralentissent le tourisme, le travail transfrontalier et les échanges de marchandises

Pour le géographe Claude Grasland, professeur à l’université Paris Diderot, la crise de l’espace Schengen est un symptôme des contradictions entre l’Union européenne comme objet politique et l’Europe comme objet mental. C’est ce qu’à révéler le projet Eurobroadmap qu’il a piloté pendant trois ans de 2009 à 2012. Cette enquête financée par la Commission Européenne a permis d’interroger près de 10 000 étudiants de niveau bac 3 dans 18 pays de l’espace Schengen mais aussi de la Turquie, de la Chine ou encore de la Russie. Les réponses des étudiants montrent que les naufrages répétées aux abords de l’espace Schengen ont des effets négatifs sur la perception de l’Union européenne. Claude Grasland met en garde contre le risque de vouloir créer une “suisse géante” à l’échelle de l’UE.

SON Claude Grasland : le risque de vouloir créer une “suisse géante” à l’échelle européenne

L'Union européenne tente de donner corps à sa frontière extérieure

Pour tenter de préserver l’espace de libre-circulation intérieur et pour se protéger du risque terroriste après les attentats de Paris et de Bruxelles, la commission européenne a présenté en décembre dernier un paquet législatif frontières comprenant notamment un renforcement des vérifications dans les bases de données pertinentes aux frontières extérieures de l’Europe et une réforme de l’agence Frontex afin de créer un corps européen de garde-frontières et de gardes-côtes. Ce projet est actuellement avancé puisqu'il vient d’être amendé au Parlement où il sera débattu dans le courant du mois de mai pour une adoption prévue en juin. Nathalie Griesbeck est eurodéputée (Modem) élue dans la circonscription Est. Elle est rapporteur de ce texte pour l'alliance des démocrates et des libéraux. Elle estime que le nouveau règlement de l'agence Frontex peut permettre de faire un  "saut fédéral" à l'Union européenne.

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2 min
Nathalie Griesbeck : l'Europe s'achemine vers une agence Frontex 2.0

Depuis son bureau de la Maison de l’Europe à Paris, Catherine Lalumière observe la la crise et la recherche de solutions pour sauver cet espace Schengen dont elle est à l’initiative. En tant que secrétaire d’Etat chargée des affaires européennes du gouvernement Fabius, elle a signé en 1985 pour la France dans la commune luxembourgeoise de Schengen l’accord qui a ouvert la libre-circulation en Europe. Elle rappelle qu’à l’époque les signataires ont clairement dit qu’il fallait renforcer les frontières extérieures de l’union européenne mais que les Etats membres ont refusé pendant des années de financer la protection de ces frontières. Pour Catherine Lalumière, cette question ne doit pas occulter l’essentiel selon elle : il faut que le projet européen retrouve du sens.

A découvrir aussi en ligne :

Le projet europbroadmap et notamment le "subjective mapper" sur la perception de l'Europe dans le monde après des entretiens avec près de 10 000 étudiants de niveau bac 3

A quoi ressemblerait une Europe sans Schengen ? Par Catherine Gouëset, en septembre 2015, dans l'Express

"Sauver Schengen" en aidant la Grèce. Par Jean Quatremer, en février dernier, dans Libération

La remise en cause des accords de Schengen. Par Marie-Laure Basilien-Gainche. Ceriscope

Chroniques
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  • présidente de la fédération française des Maisons de l'Europe, ancienne vice présidente du Parlement européen et ex secrétaire d'Etat aux affaires européennes
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